Jean-Pierre Léaud, Jeanne Moreau, Bernadette Lafont et Jean Eustache pour la projection du film 'La Maman et la Putain' au Festival de Cannes, le 15 mai 1973. ©Getty - Gilbert GIRIBALDI/Gamma-Rapho
Jean-Pierre Léaud, Jeanne Moreau, Bernadette Lafont et Jean Eustache pour la projection du film 'La Maman et la Putain' au Festival de Cannes, le 15 mai 1973. ©Getty - Gilbert GIRIBALDI/Gamma-Rapho
Jean-Pierre Léaud, Jeanne Moreau, Bernadette Lafont et Jean Eustache pour la projection du film 'La Maman et la Putain' au Festival de Cannes, le 15 mai 1973. ©Getty - Gilbert GIRIBALDI/Gamma-Rapho
Publicité
Résumé

Les Mardis du cinéma consacrait en 1985 une émission au cinéaste Jean Eustache disparu quatre ans auparavant. On pouvait entendre des proches parler de son cinéma à la fois marginal et intemporel et également entendre sa voix au travers d'archives sonores.

avec :

Jean Eustache (cinéaste).

En savoir plus

Le cinéaste Jean Eustache, auteur principalement des Mauvaises Fréquentations, Le Père Noël a les yeux bleus, La Maman et la Putain, Mes petites amoureuses, Une sale histoire, s'est donné la mort en 1981 à l'âge de 42 ans. Avec seulement une petite dizaine de films, courts et longs, documentaires et de fiction, Jean Eustache est entré dans l'histoire du cinéma. En évoquant la personnalité et l'œuvre du cinéaste, "les Mardis du cinéma" lui rendaient hommage en 1985 et donnaient la parole à différentes personnalités qui avaient croisé sa route, attestant de ce qu'il avait apporté au monde du cinéma. Ainsi pour l'essayiste et documentariste Jérôme Prieur, le cinéma d'Eustache, "ça montre des êtres humains comme il y en a peu eu sur l'écran au cinéma" et d'ajouter "c'est un cinéaste de la parole".

"Jean Eustache, c'était un marginal à l'intérieur du cinéma français, c'est une évidence, mais c'était en plus un survivant d'une autre époque du cinéma et c'était peut-être le dernier opérateur des Frères Lumière." Jérôme Prieur

Publicité

Aux origines du film "La Maman et la putain"

Jean Eustache raconte la genèse de son film "La Maman et la putain", venue de son envie de faire un film avec Jean-Pierre Léaud et Françoise Lebrun. Il pensait écrire un scénario en très peu de temps mais plus trois mois ont passé et il s'est "retrouvé avec un scénario de 300 pages". Il a alors fallu trouver l'argent nécessaire pour ce film qui s'annonçait long (il durera 3h40) et ce fut une gageure de réussir à le tourner en seulement un peu plus de quatre semaines. Il explique qu'il ne savait pas où il allait en écrivant ce film, mais qu'il voulait "mettre la parole à la question" : "Mon propos était d'interroger la parole".

Le cinéaste intemporel et intimiste se défend d'avoir inventé quoi que ce soit, "je suis pour tout ce qui est ancien", se plaît-il à affirmer. Son écriture filmographique n'est en rien moderne, il la considère comme "démodée et contestée". De toute façon, selon lui la modernité n'est pas là où l'on croit qu'elle est.

Cannes 1973 : "un silence glacial"

La sélection de "La Maman et la putain" au Festival de Cannes en 1973 a provoqué un scandale dans une partie de la presse et de la critique, allant jusqu'à reprocher au film de déshonorer la France. Christian Bourgois se souvient ainsi de la projection au Palais du Festival, de la salle qui "a reçu ce film de manière abjecte en insultant Françoise Lebrun dans l'obscurité d'une manière obscène", "de gens que ce film avaient rendu absolument fous de rage". A la fin de la projection, "tout le monde était blême", "on est sorti dans un silence terrible, glacial", puis ce fut le déchaînement d'une partie de  la presse contre ce film. Il obtint malgré tout le prix spécial du jury.

59 min

Cette émission aborde aussi les autres films d'Eustache qui suivirent La Maman et la putain comme Les Petites Amoureuses ou Une sale histoire. On y entend le réalisateur parler de son rôle dans les tournages de ses films où il dit intervenir le moins possible : "Je suis là pour que le film se fasse tout seul." L'un des derniers projets de Jean Eustache s'appelait La rue s'allume, il s'agissait d'une conversation téléphonique nocturne jusqu'au petit matin. Il voulait se tourner de plus en plus vers des films expérimentaux, en arrêtant de transposer sa vie dans ses films. Il avait de nombreux projets en ce sens avant de se donner la mort le 5 novembre 1981.

  • Par Cécile Hamsy
  • Réalisation Jacques Taroni
  • Avec Jérôme Prieur (écrivain et cinéaste), Marc’O (écrivain, metteur en scène, dramaturge et cinéaste), Michael Lonsdale (acteur), Jean-Noël Picq (psychanalyste et acteur), Geneviève, Christian Bourgois (éditeur), Jean-Christophe Panchèvre et Françoise Lebrun
  • Mardis du cinéma - A propos de Jean Eustache : la rue s'allume (première diffusion : 04/06/1985
Références

L'équipe

Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production
Hassane M'Béchour
Collaboration
Virginie Mourthé
Réalisation
Mathilde Wagman
Production déléguée