Jacqueline Auriol ayant établi un nouveau record de vitesse le 15 mai 1951 à Toulouse
Jacqueline Auriol ayant établi un nouveau record de vitesse le 15 mai 1951 à Toulouse ©Getty - Bettman
Jacqueline Auriol ayant établi un nouveau record de vitesse le 15 mai 1951 à Toulouse ©Getty - Bettman
Jacqueline Auriol ayant établi un nouveau record de vitesse le 15 mai 1951 à Toulouse ©Getty - Bettman
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Dans un milieu professionnel 100% masculin qui ne pavait aucune "voie normale" aux femmes, l'aviatrice Jacqueline Auriol, a su prendre à la fois des chemins détournés et tous les risques du métier. Un grave accident en 1949 ne la détourne pas de sa passion, bien au contraire.

La petite fille qui regarde passer les avions

Dans une classe d'un couvent de Nantes, la petite Jacqueline, née le 5 novembre 1917, voit passer les avions avec fascination. Elle fait son baptême de l'air à 16 ans. Aucune voie "normale" vers le métier de pilote n'existant pour les femmes, il faut ruser. Jacqueline Auriol passe le diplôme de moniteur de vol à voile, qui lui donne accès à celui de pilote d'avion à moteur. En 1938, la jeune fille de bonne famille bouscule les conventions et épouse Paul Auriol, fils de Vincent Auriol, résistant, élu Président de la République en 1947. La voici repensant la décoration de l'Elysée, l'histoire de l'art étant sa seconde passion.

L'appel de l'air

En juillet 1949, mère de famille comblée, elle est victime d'un grave accident, à bord d'un avion dont elle est passagère et qui cherche à impressionner les journalistes venus voir voler la bru du Président sur le plan d'eau des Muraux. Après un cycle d'opérations de chirurgie réparatrice, dont 16 aux Etats Unis, elle empoche le brevet de pilote d'hélicoptère, avec un rêve : devenir pilote d’essai. En 1951, elle bat le record de vitesse détenu depuis 1947 par l’Américaine Jacqueline Cochran avec laquelle elle rivalise avec enthousiasme pendant des années. Première Européenne à franchir le mur du son, en 1953, elle enlève cinq fois le titre de femme la plus rapide du monde, entre 1951 et 1963. Brevetée pilote d’essai, elle aime ce milieu "pur et sincère", et le compagnonnage de ses camarades "d'une qualité morale extraordinaire".

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L'étoffe des héros

Jacqueline Auriol s'interroge sur son attraction irrésistible pour les défis. "La perspective de battre un record m'a toujours plongée dans un état d'excitation qui n'est comparable à nul autre. Chaque fois, à cette pensée, ma vitalité centuple comme Popeye lorsqu'il vient de manger des épinards. Moi qui d'habitude fait tout au monde pour ne pas me distinguer de mes camarades, je me transforme alors en en une démarcheuse infatigable, au point d'en être parfois agaçante. Pendant ces périodes de démarches, je deviens une autre personne. Tout à coup mon imaginaire et ma force de persuasion débordent. Je vole beaucoup moins, car je m'occupe surtout de tirer des sonnettes. Je passe par des moments alternés d'espoir et de désespoir. Mais je m'accroche, j'accroche les gens dont dépend l'autorisation de vol avec une ténacité étrangère à mon habituelle personnalité."

"Chercher au de-là du connu est une incomparable exploration de soi-même"

Ayant frôlé la mort en 1956 lors d’une vrille, elle ressent une forme d’apaisement : "Ça y est ! C’est le moment de ta mort, le moment le plus fascinant de ta vie." Son âme s'envole définitivement le 11 février 2000. Jacques Chirac lui rend hommage : "Cette grande dame a incarné pour les Français, pendant des décennies, le courage et la modernité (…) Son nom restera à jamais associé à l'histoire héroïque de l'aviation et de la recherche aéronautique."  Jacqueline Auriol est évoquée dans le 173e souvenir de Georges Perec dans son texte Je me souviens en ces termes : "La femme la plus vite du monde".

  • Par Michèle Chouchan
  • Réalisation Annie Flavell
  • Avec Jacqueline Auriol
  • Mémoires du siècle - Jacqueline Auriol, aviatrice, pilote d'essai (1ère diffusion : 01/08/1994)
  • Edition Web Anne de Biran
  • Archive Ina-Radio France

L'équipe

Philippe Garbit
Philippe Garbit
Philippe Garbit
Production
Christine Goémé
Production déléguée
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée
Virginie Mourthé
Réalisation
Hassane M'Béchour
Collaboration