Henri Meschonnic : "La poétique d'Éluard n'est pas pour donner à voir, mais à dévoir"

En 1923, lors d'une foire à Montmartre, les poètes Paul Éluard, Andre Breton et Robert Desnos posent derrière un avion en carton.
En 1923, lors d'une foire à Montmartre, les poètes Paul Éluard, Andre Breton et Robert Desnos posent derrière un avion en carton. ©Getty - Stefano Bianchetti/CORBIS
En 1923, lors d'une foire à Montmartre, les poètes Paul Éluard, Andre Breton et Robert Desnos posent derrière un avion en carton. ©Getty - Stefano Bianchetti/CORBIS
En 1923, lors d'une foire à Montmartre, les poètes Paul Éluard, Andre Breton et Robert Desnos posent derrière un avion en carton. ©Getty - Stefano Bianchetti/CORBIS
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En 1983, dans un numéro de "Relecture" sur le poète Paul Éluard, Jean Pierrot et Henri Meschonnic, au micro d'Hubert Juin, reviennent sur cette simplicité trompeuse d’Éluard.

Avec
  • Henri Meschonnic

Paul Éluard n’a jamais eu peur d’être seul. Pas au sens amoureux du terme : l’on sait à quel point ses histoires d’amour successives ont profondément chamboulées et son œuvre et sa vie, de Gala à Dominique. Seul au sens artistique, poétique du terme. Le poète et théoricien Henri Meschonnic évoque cette solitude : "Dès le début de l’époque surréaliste, Eluard n’a jamais hésité à se trouver seul contre les autres. Il est le seul pour lequel le langage est sa visée." Car si, quand on lit Eluard aujourd’hui, on n’y voit qu’une grande simplicité, qu’une poétique presque évidente et enfantine, on ne perçoit pas le geste de résistance qui se cache derrière chaque vers du poète dionysien. Résistance à la tentation d’écrire dans ce langage opaque des grands poètes, celui qu’il faut scruter longtemps avant d’en comprendre la signification ; résistance à la tentation surréaliste et dadaïste de saboter le langage, de court-circuiter la poésie.

Son geste poétique, d’une simplicité pure, est absolument unique

Henri Meschonnic : "Chez Eluard, il y a un travail du langage qui privilégie le travail sur les mots, mais presque en les déréalisant. Le paradoxe culmine dans le fameux "La Terre est bleue comme une orange" qui est une anti-image. Le langage doit avoir sa propre loi. Contre le langage des bavards, il doit faire la loi. S’il y a image, elle doit être entièrement fabriquée par le langage. C’est une poétique militante, mais pas pour donner à voir, mais pour ‘dévoir’ et voir autre chose."

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Le fameux vers "La Terre est bleue comme une orange" est finalement bien trompeur : Éluard a toujours tracé son chemin sans jamais vaciller, sans jamais devenir un poète de son temps. C’est pour cela aussi que son œuvre survit jusqu’à aujourd’hui : son geste poétique, d’une simplicité pure, est absolument unique.

Au cours de cette émission, on peut entendre, grâce à un archive, une lecture par Paul Éluard de son texte Le dit de la force de l’amour.

  • Par Hubert Juin
  • Avec Jean Pierrot (écrivain) et Henri Meschonnic (poète et théoricien)
  • Réalisation : Anne Lemaître
  • Relecture - Paul Éluard (1ère diffusion : 11/02/1983)
  • Édition web : Sabine Bonamy, Documentation de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

Retrouvez l'ensemble de la  Nuit Paul Éluard ou l’éloge de la simplicité

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