Marceline Desbordes-Valmore photographiée en 1854 par Nadar
Marceline Desbordes-Valmore photographiée en 1854 par Nadar ©Getty - Sepia Times / Universal Images
Marceline Desbordes-Valmore photographiée en 1854 par Nadar ©Getty - Sepia Times / Universal Images
Marceline Desbordes-Valmore photographiée en 1854 par Nadar ©Getty - Sepia Times / Universal Images
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Admirée de Balzac et de Verlaine, "Grande soeur des romantiques...âme d'élite" pour Baudelaire, la poétesse Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) a inspiré Rimbaud, Rilke, Aragon, mais aussi de nos jours, Julien Clerc, Pascal Obispo et Benjamin Biolay. Une Vie Une Oeuvre la réhabilitait en 1995.

Avec

Née en 1786 à Douai dans les Flandres, au sein d' une famille d'artisans et d'artistes - le père est maître doreur, l'oncle Constant Desbordes est peintre- Marceline traverse, enfant, la Révolution française . Ruiné par son instabilité dans les affaires, le père de Marceline, est quitté par sa femme emmenant avec elle la dernière née, la petite Marceline,  pour rejoindre un amant plus jeune. Une vie d'errance et d'aventures commence pour la mère et la fille sur les routes des Flandres à Bordeaux, puis aux Antilles, où la mère contracte la fièvre jaune et meurt.

"Nous sommes du même pays Madame, du pays des larmes et de la misère" Honoré de Balzac

Marceline rentre seule sur le bateau, rejoint son père à Douai, aide sa famille à survivre en commençant une carrière théâtrale qu'elle n'arrêtera qu'à l'âge de 37 ans pour se consacrer à l'écriture seule. Elle chante, s'accompagne à la guitare, écrit des romances à la mode, qui seront mises en musique par des compositeurs et compositrices en vogue. Elle rencontre sur les planches le comédien Valmore, dont elle aura trois enfants, les deux filles Inès et Ondine. Sa dernière fille, poète elle aussi, décède de phtisie. Seul Hippolyte, le garçon, survit et s'occupera de la publication posthume de l'oeuvre de sa mère. C'est cette vie d'épreuves et que l'on associe  souvent à Marceline, occultant sa poésie singulière et fulgurante, saluée unanimement par tous les grands poètes du temps.

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"Les femmes, je le sais , ne doivent pas écrire ; J'écris pourtant"

Le premier recueil d' Elégies date de 1818. Marceline invente un vers impair à onze syllabes. Pionnière du romantisme,  Verlaine voit en elle " La seule femme de génie et de talent de ce siècle et de tous les siècles." et l'intronise seule femme parmi les Poètes-maudits.  Elle inspire Baudelaire, Mallarmé, les surréalistes et plus récemment Yves Bonnefoy. Marceline Desbordes-Valmore une avant-gardiste du style ? Pas seulement : devancière avant Verlaine dans le travail du vers impair,  devancière avant Hugo dans la dénonciation politique de la répression féroce de la deuxième insurrection des Canuts à Lyon en 1834. Stéphane Zweig lui consacre une biographie où il célèbre " ce quelque chose de la mystérieuse magie des animaux, ce quelque chose de la grâce touchante des chevreuils, de la légèreté des hirondelles, de la beauté sans pareille des êtres sans défense à qui la nature refuse toute arme pour leur donner en compensation, ce charme de l'âme, qui s'appelle l'émotion et la compassion"

"Ta voix ouvre une vie où l'on vivra toujours !"

Faite de passion et de transparence, la voix chantée de Marceline qui l'émeut tant qu'elle y renonce, dit la disparition inéluctable, et trace les signes tremblés de l'indicible, sachant que la vie déborde infiniment le langage, pour se laisser traverser par la langue afin de la métamorphoser en poème pur. Marceline Desborde-Valmore écrit des romances mises en musique par Pauline Duchambge. La romance de salon est un genre particulier, intermédiaire, ni chant lyrique ni chanson populaire. Commercialement, les albums de romances sont publiés par les éditeurs à destination de l'aristocratie et de la bourgeoisie assez fortunées pour offrir des maîtres de musique à leurs enfants : il faut un minimum de pratique pour jouer ces airs et les chanter, même s'ils n'atteignent pas à la virtuosité de la musique écrite pour les professionnels.

  • Par Marie-Christine Navarro
  • Réalisation Jean-Claude Loiseau
  • Avec Marc Bertrand (éditeur de M. Desbordes Valmore), Christine Plante (universitaire), Patrick Laupin (poète), Francis Ambrière (biographe de M. Desbordes Valmore), Monique Mestayer (conservateur, archiviste à Douai), Jocelyne Godard (écrivain), Georges-Emmanuel Clancier (poète, écrivain), Françoise Maligand (conservateur du Musée de la Chartreuse à Douai), Georges Dottin (universitaire, éditeur de L'Atelier d'un peintre) et Michèle Demarcy (bibliothécaire à Douai, responsable du fonds Marceline Desbordes Valmore) -
  • Une Vie, une Oeuvre - Marceline Desbordes Valmore ou La transparence de la voix (1ère diffusion 09/03/1995)
  • Edition Web Anne de Biran
  • Archive Ina-Radio France
59 min

L'équipe

Philippe Garbit
Philippe Garbit
Philippe Garbit
Production
Virginie Mourthé
Réalisation
Hassane M'Béchour
Collaboration
Christine Goémé
Production déléguée
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Dans l'atelier de restauration de l'Ina, antenne Radio France
Albane Penaranda
Production déléguée