Issue de "the Motionless journey"
Issue de "the Motionless journey"
Issue de "the Motionless journey" - Charlotte Gonzalez (avec l'aimable autorisation de l'auteure)
Issue de "the Motionless journey" - Charlotte Gonzalez (avec l'aimable autorisation de l'auteure)
Issue de "the Motionless journey" - Charlotte Gonzalez (avec l'aimable autorisation de l'auteure)
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Résumé

Où il sera question d'équilibre, de surface de l'eau, de fusion avec l'obscurité, de scénario cauchemardesque, de réflexions sur le travail, et sur les émotions, de triangle problématique, d'obscurantisme religieux en Russie.

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Il faut garder la tête hors de l ‘eau. Ne pas se laisser couler. Ne pas se laisser surprendre par une vague plus haute, plus forte que l’autre. C’est une question d’attention. Aider l’autre à maintenir l’équilibre à rester sur le fil. Rester assis à deux sur la même branche fragile. Se tenir droit, allongé sur l’eau. Inviter l’autre à faire de même . Comme un voyage immobile. Celui que nous offrent certaines photos, les plus personnelles de la photographe Charlotte Gonzalez. Celle qu’elle a postées toute la semaine dernière, encore visibles, sur le compte Instagram de l’agence Hans Lucas. Charlotte Gonzalez fait du photo-reportage, dans des manifestations à Paris, des paysages encore debout en Syrie, des cortèges de luttes, des portraits de politiciens. Et puis il y a cette part là de sa vie. Comme un appareil qu’elle retournerait contre elle, sans se viser. A l’éclairage ténu. Au cadre serré. Un enfant, encore tout petit, un bébé, que son père maintient dans l’eau, allongé. Il le baigne doucement. Cet homme là, à la chevelure brune un peu désordonnée, visage souligné d’une moustache noir. Cet homme là on le retrouve dans plusieurs photos. Reconnaissable à ce visage que l’on ne voit pas. Protégé d’ombre, ou les yeux fermés de sommeil. Sur une autre photo il est endormi assis sur un canapé, la tête renversé en arrière, une main doucement posé sur le ventre de son bébé allongé à côté de lui. Sur une autre photo, il est de dos dans une cuisine, le torse toujours nu. Et reconnaissable par sa présence silencieuse, comme s’il ne voulait réveiller personne autour de lui. Maintenir l’équilibre de cet enfant à la surface. Il lui fait sentir l’eau, sentir sa présence près de lui ; il est là. Le restera, et un jour peut-être qu’il s’allongera en équilibre à côté de lui. Il y a dans cette série de Charlotte Gonzalez, cet enfant que l’on voit grandir et d’autres corps qui se laissent aller à se coucher dans la mer, regarder le ciel, même nocturne. Se fondre dans l’obscurité des éléments. Cet enfant devient un petit garçon debout, soutenu par les bras de son grand père. Puis , plus grand encore, mais toujours enfant, le visage silencieux, un léger sourire en coin, qui se maintient tout seul à la surface de l’eau, dans une baignoire. Une photo que Charlotte Gonzalez a appelée « après la séparation ». Une photo tendre et belle, avec ce voile de mélancolie que lui donne son titre. L’enfant avance à la surface. Il n’est plus soutenu. Garder la tête hors de l’eau, il sait faire. Comme l’une des premières choses qu’il ait apprises. Se laisser porter. Jamais emporter. Sa mère l’observe de haut, derrière un objectif. Lui comme elle avec ce filtre d’eau qui les sépare presque, retrouvent dans cette baignoire ce moment là d’un chemin pris ensemble. D’un moment où tout petit, les yeux mi-clos, il apprenait déjà à grandir.

Références

L'équipe

Emilie Chaudet
Production