Alex (Denis Lavant) dans Mauvais sang de Leos Carax (1986)
Alex (Denis Lavant) dans Mauvais sang de Leos Carax (1986) - (capture d'écran Youtube)
Alex (Denis Lavant) dans Mauvais sang de Leos Carax (1986) - (capture d'écran Youtube)
Alex (Denis Lavant) dans Mauvais sang de Leos Carax (1986) - (capture d'écran Youtube)
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Où il sera question de Mauvais sang, d'amour moderne, d'une fille, d'un flingue, de contorsionnistes, d'une paix que l'on attend, du pouvoir d'en finir avec le silence.

Il fait encore noir dehors. C’est le milieu de la nuit, les rues sont encore désertes et silencieuses. Le ciel est noir opaque. Alex parle comme pour combler le vide de la nuit, comme pour maintenir en vie la femme qu’il aime, Anna, allongée, mélancolique, sur un lit, tout près de lui. Alex n’est présent que par la parole, que par la musique. Son regard n’existe pas. Tout le temps de dos. Il fait face à la nuit et à la radio Il est ensuite question de hasard, de bouton de la radio que l’on tourne au gré d’un chiffre que l’on a en tête. Le désir plus fort que tout de trouver la bande son qui convient à l’instant. La musique qui saura recouvrir de la meilleure manière, ce silence amoureux, à la fois délicieux et difficilement supportable. Alex, toujours sans visage, ouvre la porte vitrée et s’allume une cigarette sur le trottoir. Et le trottoir l’entraine comme un tapis. Il avance. Se tient le bas ventre comme pour contenir un spasme et s’élance dans le dehors. Il court vite, très vite, il galope, saute, se retourne, rebondit sur un mur. Son corps ne lui appartient plus. Il prend sa tête entre ses mains, fait tout pour ne plus maîtriser sa trajectoire. Fonce. tête baissée. L’amour moderne. C’est comme cela qu’aurait pu s’appeler ce film de Leos Carax. Mauvais Sang a 30 ans et vient tout juste de ressortir en salle, en version restaurée. Ce n’est pas la musique qui mène la danse ici. C’est le corps d’Alex qui s’arrête et fait taire David Bowie. Il ne réfléchit pas longtemps avant de faire demi-tour en courant. Retrouver celle qu’il aime. Savoir déjà qu’elle ne sera plus là. Plus à la même place en tous cas. Qu’elle lui laissera juste pour lui, pour la nuit, l’empreinte de son corps sur le lit.

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Say de Catpower, extrait du très bel album Moon Pix, sorti il y a déjà presque 20 ans. Say, sur la force à trouver en soi pour dire les choses et les dire bien. En référence aux mots d’Assa Traoré la sœur d’ Adama Traoré, mort cet été suite à son interpellation par la police à Beaumont sur Oise. La sœur de la victime qui hier dans le Gros journal de Mouloud Achour, sur Canal Plus a demandé à François Hollande de prendre ses responsabilités, et de répondre à sa famille concernant les doutes qui persistent sur les circonstances de la mort de son frère. Say, en référence aussi aux mots de Serena Williams sur Facebook, "I won’t stay silent," "je ne resterai pas silencieuse". La tenniswoman a raconté en effet comment le fait d’apercevoir un policier sur le bord de la route alors qu’elle était en voiture avec son jeune neveu lui a soudain inspiré des craintes. Craintes liées aux violences policières responsables de la mort de 194 personnes noires depuis le début de l’année 2016, selon les données du Guardian. Serena Williams qui finit son billet sur Facebook par ces mots de Martin Luther King, « Il y a un moment où le silence devient trahison ».

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L'équipe

Emilie Chaudet
Emilie Chaudet
Emilie Chaudet
Production
Élodie Piel
Collaboration
Mydia Portis-Guérin
Réalisation