Helena Rubinstein en 1953.
Helena Rubinstein en 1953.
Helena Rubinstein en 1953. - Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal ; conception graphique Doc Levin
Helena Rubinstein en 1953. - Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal ; conception graphique Doc Levin
Helena Rubinstein en 1953. - Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal ; conception graphique Doc Levin
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Résumé

Michèle Fitoussi vous parle de l'exposition "Helena Rubinstein, l'aventure de la beauté", et Antoine Glaser du renouement diplomatique entre la France et le Rwanda. Les chroniques s'intéressent à la brutalisation du débat public et à la satire.

avec :

Michèle Fitoussi (Ecrivain), Antoine Glaser (Journaliste, spécialiste de l'Afrique).

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@PetitsMatinsFC

Le Réveil Culturel par Tewfik Hakem :

Tewfik Hakem s'entretient avec Michèle Fitoussi, journaliste et romancière, commissaire de l'exposition Helena Rubinstein, l'aventure de la beauté, au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, à Paris, et auteure de Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté (éditions Grasset, 2010). L'exposition retrace le parcours de cette femme d'avant-garde née en 1872, à Cracovie dans une modeste famille juive orthodoxe, fondatrice d'un empire auquel elle donnera son nom.

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Quand on imagine qu'elle est née dans une famille désargentée, pieuse, et qu'elle s'affranchit de tout cela, qu'elle s'émancipe à la fois de la religion et de son genre, puisqu'elle refuse de se marier, et qu'elle meurt 93 ans plus tard, à New York, milliardaire qui fit tout toute seule, bâtit un empire, contribua à l'industrialisation de la beauté et à sa culture, fut une grande collectionneuse, une grande mécène, aussi...

Helena Rubinstein dans son laboratoire à Saint-Cloud, années 1930.
Helena Rubinstein dans son laboratoire à Saint-Cloud, années 1930.
- Archives Helena Rubinstein - L'Oréal ; DR

Le Journal des Idées par Jacques Munier :

La brutalisation du débat public, l’avènement d’une culture du « clash » et du règne de la « post-vérité » ne seraient pas aussi nouveaux que ça...

S’il est vrai que le phénomène doit beaucoup, dans sa forme contemporaine, à l’essor des nouveaux médias numériques et à leur influence sur l’ensemble de la sphère communicationnelle, un coup d’œil rétrospectif révèle une remarquable et ancienne continuité. Dans un livre qui vient de paraître chez Payot sous le titre Réflexes primitifs, Peter Sloterdijk brosse une généalogie du rapport ambigu à la vérité, et du caractère consubstantiel à la condition humaine, telle qu’elle est définie depuis les origines, de l’obstination dans l’erreur. Le philosophe relève que les « visions du monde » développées par les civilisations de haute époque ont conçu « l’humain comme un être dont la nature veut qu’il soit victime de ses erreurs ». De l’Inde antique ou des zoroastriens au mythe platonicien de la caverne, l’histoire serait le résultat d’un conflit entre la vérité et l’erreur, incarnées par des divinités antagonistes, où l’humain serait condamné au choix du pire, le combat dans le camp du « bien » fournissant « la matrice de ce qui portera ultérieurement des noms aussi sonores que la vraie religion, mission, combat pour le progrès ou djihad ». C’est ainsi qu’on a pu justifier la terreur au nom du « bien ». Dans le christianisme, « l’insistance endurcie que l’on porte sur le faux » prend le nom de « péché », elle suggère l’idée d’un acte rebelle qui s’illustre dans le mensonge « comme une insurrection de principe contre le devoir de dire la vérité ». Et par un retournement dont l’histoire a le secret, le camp du bien et de la vérité a fini par se constituer en « idéologie », trace fossile d’une vérité passée au service du mensonge, cible ultérieure de toutes les déconstructions révolutionnaires. C’est alors que « l’idéologie en échec laisse libre cours au cynisme », dernière figure en date « de la conscience qui se trompe, que l’on trompe et qui trompe ». Le cynisme, c’est une forme de « désinhibition ». 

L’époque que Christian Salmon a décrite comme l’ère du clash - dans un livre récent paru sous ce titre - après le déclin du spin doctor, le conseiller en communication qui avait pour tâche de produire un storytelling - récit conforme à l’idéologie du pouvoir - cette époque obéit désormais à la loi du « feedback positif » propre aux réseaux sociaux : le buzz ne fait aucune distinction entre la diffusion d’une information et sa teneur en vérité du moment qu’elle est amplement partagée. Une logique qui semble même contaminer les milieux intellectuels. Jean-Marie Durand a mené l’enquête pour la Revue du Crieur sur le nouveau climat de la controverse savante. S’il est vrai, comme disait Bourdieu, que la vérité, s’il y en a une, est l’enjeu de luttes, celles-ci ne devraient pas dégénérer en attaques ad hominem, comme le montrent les nombreux exemples cités. Patrick Boucheron, lui-même objet de violentes diatribes pour l’ouvrage qu’il a dirigé sur L’histoire mondiale de la France, a rappelé dans Le mot qui tue, un essai collectif sur l’histoire des violences intellectuelles, que même la tradition humaniste n’était pas à l’abri de l’invective. Pétrarque décrivait l’espace de l’échange intellectuel comme une « arène poussiéreuse et bruissante d’injures ». 

En savoir plus : Le parlement et l’état du débat public

Les Enjeux Internationaux par Xavier Martinet :

25 ans après le génocide, le Rwanda de Paul Kagame a tenu ses cérémonies sans la présence d'aucun chef d'Etat des Grands Lacs. Le seul chef d'exécutif européen présent était le belge Charles Michel. Bien qu'initiateur d'un rapprochement en 2018, Emmanuel Macron a décliné l'invitation à Kigali. France - Rwanda : le renouement diplomatique, à quel rythme ?

Xavier Martinet s'entretient avec Antoine Glaser, journaliste, spécialiste de l'Afrique.

À lire : 25 ans après le génocide contre les Tutsi, la difficile relation entre la France et le Rwanda

En savoir plus : "Kwibuka 1994", souviens-toi du génocide

En savoir plus : La France s’est-elle rendue complice du génocide rwandais ?

L'Humeur du matin par Guillaume Erner :

Encore une peinture qui incite au racisme…

Selon des militants autoproclamés de l’antiracisme, ici il s’agit d’une fresque d’Hervé Di Rosa présentée à l’Assemblée Nationale, taxée de banaliser le racisme, de refléter une esthétique, je cite, « située entre Tintin au Congo et Banania », selon ses détracteurs, alors qu’il s’agit d’une fresque destinée à commémorer l’abolition de l’esclavage. Les noirs y sont représentés avec le style satirique habituel de Di Rosa, avec de grosses lèvres, lesquelles sont aussi utilisées chez lui — précisons-le — avec les blancs. 

Des accusations absurdes donc, où il est encore une fois question de soupçonner l’existence d’un racisme inconscient, et qui abîment le combat antiraciste véritable. Mais une fois que l’on a dit cela, on voit bien que ce type d’affaire est en train de se multiplier et il n’est donc pas inutile de comprendre pourquoi. 

Un philosophe, Justin Smith, donne une tribune dans le New York Times qui éclaire les raisons de cette prolifération d’accusations absurdes de racisme. Ce que dit ce philosophe en substance, c’est qu’une forme de satire est désormais incompréhensible — et de situer l’un des jalons dramatique de cette incompréhension en 2015, avec l’attentat contre Charlie Hebdo. Pour Smith, la satire n’est plus possible à l’heure des réseaux sociaux. La satire fonctionne souvent en empruntant le regard de l’autre, parfois le regard de l’autre raciste, en utilisant des propos rapportés. Quand on dit d’une satire qu’elle va trop loin, ajoute ce philosophe, c’est qu’il fait seulement son métier. 

C’est un problème classique, vieux comme le texte de Montesquieu sur l’esclavage, un texte où Montesquieu résume les arguments des défenseurs de l’esclavage, il le fait si bien qu’on a pu parfois le classer parmi les défenseurs de la traite des noirs, alors qu’il les présente en réalité pour les ridiculiser. 

En fait ce qui est en train de se perdre, c’est le sens de l’ironie, la capacité de décrypter l’ironie, l’ironie qui consiste bien souvent à résumer certains propos pour mieux les ridiculiser, avec une frontière qui sépare la satire, la caricature, et l’objet de la satire ou de la caricature. La satire, en l’occurrence le racisme, avec une frontière est de plus en plus impossible à distinguer pour les yeux de nos contemporains. L’habitude des réseaux sociaux nous coupe paradoxalement du contexte social, c’est cela le paradoxe, nous étions finalement plus connectés, avant la connexion. 

À lire : L'humour comme arme de dissidence

En savoir plus : A voix nue - Jacques Bouveresse : Vertus et nécessité de la satire (1ère diffusion : 11/02/2000)

En savoir plus : Hervé di Rosa "Ce qui m'intéresse c'est la pratique et la technique de l'autre; je veux que mon travail soit métissé, mélangé"

En savoir plus : Hervé di Rosa : "L’art est là où on s’y attend le moins : j’ai souvent plus de sensations fortes au marché aux puces que dans un musée"

En savoir plus : Le flâneur des arts modestes

Exposition Les Trésors d’Hervé Di Rosadu 9 mars au 28 juillet 2019 à Béthune LaBanque :

Exposition "Les Trésors d’Hervé Di Rosa" du 9 mars au 28 juillet 2019 à Béthune LaBanque, centre d'arts visuels.
Exposition "Les Trésors d’Hervé Di Rosa" du 9 mars au 28 juillet 2019 à Béthune LaBanque, centre d'arts visuels.
- Béthune LaBanque

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