France Culture
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Résumé

Où il sera question, d'un lit, d'une table, d'une cuisine, d'un souvenir d'enfance, d'un bourreau-psy, d'un hommage à Jean-Christophe Averty, de François Fillon, de la guerre dans les villes, des commentaires des internautes, d'histoires dangereuses.

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C’est une pièce qui contient toute une journée toute une vie. Sur quelques mètres carrés, une cuisine, une table, un lit une place se serrent. Le lit, la table comme le titre d’un recueil de Paul Eluard, les deux compagnons d’une vie d’amour, de travail, d’écriture, de sommeil. Les deux seuls endroits d’une intimité. Avec l’autre, avec soi-même. Mais surtout il y a cette cuisine. Avec ce carrelage jaune et vert aux motifs qui rappellent les cuisines italiennes ou arabes. Une grande marmite est posée sur le feu éteint. Une cafetière blanche, de la vaisselle sur le plan de travail. C’est une cuisine qui pourrait appartenir à tout le monde. Quelle que soit le pays, l’époque. Quelle que soit le niveau de vie. C’est d’ailleurs une cuisine habitée de 4 personnes, qui se comprennent sans parler la même langue, sans avoir grandi ensemble. Ramo explique qu’il s’agit de sa cuisine à lui à Qamishli en Syrie. C’est lui qui a construit les placards. C’est lui aussi qui a construit la table. Il est menuisier. Une cuisine qu’il a amené jusque sur scène pour la pièce Empire de Milo Rau. Ramo a un visage de jeune premier que la prison et la torture n’ont même pas abîmé. Comme si la violence de sa vie vécue l’avaient juste traversé. Il fronce beaucoup les sourcils, et ça lui donne un air ténébreux dont on se demande s’il ne le surjoue pas un peu. Il fronce les sourcils pour mettre à distance. Regarder de plus haut, de plus loin. Son pays, ceux qu’il a laissés derrière. Les coups qu’il a reçus. De ses maîtres, de son père. Puis plus tard de son interrogateur, en prison. Ramo explique qu’il a fini par faire rire son bourreau. Et que chaque jour, celui ci le rappelait pour qu’il lui parle. Qu’il lui dise des choses de lui. Ramo dit de cet homme de pouvoir qu’il est devenu comme un psychanalyste. Jamais avant ces jours de noir, et de cauchemar, il n’avait parlé de lui, de sa famille, de sa place dans le monde, de ses origines, du chemin à prendre. Son père avant de mourir voulait dire à ce fils parti vivre en Europe, que les coups qu’il a reçus petits devaient à terme le rendre plus fort. Dans la cuisine de son enfance, figée, sans aucun feu pour l’animer, entourés qu’il est de ses 3 compagnons de voyage, un autre syrien, une roumaine et un grec, il se dit, entre deux larmes vite fait ravalées, que oui, il se sent plus fort.

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L'équipe

Emilie Chaudet
Production