Quand les images de la nuit disparaissent à la lumière du jour : "sur l'autre rive" d'Emeric Lhuisset

France Culture
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Où il sera question de cyanotype, d'images de nuit, de disparition d'un paysage, de Jean-Patrick Manchette, de la politique étrangère d'Emmanuel Macron, de la relation franco-allemande, d'un roman ouvrier en Chine.

Ce sont des images couleur de nuit. Du sombre, qui déforme le regard. Il faudrait plisser les yeux, comme à travers un maillage serré. Où alors se laisser happer laisser notre vue se brouiller. Se laisser emporter par la nuit, qui disparaît peu à peu. Disparaître avec elle, avec la nuit. Se fondre dans ce paysage bleu foncé. Des paysages de nuit et d’aube aussi. Les yeux de ceux que l’on y voit sont grand ouverts. Des visages prêts à prendre la parole. qui parlent déjà, en fait. Pas besoin de grand chose. Il y a dans un moment que l’on devine de petit matin, le reflet d’une jeune femme brune, presque nue, dans un petit miroir rond. Elle met du rouge à lèvres et regarde amoureusement l’objectif, à travers son reflet dans le miroir. Ce sont des regards amoureux oui. Une lueur heureuse et mystérieuse. Comme ce portrait d’homme dans une rue éclairée la nuit. Le visage entouré d’une capuche, avec en dessous un bonnet. L’homme offre son regard non pas à l’objectif mais au photographe derrière. Un regard d’amour, de reconnaissance ; un peu ému, Qui accompagne dans la nuit. Tout est bleu, des nuances de bleu sombres, parfois plus claires à cause de la lumière. C’est une série de photos d’ Emeric Lhuisset intitlée " sur l’autre rive". Une série qui a reçu le prix du photoreportage Leica à la biennale de Vevey en Suisse. Des photos bleu tirée sur cyanotype et vouées à dispraître progressivement en contact avec la lumière. Ce sont des images qui devraient rester dans l’ombre, dans la nuit, pour survivre. Comme cette mer épaisse qui nous place au milieu de nulle part, ballotés dans ce décor là. Tout peut disparaître, les vagues qui nous maintiennent à la surface, qui nous mène vers l’autre rive. Ces visages qui nous regardent. Les lueurs qui les animent. Emeric Lhuisset interroge la disparition, celle des images, celles des paysages aussi, tout comme ces autres photos prises en Irak et exposées en ce moment au centre de création contemporaine Olivier Debré à Tours. Des paysages qui subissent le temps et le climat. Et sont présentés comme des « Ruines du futurs ». Des ruines du future, c’est aussi ce que sont nos images de nuit. Celles qui nous assaillent, ces bribes que nous assemblons. Et qui peuvent disparaître avec le jour qui se lève. Des photos comme des rêves furtifs, des angoisses nocturnes, dont on se demande si elles ont bien existé. Si on était bien nous-même à ce moment là, quelques heures auparavant avec ces images là en tête, de sourire sans questions et de nuit claire.

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