Retrouver les images d'un jour qui recommence : "je ne me souviens de rien" par Diane-Sara Bouzgarrou

"Je ne me souviens de rien" par Diane Sara Bouzgarrou
"Je ne me souviens de rien" par Diane Sara Bouzgarrou - (avec l'aimable autorisation de Dock66)
"Je ne me souviens de rien" par Diane Sara Bouzgarrou - (avec l'aimable autorisation de Dock66)
"Je ne me souviens de rien" par Diane Sara Bouzgarrou - (avec l'aimable autorisation de Dock66)
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Où il sera question d'un révolution qui a eu lieu, d'une mémoire sauvée sur disque dur, de voyeurisme en propriété privée, de la régulation de la religion, d'imaginaires nationaux en Europe, de la dépression négligée dans le monde et d'exploitations de données personnelles au supermarché.

C’est l’histoire d’une recherche. Celle de soi bien sûr, on n’y échappe jamais. Mais aussi celle d’images de soi. D’images perdues, de choses vécues qui disparaissent presque aussitôt. Ce sont les images d’une mémoire personnelle stockée sur disque dur. Il y a des images et il y a des mots tapés sur un écran noir comme un pense-bête. Une note pour plus tard quand l’absence de soi aura repris le dessus. « Vivre et ne plus avoir peur d’en mourir ». « Faire avec ce qui reste ». « Revivre ». Un mot à double sens ici. Revivre comme sortir de la peur et de l’immobilisme, sortir de la maladie. Revivre aussi comme vivre à nouveau les moments oubliés. Je ne me souviens de rien nous dit Diane Sara Bouzgarrou. La jeune réalisatrice nous parle de ses troubles bipolaires, d’un épisode maniaco-dépressif fulgurant qui lui a fait perdre une partie de sa mémoire en 2011. Elle se filme à la petite caméra et au téléphone portable. Son amoureux la filme aussi et il stocke pour elle ces images, ces mots dits, dans un disque dur. Une mémoire mise de côté au cas où. Une réserve pour se reconstituer soi-même, recoller les morceaux manquants. 2011. C’est aussi l’année de la première révolution du printemps arabe. On y voit des images de télévision, des manifestants à Tunis. Poings levés. On entend les cris, et on voit aussi le visage de son père. Le docteur Bouzgarrou, qui regarde, en France, les images de son pays en plein soulèvement. Un regard aux grands yeux tendres et inquiets, comme quand il regarde la caméra de sa fille. Comme quand il veut lui répondre sans la contrarier, quand elle lui demande si elle peut désormais demander la double nationalité. La révolution, le pays de mon père. J’étais soudainement si fière de son pays, si fière de lui, écrit Diane Sara Bouzgarrou sur l’écran noir de son film. Sans ce film, elle ne se souviendrait pas non plus de ce moment historique. Un film que l’on peut voir ce soir centre Wallonie Bruxelles à Paris, dans le cadre du festival, Cinéma du Réel. Je ne me souviens de rien, comme une suite d’images et de mots. L’histoire de son père, son histoire à elle, l’histoire d’une libération, celle d’une déflagration intérieure. La révolution, et la maladie de l’esprit étroitement imbriqués en elle « comme s’ils m’avaient attendue » dit-elle. Un film qui ne raconte rien d’autres que la manière dont parfois on peut tenter de se rendre à soi-même.

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