L'atelier - Copyright Estelle Lagarde
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Résumé

Où il sera question de corps en flottement, de la mémoire des gestes automatisés, de vengeance littéraire, d'âge de la régression, de menace démocratique en Europe, de subtilités sémantiques et de vies humaines gâchées.

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Bruits sourds de machines. Gout d'acier dans la bouche. La poussière de ferraille pique les yeux. Et les mouvements auparavant si fluides, provoquent désormais des douleurs dans le poignet. Rêver de cadences répétées : main gauche attrape la pièce. Fixer la pièce. Resserrer l'étau. La tête qui tourne à droite, se saisit de l'outil dont la silhouette est tracée au feutre noir sur le plan de travail. Mouvements saccadés exécutes plus lentement qu'à l'habitude, comme au ralentit. A moins que ce ne soient les machines qui s'accélèrent. Puis ça recommence, peut-être toute la nuit, ou seulement huit secondes : juste le temps de prendre la pose sur une pellicule.

Avoir les gestes du travail, comme tatoués dans le corps. Réflexes qui nous dispensent même d'être éveillés pour savoir quel muscle contracter. Des répétitions de cadences dont on dérushe les huit heures de film une fois les yeux fermés. Avoir tellement le travail en soi que ses compagnons de labeur en viennent à tourmenter nos nuits. Des spectres aux corps presque transparents car usés par l'effort, comme les murs écaillés de cette vieille usine dont les couleurs jaune et orange laissent la place à un blanc clinique. On rencontre des fantômes dont les mouvements provoquent des échos dans ces espaces décrépis. Des silhouettes laiteuses qui portent et transmettent la mémoire de gestes automatisés, qui ne peuvent plus s'effacer. Des corps bleus.

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Secrétariat - Copyright Estelle Lagarde
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- Estelle Lagarde

Ce sont aussi des mises en scène de songes en costume : des discours donnés à un ensemble de chaises vides, un langage inconnu tapé sur le clavier d'un vieil ordinateur, un compte rendu d'activité déroulé grossièrement et qui atteint la porte d'entrée. Des corps noirs et blancs.

Des secrétaires, des ouvriers, des cadres et l'empreinte du travail sur un lieu, l'empreinte du travail sur le corps. Une réflexion sur l'enfermement physique et psychique. C'est ce qu'a voulu photographier Estelle Lagarde, dans « Lundi matin », une série de clichés exposée actuellement à l'espace Anis Gras- Le Lieu de l'Autre à Arcueil dans le Val de Marne. Des images mises en scène à l'aide de figurants bénévoles, qui ont pris la pose dans un garage automobile abandonné. Entre personnages nets et silhouettes floues, la photographe joue avec le mouvement grâce au temps de pause long, généralement de huit secondes secondes, qu'elle donne à un protagoniste pour opérer une chorégraphie définie à l'avance. Élan qui avec un peu de chance se matérialisera sur la pellicule. Comme une manière de sonder les couches de mémoire accumulées dans un espace et conserver le souvenir des fantômes qui viennent nous rendre visite en rêve.

JUKEBOX

Bertrand Belin avec "La bicyclette" sur l'album Les 50 ans de Saravah

Références

L'équipe

Emilie Chaudet
Production