France Culture
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Résumé

Où il sera question d'une gardienne amoureuse, d'une veille espagnole, d'un Alice automatique, d'un regard allemand sur la campagne présidentielle, de trois mois de présidence Trump et d'une vie dans un van.

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C’est l’image de ce qui ira jusqu’au bout. Une vie à deux quoi qu’il arrive. Deux corps qui se soutiennent, à bout de bras oudu regard. Qui évitent les pièces vides, s’empêchent d’éteindre trop vite la lumière. Attendre ensemble que le temps fasse son œuvre. On ne peut rien deviner des pensées qui traversent Maria assise seule sur le canapé de son salon, le regard, perdu dans le vague, cernés de ses petites lunette noires. Petite femme aux cheveux courts, au visage d’oiseau sans jamais un sourire. Son corps se relâche perdu dans un pull en laine rose et des pantoufles étoilées de la même couleur. A l’arrière plan on voit son mari, Ramiro, s’éloigner dans un couloir, à l’aide d’un déambulateur. On ne sait rien des pensées, des souvenirs sans doute aussi, qui assaillent Maria quand elle regarde par la fenêtre d’une chambre d’hôpital. Celle de son mari. Ce sont deux images, rares images de cette série où Maria n’est pas en train d’accompagner physiquement son mari, elle ne le regarde pas, ne le prend pas dans ses bras, ne l’aide pas, ni à se tenir debout, ni à manger, ni à se lever. Elle est là, sur ces deux photos, pour elle seule. Elle sait que ça ne durera pas. Que ses pensées sont pleines de lui, de ce qu’il faudra faire, à la minute d’après pour lui rendre le mouvement plus simple et la vie plus douce. Une des rares images où Maria n’enveloppe pas de ses mains le corps de son mari, ses pieds dans une bassine d’eau, ses épaules lorsqu’à table, elle ajuste une serviette autour de son cou, ou son visage, dans la salle de bain quand elle s’apprête à le raser. Ce sont des moments quotidiens, dont on dirait qu’ils se passent dans le silence. Seules les mains qui se touchent et les regards qui se croisent ont leur place ici. La photographe américaine Monica Jorge avec cette série, sur la vie de ses grands-parents vient de gagner un prix et une bourse de la fondation Alexia qui promeut un journalisme sociale, des portraits d’invisibles, d’inaudibles. Une série qu’elle a intitulée « la gardienne de mon grand-père ». Titre qui impose une distance dans la narration de leur histoire. Une distance qui n’a pas lieu dans leurs gestes. Qui reflète sans doute en fait les pensées profondes de sa grand-mère. Celle dont les yeux amoureux sont à chaque fois voilés d’inquiétude. Comme le montre ces lacets noués autour d’une poignée de porte pour empêcher son homme de partir trop loin d’elle. D’expérimenter comme sur un coup de folie, la solitude et justement, cette distance.

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Références

L'équipe

Emilie Chaudet
Production