Se fondre dans la nuit, laisser venir la lumière : "Azimut" par Tendance Floue et Flore-Aël Surun

France Culture
France Culture
Publicité

Où il sera question de peurs nocturnes, d'une forêt suspendue dans le vide, d'un relais photographique, d'une mystérieuse disparition, d'un coyotte, du pouvoir de la littérature, de l'instabilité politique au Brésil, de House of Cards à Trumpland, de la charge mentale.

C’est l’orée d’un bois. Un point de fuite, un puit de lumière. Là où s’engouffre toute la clarté restante du ciel quand on sent que la nuit doucement tombe sur nous, et que nous ne sommes pas plus avancés. Une route droite et étroite. Délimitée de chaque côté par une ligne blanche. Une route beaucoup trop bien délimitée dans cette forêt en désordre. Où tout se concentre à certains endroits. Une forêt qui nous enserre lentement dans une douce obscurité. Des arbres aux maigres troncs, qui ne nous offrent aucune cachette aucun refuge. Juste une multitude de piliers qui font tenir le décor. Et au loin toute la lumière du ciel concentrée dans un puit droit devant nous au bout du chemin. Un point de vue sur la fin du jour, là à l’extrémité de cette forêt. Un paysage comme dans un film de Guillaume Nicloux, on pense à l’errance interminable d’un chasseur qui se parle à lui même. Qui parle à son fantôme et tourne en rond dans sa solitude. Un paysage crépusculaire comme dans The End. Une apocalypse de soi-même. Devenir sur ce chemin peut-être une autre personne. En finir avec cette part de nous restée à l’entrée, au bord de la route. C’est une photo de Flore-Aël Surun. La photographe de l’agence Tendance Floue qui a pris le relais de Patrick Tourneboeuf. C’est une série collective de photographie itinérante. Azimut. Tous les 9 jours les photographes de Tendance Floue se passent un relais photographique, et capture un territoire qu’ils sillonnent pendant 6 mois. Ici la photographe prend la nuit qui tombe près du lac de Faux, pile au milieu du parc naturel des Millevaches dans le Limousin. Flore-Aël Surun raconte ce moment, cette nuit qu’elle s’apprête à passer seule, sur les bords du lac. « Cette nuit là je me suis réveillée croyant entendre un animal. J'ai peur... J'essaie de me rendormir mais toujours ce bruit et mon imagination qui s'emballe....Finalement je comprends que c'est juste le vent, et je pense à nos peurs imaginaires... » Au milieu de la diagonale du vide. Dans un tourbillon désert avec comme horizon, ce précipice de lumière dans lequel se perdre. S’envelopper dans le vent pour ne plus rien entendre. S’aveugler pour échapper à la nuit qui vient.

(Tapis musical : The Tindersticks - Running wild)

Publicité

L'équipe