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Résumé

Où il sera question d'un phare qui n'éclaire plus, d'un kilomètre 0, d'un air toxique, de la signification religieuse de l'Ascension, de la reconfiguration de l'Otan, d'un album de rap de fin d'études.

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C’est la brume d’un été qui tarde à apparaître. Il est bien là mais ne se montre pas. Reste sous un voile de brouillard. Tout comme ce phare, qui se remarque, et reste pour tous, un unique point de repère, même si depuis longtemps, ce n’est plus de lui que vient la lumière de la nuit. « L’orage de la nuit dernière qu’accompagnaient les bagarres des chats du quartier, a laissé un silence enveloppant », c’est l’extrait d’un texte d’Anaïs Coignac, qui accompagne les photos de Julien Pebrel. Celles de Sulina. Un nom en forme d’île. Des paysages entourés d’eau, et de brouillard. Un ciel chargé d’été, qui annonce à tout moment l’éclatement. Le grondement. LE désordre à venir. Les rues sont désertes. Ou plutôt désertées. Elles montrent encore la présence qui fut. Juste avant la prise. Comme une balançoire dont on est sûr qu’elle bouge encore un peu. Un feu qui colore le ciel au loin. Il y a ces corps de bord de mer. Qui se tiennent là pour eux même, sans aucune parade, écrasés par le soleil. La parole aussi écrasée par cette chaleur. Seule l’eau peut, à se moment, là sauver le mouvement. Danube kilomètre 0. Une balise marquée par un phare qui n’éclaire plus rien. C’est dans la ville roumaine de Sulina, porte orientale nous dit le photographe de l’Union européenne depuis 10 ans. Depuis que la Roumanie en fait partie. Un phare qui n’éclaire plus. Une lumière qui un jour a été. Qui peut-être un jour a sauvé. Et qui a disparu. Avec elle les bateaux, avec elle des terrains abandonnés. On peut voir un extrait de cette série, dans le dernier Myopzine, magazine de l’agence Myop publié cette semaine. "Mes Yeux objets patients". Un vers de Paul Eluard extrait de son recueil Donner à voir. Mes yeux objets patients qui forment l’acronyme, MYOP, de l’agence photographique. Particulièrement parlant ici. Puisque ce poème nous parle d’yeux à jamais ouverts sur l’étendue des mers. Une mer qui noie, les regards perdus. Qui emporte tout. Les cargos de nuits, et les souvenirs d’été. Pour nous mener vers la brume du matin, celle de l’hiver qui revient. Attendre, comme une ritournelle, l’éclaircie.

(Tapis musical : Alex Burey - "Unspoken")

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L'équipe

Emilie Chaudet
Emilie Chaudet
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