Becoming South Sudan Chapter II: South, 2011 - courtesy The Ravestijn Gallery
Becoming South Sudan Chapter II: South, 2011 - courtesy The Ravestijn Gallery
Becoming South Sudan Chapter II: South, 2011 - courtesy The Ravestijn Gallery - Alinka Echeverria
Becoming South Sudan Chapter II: South, 2011 - courtesy The Ravestijn Gallery - Alinka Echeverria
Becoming South Sudan Chapter II: South, 2011 - courtesy The Ravestijn Gallery - Alinka Echeverria
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Résumé

Où il sera question de transformation, de regards qui changent, d'une société qui se forme, d'Effets indésirable, d'une vie en forme de dommage collatéral, de pauvrophobie, d'un miroir tendu à l'Europe et de la fermeture du musée de l'érotisme à Paris.

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Ce sont des visages en devenir. Des regards qui nous fixent. Des regards déterminés. Des visages durs. Sur lesquels l’incertitude tente de se cacher derrière des ombres de fatalité. C’est comme ça. C’est comme ça que ça va être. C’est ça que nous allons devenir. Les visages parlent. Les regards ponctuent. Des visages en devenir donc. Il y a celui de cette jeune femme, face objectif, avec ce regard plein de questions et de on dirait, reproches, comme si on l’avait sortie de force de sa rêverie. Bras croisés chemise blanche, et cravate noire desserrée. Cheveux soigneusement coiffés avec la raie au milieu. Un habit comme un uniforme, avec un arrière plan constitué de dizaines d’autres jeunes filles, elles aussi, en noir et blanc. Il y a ces hommes, là aussi, en uniforme. Verts. Des réservistes, au front scarifiés, comme des rayures tigrées. Regards inquiets et peut-être aussi un peu menaçants comme une défense inconsciente. Il y a ces deux hommes sur un embarcadère, avec un amas de bagages à côté d’eux. L’un regarde ses pieds, l’autre tout aussi triste et fermé perd son regard dans le vague, en direction de son compagnon de route. Attente. Angoisse. C’est le futur qui vient. Les jours d’après dont on ne sait pas de quoi ils seront faits. Comme cette femme, assise au chevet d’un lit d’hôpital, qui baisse les yeux sur le corps blessé d’un homme endormi. Le projet photographique d’Alinka Echeverria au Soudan du Sud, montre ces visages de l’incertitude, quelques jours avant la proclamation de son indépendance en 2011. Comment devenons-nous une société, une nation ? se demande la photographe. Quelles questions nous posons nous à nous-mêmes, lorsque nous savons que nous allons devoir faire corps avec d’autres, vivre connectés à d’autres vies, dans un espace que des décrets dessinent à notre place. Comment devenir dans ces conditions ? Comment être sûrs d’y arriver ? Ce sont ces regards aux yeux ouverts sur les autres, sur soi-mêmes. Ces yeux ouverts dans tous les sens du terme. Dans le sens, aussi, où ils se tournent vers l’avenir. L’avenir qu’ils ne voient pas encore venir. Qu’ils ont le temps d’imaginer. Mais pour y mettre quoi ? Des yeux qui tentent même avec la peur tout au fond, de regarder autour, d’essayer, dans cet autour et dans ces autres, de s’apercevoir soi-même un peu.

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Wars du groupe Girls in Hawaii sur leur album Everest. Les guerres, celles que nous avons à mener en ce moment pour surmonter nos crises. C’est une référence à cette tribune d’analyse parue ces derniers jours dans le journal britannique the Guardian. Tribune signée Natalie Nougayrède, par ailleurs ancienne directrice du journal le monde. Tribune intitulée "le problème n'est pas celui des réfugiés mais celui de la crise identitaire de l’Europe". La journaliste décrit le durcissement d’un discours politique, qui n’admet plus le lexique de l’accueil ou de l’ouverture. L’un des dommages collatéraux de la "post-truth politics" ou politique mené par les émotions, déconnecté des faits réels que nous vivons, l’un de ces dommages donc, en Europe, c'est celle d'une fausse écriture de l'histoire. Celle d'une Europe qui ne peut pas assimiler les différentes cultures qui arrivent sur le continent. L’un des délires qui illustre ce climat, c’est celui de l’arrivée en Europe de cultures que nous ne pouvons pas intégrer. En France, cela s’illustre avec cette psychose d'extrême droite dite du "grand remplacement." La journaliste qui poursuit son analyse selon laquelle la crise migratoire que nous vivons "a tendu un miroir à l'Europe qui force ses habitants à se demander qui ils sont". L’Europe comme nouveau continent d’immigration, va avoir besoin de se raconter autrement qu’elle ne le fait aujourd’hui, conclut-elle.

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Références

L'équipe

Emilie Chaudet
Production