France Culture
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Où il sera question d'un photographe prisonnier, d'un ciel sans limite, d'émois d'enfance, d'affiches fantastiques, de la fin de la mondialisation, du rôle de Djibouti, de la jeunesse tunisienne et de la "malinformation"

C’est une frontière qu’on ne sait pas situer dans cette immensité. Une ligne infinie entre la mer et le ciel. C’est un paysage sans limite, qui semble dépasser même celles du cadre. On est au bord d’un lac. On se tient en retrait et on regarde l’eau calme de loin. Deux tête en émergent. Sur l’une des rives, deux ombres tiennent ensemble une canne à pêche. La distance de la prise de vue nous offre une étendue, mais nous met au défi de l’approcher. D’embrasser tout ce que ce paysage là nous offre. Il y a l’eau, que même ces corps d’hommes ne semblent pas troubler. Il y a ces herbes hautes sur l’autre rive que personne n’habite. Enfin, il y a ce ciel, qui occupe le centre de l’image, presque les deux tiers. Un ciel qui ne se dévoile pas tout à fait dans ce noir et blanc. Difficile de percevoir quelle luminosité, quelle intensité il porte en lui. Il ne vaut que par son imposante présence. Comme sur la plupart des photos de Mahmoud Abu Zeid. Ce photographe égyptien de 29 ans, qui se fait appeler Shawkan, a été arrêté, avec plusieurs centaines de personnes, en 2013. Il photographiait une manifestation au Caire. Emprisonné depuis 3 ans, il risque aujourd’hui la peine de mort. Amnesty International a mis en ligne une pétition pour appeler à sa libération. Dans toutes ses photos, Mahmoud Abu Zeid, laisse toujours, donc, une place pour le ciel. Même quand il s’agit de montrer la place Tahrir noir de monde, en 2011, il y a cette ouverture, cette espace de liberté qu’aucune autorité ne peut confisquer. Notamment cette image de deux jeunes hommes tout sourire hissés sur des sémaphores et qui, en se regardant, semblent déjà plus proches du ciel bleu nuit que de la foule. Aujourd’hui, les proches de Mahmoud Abu Zeid disent de lui que le ciel lui manque. Alors sur les réseaux sociaux ceux qui veulent le soutenir lui envoie leur photo sous le mots clé, #skyforshawkan (#cielpourshawkan). Donner une fenêtre ouverte, un trou d’air en attendant. Des cieux de partout. Avec ou sans nuages, souvent en couleurs. Qui lui rappellent sans doute ce paysage quasiment désert, qu’il a capturé un jour, loin des places du Caire, avec ce lac imperturbable. Un paysage sans limites qui semble même dépasser celles du cadre.

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