France Culture
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Résumé

Où il sera question d'un réveil difficile, d'une dernière ombre d'humanité, d'un monsieur Tout-le-Monde président, des exclus du rêve américain, du cauchemar américain et d'une certaine idée de la colère.

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C’est une image de campagne. Une image des jours d’avant. Une image de calme entre deux tempêtes. Elle paraît volée dans un monde parallèle à celui qu’ont vécu candidats et électeurs ces derniers mois. C’est une salle pleine de drapeaux américains. Comme un cadre envahissant pour notre image. Au milieu des drapeaux Hillary Clinton se tient face à sa fille, elles sont toutes proches l’une de l’autre, se tiennent les mains, se regardent dans les yeux. La jeune fille en robe sombre, cheveux lâchés sourit timidement à sa mère, qui lui répond elle aussi par un sourire et une mimique que j’ai envie de qualifier de simplement maternel. De grands yeux ronds rivés sur sa fille et un sourire franc, quasi clownesque ; comme si elle regardait un enfant, une fille qui aurait 25 ans de moins. Un visage humain. Celui qui nous dit que rien ne peut être grave, même à quelques jours d’un scrutin censé élire le ou la présidente de la première puissance mondiale. Je me suis aperçue assez tard, en regardant cette photo, que les deux femmes n’étaient pas seules. Cela ressemble à une atmosphère de fin de fête, ici, de fin de meeting quand tout le monde est parti. L’instant où le silence, et l’intimité prennent leur place le dessus. L’instant où les regards se croisent vraiment, les corps se rapprochent volontairement. Mais en fait, en regardant bien, la salle apparaît bondée de monde. Des ombres de tête, de mains tenant les fameux drapeaux se bousculent au premier plan de la photo, flous, presque transparents. Donc non, ce n’est pas ici un vrai instant d’intimité ou d’insouciance volé, que l’on peut voir dans le New Yorker, mais celui d’une mise en scène ultra américaine et non moins politicienne, photo de meeting signée Mark Peterson. Une femme qui choisit de montrer un autre visage. Celui d’une mère qui tente de rassurer et d’amuser sa fille, avec ce regard droit, aimant, mais aussi à la limite de l’infantilisant. Le regard d’une candidate qui, dans cette campagne, a misé sur un visage humain peut-être peut on imaginer, comme une possible stratégie. En tous cas une manière de se démarquer dans ce climat de violence et de folie électorale. Dire que rien ne peut être grave puisqu’on est là, donner à voir le visage d’un capitaine dans ce navire à la dérive. Une photo partagée sur le réseau social Instagram et qui a fait réagir de l’autre côté de l’Atlantique. Des mots, des réactions qui s’interrogent sur l’authenticité du moment. Mais qui veut dire chez les partisans de la candidate, qu’il reste une toute petite part d’humanité dans cette campagne. Et peut-être la dernière ombre d’humanité sur un visage qui passe si près aujourd’hui du seuil de la Maison Blanche.

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American Nightmare de BK ONE sur l’album Radio do canibal. "Cauchemar américain". Ai-je vraiment besoin d’expliquer le choix de ce titre aujourd’hui ? Toujours est-il que j’ai envie de vous parler ce matin de cet article du New Yorker, intitulé "Les électeurs latinos montrent à Trump ce qu''être américain' veut dire". Le journaliste Benjamin Wallace-Well note en effet que face à un Donald Trump qui a réaffirmé à la fin de sa campagne son penchant xénophobe, présentant l’immigration comme une menace, les hispaniques sont mobilisés en masse et en premier pour aller voter. Le journaliste qui relaie les mots et les analyses de plusieurs politologues éminents aux Etats-Unis John Ralston ou Dan Smith qui s’accordent pour observer que la mobilisation électorale massive des hispaniques aux Etats-Unis aura été sans doute le trait à retenir de l’histoire de ce scrutin. Et ces mots d’une électrice porto-ricaine à propos de Donald Trump :"Il ne possède pas les valeurs de notre nation, il ne devrait pas être élu président." Le journaliste qui conclut qu’après avoir gagné les voix au fil des élections de l’électorat populaire des Etats-Unis. Les Démocrates ont fini par gagner celle de l’électorat hispanique. Et aujourd’hui, ce matin, cette question, en regardant les résultats de cette élections: Comment n’a-t-on rien vu venir ?

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L'équipe

Emilie Chaudet
Production