Roger Hanin et Bernard Larmande sur le tournage de la trilogie de Pagnol "Marius, Fanny et César".
Roger Hanin et Bernard Larmande sur le tournage de la trilogie de Pagnol "Marius, Fanny et César".
Roger Hanin et Bernard Larmande sur le tournage de la trilogie de Pagnol "Marius, Fanny et César". ©Maxppp - BEP/LA PROVENCE
Roger Hanin et Bernard Larmande sur le tournage de la trilogie de Pagnol "Marius, Fanny et César". ©Maxppp - BEP/LA PROVENCE
Roger Hanin et Bernard Larmande sur le tournage de la trilogie de Pagnol "Marius, Fanny et César". ©Maxppp - BEP/LA PROVENCE
Publicité
Résumé

Accent pourri, accent chantant, accent sexy, accent à couper au couteau, accent du nord ou du midi… Avé ou sans ? Honte ou fierté ? D’où que l’on soit, l’accent nous poursuit. Alors, comment fait-on pour vivre avec ? Trois histoires avec accent pour savoir enfin où le mettre.

En savoir plus

Dans cette histoire à accents, il y a d'abord celui d'une Franc-Comtoise. Thérèse est née à Belfort, et a grandi dans la région de Montbéliard. Là-bas, les syllabes s'allongent ou se raccourcissent, dans un rythme bien particulier à la Franche-Comté. Mais Thérèse ne s'en "rend pas compte". C'est seulement quand elle commence à étudier à Paris qu'elle acquiert la faculté de se défaire de son accent "en passant Vesoul". Son usage de l'accent devient alors "local, intermittent". Lorsque Thérèse décide de passer les concours de l’Education Nationale, et se retrouve à Levallois-Perret, en région parisienne, son accent lui pose problème…

"Ma maître de stage m'a dit : "Avec votre accent, on ne vous prendra jamais !" Et c'est là que je me suis rendue compte que j'avais encore l'accent franc-comtois." Thérèse

Publicité

Finalement, Thérèse réussit brillamment ses concours. Elle devient professeur des écoles et encadre une classe de maternelle. Mais rapidement, la jeune enseignante constate que les enfants finissent par imiter sa prononciation et sa diction, disant "chveu" au lieu de "cheveu". Mais ces "voyelles traînantes" ou plutôt "chantantes" sont-elles si dérangeantes ? Ou sont-elles plutôt une "mélodie commune" aux enfants de sa classe, qui a le don d'enchanter leur maîtresse ?

À lire aussi : T'as voulu voir Vesoul...

Le deuxième accent de cette histoire, c'est celui du 93. Quand on vient de Seine-Saint-Denis, département situé au nord-est de Paris, "l'accent de banlieue" participe à la stigmatisation. En arrivant sur les bancs de la fac à la Sorbonne, Greg, né à Drancy, comprend que son accent le renvoie au cliché du "mec de banlieue".

"Les gens le remarquaient tout de suite et plaisantaient là-dessus. On était les lascars, la racaille quoi." Greg

Quand Greg devient vendeur de disques dans un grand magasin, on lui demande d'adapter sa manière de parler pour s'adresser aux clients. Il lui faut désormais "faire attention constamment à sa manière de parler". L'accent de banlieue porte les mêmes stigmates que les banlieues elles-mêmes.

"Mes amis trouvent que j'ai un accent de banlieue, à cause de la manière dynamique, agressive, un peu "rentre-dedans" de parler. Mais j'ose espérer que je ne suis pas une caricature. Les gens doivent arrêter de prendre l'accent des gens pour quelque chose de péjoratif, de vulgaire, quand ça les arrange." Greg

La mère de Susanna est américaine, mais est venue s'installer en Italie il y a cinquante ans. C'est là que Susanna a grandi. Quand était petite, elle était fière de l'accent américain de sa mère. A présent, c'est elle qui vit à l'étranger, en France, et c'est elle dont l'accent est toujours remarqué par ses interlocuteurs. On s'extasie, on l'infantilise, on l'interrompt, et on n'écoute jamais vraiment ce qu'elle dit.

"Même après vingt ans en France, j'ai toujours le droit aux stéréotypes de l'Italienne. [...] Mon accent me ramène toujours à mon étrangeté, à ma bizarrerie. J'aimerais ne pas avoir d'accent, mais maintenant, j'ai un accent italien quand je parle français et un accent français quand je parle italien." Susanna

Sa mère l'avait prévenue : tous ses efforts d'intégration ne suffiront jamais, car son accent trahira toujours qu'elle n'est "pas du coin". Pourtant, pour Susanna, le fait d'avoir changé de pays est plutôt une force qu'une faiblesse. Alors, en fin de compte, ce fameux accent, que trahit-il vraiment ?

À lire aussi : La vie de ma mère

Première diffusion : 30/3/2018.

Des nouvelles :

Thérèse, Greg et Susanna vont bien : ils n'ont pas changé, ni enlevé leur accent...

Merci à Nathalie, Debra, Karine, Giuliano, Lazare et Viviane. Merci aussi à Amazir Bourahla, stagiaire de première.

  • Reportage : Lucia Sanchez
  • Réalisation : Philippe Baudouin, Anne Depelchin

Musique de fin :  "Ma Quale Idea" de Pino d'Angio.

Pour aller plus loin :

Roberto Rey Agudo, "Everyone Has an Accent", New York Times, 14/07/2018