Aujourd'hui, on peut acheter une consultation de voyance par téléphone ou sur Internet.
Aujourd'hui, on peut acheter une consultation de voyance par téléphone ou sur Internet.
Aujourd'hui, on peut acheter une consultation de voyance par téléphone ou sur Internet. ©Getty - Engdao Wichitpunya / EyeEm
Aujourd'hui, on peut acheter une consultation de voyance par téléphone ou sur Internet. ©Getty - Engdao Wichitpunya / EyeEm
Aujourd'hui, on peut acheter une consultation de voyance par téléphone ou sur Internet. ©Getty - Engdao Wichitpunya / EyeEm
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Résumé

Cindy a trente ans. Elle est voyante, médium, et rebouteuse. Elle a aussi plus de sept mille abonnés sur sa page Facebook. Depuis son village d'Auvergne, la jeune femme lit l'avenir, contacte les défunts et soigne de ses mains magnétiques les maux des autres, au risque parfois de s'abîmer la santé.

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Cindy est une sorcière, même si elle n'aime pas beaucoup utiliser le mot, car là où elle vit, cela fait peur aux gens. Certaines personnes âgées dans son village de l'Allier la regardent avec méfiance, et s'ils la traitent de "sorcière", c'est pour eux une insulte. La jeune femme se définit plus volontiers comme voyante, médium ou magnétiseuse. Elle a deux chats et ses cheveux changent souvent de couleur - noir, violet, blond, rose - au fil de ses Lives Facebook. C'est surtout une femme qui croit en ses intuitions, très active sur les réseaux sociaux et dans la vie. Elle aime se définir comme "une femme de son âge, une femme qui travaille".

La naissance du "petit monde de Cinderella"

Les expériences paranormales de Cindy commencent pendant son adolescence. La jeune fille sent la présence des défunts, ou l’imminence de la mort, elle est également fascinée par les vidéos d’exploration de lieux hantés. Cette découverte du monde mystique culmine avec une expérience de mort imminente (EMI), qui aurait selon elle réveillé son don de médiumnité.

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L’ex-conjoint de Cindy est sorcier, ou plus officiellement, “praticien occulte”. Il se rend dans des lieux hantés avec son pendule pour les nettoyer. C'est lui qui initie la jeune femme à l'usage du pendule divinatoire.

Cindy décide de monter son entreprise de voyance en se rendant compte de la pertinence de ses tirages de cartes. Tout y est passé : le numéro de SIRET, l’URSSAF, le statut d’auto-entrepreneuse… Elle ouvre une boutique à Dompierre-sur-Bresbre, aujourd'hui devenue un site internet, où elle propose divers produits en plus de ses consultations : pierres, bijoux, attrape-rêves, bougies et huiles, oracles et mêmes thés et théières. Si la vente est passée en ligne, les consultations peuvent toujours se faire en présentiel, ou par téléphone. Cindy décrit son lieu de travail comme "un bureau normal", qui ressemble presque à un cabinet de psychologue. Pourtant, c'est officiel, la jeune femme est reconnue comme cartomancienne, même si elle préfère le terme de “voyante”, car elle n'utilise pas que les cartes. Ses prédictions passent par des images, et même par des symptômes physiques.

En plus de proposer des séances de voyance, Cindy soigne des maladies ou des problèmes comme le manque de confiance en soi, par l’imposition des mains. Par le passé, on aurait pu l’appeler une “rebouteuse”, mais aujourd’hui, on dirait plutôt “guérisseuse”.

Le rôle des réseaux sociaux

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28 min

On l'aura compris : si la boutique physique a fermé, c'est à cause de la pandémie qui n'a pas épargné "Le petit monde de Cinderella". Néanmoins, l'activité de Cindy n’a pas été réduite à néant par le confinement, au contraire : la pandémie a suscité nombre de questionnements et d’inquiétudes dans la population, et de nombreuses personnes se sont ainsi tournées vers ses services.

Or, un aspect essentiel du travail de Cindy est la gestion des réseaux sociaux. Pour se faire connaître, elle tient une page Facebook où elle fait des lives, c’est-à-dire des vidéos en direct où elle tire les cartes pour répondre aux questions des spectateurs. A chaque séance, ils sont entre cent et trois cents à assister à ses tirages. La jeune femme organise également des jeux-concours pour faire gagner des cadeaux ou des séances de voyance gratuites. Etre connectée lui a donc permis de garder un lien avec sa communauté et de l'élargir depuis 2020.

Mais les réseaux sociaux ont souvent un revers de la médaille déplaisant. Cindy raconte ainsi que “les gens n’ont pas de patience, pas de respect, ils sont très angoissés”. Elle est sans cesse sollicitée par des inquiets qui ne prennent pas en compte le fait qu'elle a également une vie personnelle à gérer - vie personnelle qui, d'ailleurs, a souffert de l'accélération de son rythme de travail pendant le confinement. Entre ses enfants, sa vie de couple et son équilibre personnel, Cindy peine à garder le cap. Sans cesse sollicitée sur les réseaux sociaux, la jeune femme est passée de l’épuisement au burn-out.

"Le fait d'écouter des histoires dramatiques, des problèmes du quotidien, ça pèse. On gagne sa vie comme ça, mais on perd aussi en santé, parce que c'est un travail très énergétique. Ma santé s’est dégradée : on récupère le mal des autres.” Cindy

L'autre problème des réseaux sociaux, et en particulier de TikTok, selon la jeune femme, c'est la prolifération des charlatans qui font de la concurrence déloyale à Cindy et à ses collègues. Ils ne sont pas déclarés, ils arnaquent, extorquent des sommes astronomiques, et ne respectent pas la loi qui interdit de vendre des prestations ésotériques à des mineurs. L'INAD, l'Institut national des arts divinatoires, essaie d'ailleurs d'y mettre bon ordre, en recensant les plaintes pour escroqueries, afin de moraliser la profession.

27 min

Merci à Cindy et à Antoine Janot.

Reportage : Jeanne Mayer

Réalisation : Clémence Gross

Mixage : Julien Doumenc

Musique de fin : "2/2 = 5" de Radiohead.

Sons diffusés :

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Clémence Gross
Réalisation
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Jeanne Mayer
Production déléguée