Victor Castanet dénonce le rationnement pratiqué dans les EHPAD chez Orpea, malgré les tarifs élevés
Victor Castanet dénonce le rationnement pratiqué dans les EHPAD chez Orpea, malgré les tarifs élevés ©Getty - BSIP
Victor Castanet dénonce le rationnement pratiqué dans les EHPAD chez Orpea, malgré les tarifs élevés ©Getty - BSIP
Victor Castanet dénonce le rationnement pratiqué dans les EHPAD chez Orpea, malgré les tarifs élevés ©Getty - BSIP
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Alors qu'éclate le scandale Orpea, retour sur les témoignages de Dominique, dont le père a subi des mauvais traitements dans un EHPAD, et de Jérôme, qui a travaillé dans une maison de retraite du groupe Orpea. Deux preuves que les faits dénoncés par Victor Castanet ne datent pas d'hier.

Jérôme, quarante-cinq ans, travaille comme aide médico-psychologique dans des maisons de retraites en Île-de-France. Il a décidé de quitter le groupe Orpea au bout d’un an et demi car il ne supportait plus d'exercer son métier en mode dégradé. Dominique, elle, a dû placer son père en maison de retraite dans la région de Marseille, mais après seulement trois mois, les pompiers ont conduit son père aux urgences, tuméfié. Des récits et des témoignages sur les conditions de vie et de travail dans des maisons de retraite françaises.

“Ces EHPAD, ce sont des pompes à fric !”

En 2015, Dominique choisit pour son père l’une des maisons de retraite les plus chères — trois mille euros par mois —  et les plus luxueuses de la région. On y trouve des chambres individuelles, un grand jardin, et beaucoup de confort, du moins en apparence.

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Au fil de ses visites, Dominique constate l’apparition de bleus sur le corps de son père, la “disparition” de certains résidents, et un turn-over important du personnel. Son père semble amaigri, et en détresse psychologique. Un jour, il est hospitalisé, et elle se rend compte que les pompiers ne peuvent pas rentrer facilement dans la maison de retraite en cas d’urgence. Elle s'aperçoit également qu’il n’y a pas d’aide-soignant à demeure pendant la nuit, et que les résidents Alzheimer sont livrés à eux-mêmes. Ce soir-là, elle se retrouve à devoir changer son père elle-même.

Après seulement trois mois, les pompiers conduisent de nouveau son père aux urgences. On explique à Dominique qu'il est tombé, mais quand elle découvre l’état de son visage, complètement tuméfié, elle a un choc : “Il ressemblait à un boxeur qui sortait d’un ring !” Dominique se rend au commissariat pour déposer une main courante, mais la police l’encourage à porter plainte. Une enquête médico-légale est alors ouverte. C’est pour Dominique une épreuve terrible que de se rendre dans la morgue de la Timone à Marseille. “Ils étaient nombreux, ils m’ont frappé”, répète en boucle son père. Pourtant, le personnel de la maison de retraite soutient que le père de Dominique est “tombé de sa hauteur”, et qui plus est, on réclame à Dominique et à son frère un dédommagement financier pour les dégâts matériels occasionnés. C’est l’Institut Médico-Légal, l’IML, qui tranchera.

“J’ai compris que cette maison était un mouroir de luxe. Si je n’avais pas récupéré mon père, il serait mort dans cet EHPAD.” Dominique

Malgré ses efforts, Dominique n’obtient pas réparation. Pourtant, elle ne veut pas vraiment de dédommagement financier, mais cherche plutôt à ce que la situation évolue dans les maisons de retraites, et que le silence soit levé.

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“On était toujours dans l’urgence”

Tout au long de sa carrière, Jérôme a régulièrement été chargé des malades d’Alzheimer, du fait de sa formation en psychologie. C'est ainsi qu'il est recruté dans un EHPAD Orpea, l'une des entreprises leaders du secteur, avec son concurrent Korian. Quand il prend son poste, il n’a pas moins de seize personnes à soigner quotidiennement. Une charge de travail impossible à assurer sans maltraiter les patients. “On bricole”, avoue-t-il avec honte, “on alterne entre douches et petites toilettes”.

L’autre problème, ce sont les équipements. Jérôme décrit par exemple le manque d’ergonomie de la douche qui est à la disposition des résidents, et la chaudière défectueuse. Il lui arrive de brûler les personnes âgées qu'il doit laver, ou au contraire de leur faire subir une douche glaciale. Le jeune homme se sent coupable en permanence, alors il tente de se rattraper comme il peut, avec des petites attentions qui sont pour lui loin d’être suffisantes.

“J’étais une autre personne. J’étais un bourreau. Je fais honte à mon métier, je ne l’aurais jamais imaginé.Jérôme

Jérôme dénonce le manque d’investissement de la part des maisons de retraites comme Orpea ou Korian dans les unités Alzheimer, qu’elles ouvrent justement pour gagner plus d'argent, car une place dans ces unités coûte encore plus cher que dans une unité classique. Même s’il a décidé de quitter ce type de structures, le jeune homme ne peut s’empêcher de penser aux résidents qui continuent à subir ces maltraitances au quotidien.

Des nouvelles de Jérôme :

Depuis son témoignage en 2017, Jérôme continue à travailler dans les EHPAD en tant qu'aide-soignant, mais il est parti dans une plus petite structure. Il a souhaité bifurquer à un moment pour s'occuper d'enfants, mais s'est rendu compte qu'il préférait finalement travailler auprès des personnes âgées. Aujourd'hui, il est animateur dans une maison de retraite, toujours pour un petit groupe et en évitant sciemment les gros groupes comme Korian et Orpea.

BONUS

La mère de Frédéric est en maison de retraite depuis douze ans, dans la région de Marseille. Il y a deux ans, le groupe Orpea a pris la tête de l’établissement où elle réside, et depuis lors, les problèmes se multiplient. Voici son témoignage.

Frédéric et sa mère

7 min

Merci à Jérome, Dominique et Frédéric.

Première diffusion : 14 septembre 2017.

Reportage : Pascale Pascariello

Réalisation : Jean-Christophe Francis et Cécile Laffon

Chanson de fin : "No surprises - reprise Radiohead" par Yaron Herman Trio.