Le burn-out maternel est un syndrome distinct du baby-blues et de la dépression post-partum.
Le burn-out maternel est un syndrome distinct du baby-blues et de la dépression post-partum. ©Getty - FatCamera
Le burn-out maternel est un syndrome distinct du baby-blues et de la dépression post-partum. ©Getty - FatCamera
Le burn-out maternel est un syndrome distinct du baby-blues et de la dépression post-partum. ©Getty - FatCamera
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Deux mères racontent comment, dans les semaines qui ont suivi leur accouchement, elles ont été submergées par la fatigue, l’angoisse et la dépression, jusqu'à leur prise en charge pour "épuisement maternel" dans un hôpital mère-enfant spécialisé.

L’épuisement maternel, à distinguer du “baby blues” et de la dépression post-partum, est un syndrome qui se traduit par une fatigue chronique, de l’anxiété extrême et des troubles dépressifs qui conduisent à rejeter son enfant et à ne plus de sentir capable de s’en occuper. Ces symptômes ne surviennent pas systématiquement dans les mois suivant l’accouchement, mais dans le cas de Lisa, ils sont apparus très rapidement. Ce qu’elle interprète tout d’abord comme de la fatigue liée au retour à la maison et à la "charge mentale" d’une jeune mère se change, en l’espace de trois semaines, en un état d’épuisement sans précédent.

"J’ai perdu quinze kilos en trois semaines. On me voyait dépérir. Tout ce que je faisais avec ma fille était un effort surhumain. J’avais l'impression que je faisais tout mal et que tout était inatteignable : l’allaitement, le bain… En fait, je n'arrivais plus à rien faire." Lisa

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En plus de ces symptômes physiques, Lisa se rend compte qu’elle se renferme peu à peu sur elle-même, et qu'elle refuse de voir ses amis, ce qui ne lui "ressemble pas". Des pensées de plus en plus sombres la poursuivent.

"Je pensais que si elle tombait malade et qu'elle devait mourir, c'était mieux pour elle parce que au moins, elle n'aurait pas la mère défaillante qu'elle a. Pour moi, elle était mieux sans moi." Lisa

Alors que son mari reste "dans le déni", selon Lisa, ce sont ses amis qui s’inquiètent pour sa santé et pour celle de sa fille Mila. Lisa décide alors de demander de l’aide à l’hôpital mère-enfant de l'Est parisien, où elle s'installe rapidement. Dans cette unité spéciale, on lui propose un relai pendant la nuit, où l'on s’occupe de sa fille pour que Lila puisse se reposer et dormir, mais aussi un traitement antidépresseur accompagné d’un suivi psychiatrique. Peu à peu, en explorant son histoire personnelle, Lisa identifie la blessure émotionnelle qui explique son épuisement maternel, et soigne son sentiment de culpabilité constante par rapport à la maternité.

"J'ai construit petit à petit avec Mila ce lien qu'on a aujourd'hui. Ce lien qui, dans l'idée reçue, est censée être naturel, inné, à partir du moment où son enfant naît. Eh non, en fait. Ils m'ont appris à l'hôpital qu'on va faire des erreurs, mais qu'on fait de notre mieux." Lisa

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La seconde mère qui a accepté de témoigner au micro d'Emilie Chaudet est une mère célibataire de quarante ans. Pendant sa grossesse, la jeune fémininme est "heureuse d'être enceinte". Son bébé, elle l'a "vraiment attendu, désiré”, même si elle exprime rapidement son inquiétude d’élever un enfant seule. Aussi ses amis se sont-ils organisés pour lui apporter de l’aide et lui permettre de se reposer après son accouchement. Malgré tout, les trois premiers mois sont très éprouvants.

J'ai un enfant qui est allaité, j'avais beaucoup de réveils la nuit. J'avais du mal à le poser quand il dormait, lui avait du mal à dormir sans être à côté de moi, et je n'arrivais pas du tout à me séparer de lui, même dans l'appartement. Je n'arrivais plus à dormir."

Très vite, il devient impossible pour la jeune mère de rester seule avec son enfant, dont les pleurs et les cris l’angoissent. Mais l'idée de se séparer de lui l'angoisse tout autant, si bien qu'elle finit par s'interdire de sortir. Elle s’isole, refuse de voir ses amis. De plus en plus inquiète et épuisée, la jeune femme est tiraillée entre deux injonctions contradictoires. 

"J'avais un gros sentiment de culpabilité parce que c’était un enfant que j'avais voulu, je savais que je serais seule, et j'avais l'impression de ne pas assumer la situation, la solitude, la maternité.”

Arrive alors la visite des trois mois du bébé, l’occasion pour la jeune mère de décrire à son médecin sa propre perte d’appétit, ses nausées, ses crises d’angoisses et son hypervigilance constante. La semaine suivante, elle est admise avec son fils à l’hôpital mère-enfant, ce qui lui permet d’obtenir de l’aide pour apprendre à se séparer de son enfant de façon douce et progressive. Au sein de la structure médicalisée, elle se sent écoutée, s’autorise à pleurer, et, pour la première fois depuis trois mois, à dormir sur ses deux oreilles.

"Pour moi, la grande nouveauté a été d'apprécier les moments où j'étais sans mon fils. Avant, ça ne s'était jamais produit. À chaque fois que je l'avais confié, j'étais incapable de m'endormir ou de profiter du moment. Ça m'a appris à comprendre qu'il n'avait pas besoin de moi à temps plein et à cent pour cent.

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Merci à Lisa et à Doriane Lemarchand de l'hôpital mère-enfant de l'Est Parisien.

Reportage : Emilie Chaudet   

Réalisation : Anne-Laure Chanel, avec un coup de main d’Emily Vallat   

Mixage : Philip Mersher

Chanson de fin : "Old Code" de Chris Garneau.