Une file d'attente devant un laboratoire pour des tests PCR, en août 2020.
Une file d'attente devant un laboratoire pour des tests PCR, en août 2020.
Une file d'attente devant un laboratoire pour des tests PCR, en août 2020. ©AFP - Christophe Archambault
Une file d'attente devant un laboratoire pour des tests PCR, en août 2020. ©AFP - Christophe Archambault
Une file d'attente devant un laboratoire pour des tests PCR, en août 2020. ©AFP - Christophe Archambault
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Résumé

En plein cœur de Pantin, à deux pas du commissariat, dans une courette à l’architecture très seventies, se font face un centre de dépistage du Covid et un local de vaccination. Deux files de patients coincés entre des barrières, qui se côtoient sans se parler en attendant leur tour...

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Dario a 8 ans et demi, une tignasse brune et un blouson rouge. Il attend dans la file avec son père en lisant un livre sur l'Égypte antique. Il est venu se faire tester après avoir été en contact avec un cas de Covid dans sa classe, juste avant la fermeture des écoles. 

Je me pose des questions sur tout ça. Est-ce qu’il y aura une autre vague ? Comment on va faire pour régler ça ? Ça va prendre combien de temps, surtout ? On ne sait pas exactement ce qui va se passer, mais ça m’inquiète un peu…

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Dario ignore ce qui va advenir s’il est positif, mais il ne croit pas être contaminé. Il voudrait retourner au musée, notamment à celui d’histoire naturelle. Il regrette de ne pouvoir y aller. Il est aussi inquiet pour les autres, sa famille et ses amis, mais il attend de pied ferme l’arrivée de l’été.

Vu que mes parents ils regardent beaucoup les nouvelles, j’arrive à savoir quelquefois combien il y a de cas de Covid. Ça m’étonne et ça m’inquiète… Hein, papa ? […] J’aime pas trop voir des gens mourir comme mon grand-père à cause d’une maladie.

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Noura, elle, a 15 ans. Elle est en seconde dans un lycée du quartier des Quatre Chemins. Elle vient faire un test pour la première fois, après l’apparition de symptômes. En attendant, elle revient sur l’école au temps du Covid. Les cours les plus difficiles, pour elle, ce sont les maths.

Pour les cours, les visioconférences s’enchaînent. C’est incompréhensible. J’arrive pas à suivre. J’organise mes journées, mais c’est dur. Comme je suis chez moi, je me dis "je fais faire ça plus tard". Et le travail s’accumule, s’accumule.

Ses confinements se passent bien. Elle est restée en contact avec ses amis, dessinait et s’occupait. Mais la lycéenne regrette toutefois la vie d’avant :

La vie d’avant était vraiment meilleure. Avec mes amis, les mercredis, je sortais l’après-midi. On pouvait aller où on voulait, on n’avait pas de limites, de barrières. Le corona a vraiment tout saccagé.

Malgré tout, elle est optimiste : tout ira mieux dans quelques mois. Et ses projets sont clairs :

« Je sortirai tous les jours. J’irai dans Paris. Je voyagerai. Je reprendrai ma vraie vie. 

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Un peu plus loin se trouve une autre lycéenne, en section théâtre dans un établissement parisien. Elle a déjà eu le coronavirus une première fois mais se retrouve, à nouveau, cas contact. 

La première fois quand j’ai été testée positive, c’était une grosse source d’angoisse de me dire que ça impliquait tout mon entourage. J’ai culpabilisé. […] Même voir des gens c’était transgresser la règle, ne pas être citoyen… Y’a une légèreté qui s’est un peu dissipée.

La « culpabilité » est restée, mais la lycéenne sait que tout finira par s’arrêter. 

Dans mon lycée, avant, beaucoup de gens se draguaient, maintenant plus personne ne le fait ou très très peu… Parce que ça sert pas à grand-chose, de toute façon, puisqu’on ne peut plus se voir. Mais ça va revenir, on va pas cesser d’être amoureux parce qu’il y a une crise sanitaire. 

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De l’autre côté, Muriel, jeune retraitée, sort du bâtiment d’en face. Elle vient d’avoir sa première injection de vaccin : 

J’aurais jamais pensé qu’on serait à ce point perdus, trimballés dans tous les sens, qu’on gérerait aussi mal, qu’on nous mentirait autant… C’est un choc dont on ne se remet pas.

Avec cette crise, Muriel constate une érosion de la confiance qui lui fait peur. Elle-même est devenue méfiante face aux paroles et discours qu'elle entend, et déplore le « vent de folie » qui bouleverse aussi bien la société que son entourage. Elle entend tout et n’importe quoi, voit même des gens vriller. 

Autour de moi, les gens ne veulent plus voter alors qu’ils étaient engagés. Les gens engagés à gauche ils ne veulent plus rien entendre. Même faire barrage à Marine Le Pen, personne n’ira. Pas même moi. C’est la première fois que ça m’arrive. C’est un dégoût. On ne peut plus croire en ces gens-là...

Reportage : Karine Le Loët

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Merci à Dario, Noura, Muriel ainsi qu’à tous les Pantinois interrogés dans la file d’attente. Merci aussi à Moussa, le vigile du centre de dépistage.

Musique de fin : "Replace You (Acoustic)", Silverstein - Album : Rescue, 2010 - Label : Hopeless Records.

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
Mélissa Foust
Collaboration
Emmanuel Geoffroy
Réalisation
Karine Le Loët
Production déléguée
Victor Kandelaft
Collaboration