Photo du film "Charlie et la chocolaterie" de Tim Burton (2005).
Photo du film "Charlie et la chocolaterie" de Tim Burton (2005). - Warner Bros
Photo du film "Charlie et la chocolaterie" de Tim Burton (2005). - Warner Bros
Photo du film "Charlie et la chocolaterie" de Tim Burton (2005). - Warner Bros
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Est-ce qu’on regrette sa petite enfance à douze ou treize ans ? Comment voit-on l’avenir ? Mamadou, Virgile, Emma, Bradley, Wassim et Mayline habitent à Pantin, Montreuil ou Romainville. Ils hésitent entre enfance et âge adulte, racontent leurs rêves et leurs peurs à l’heure d’une pandémie mondiale.

Nous sommes devant la médiathèque de Romainville (Seine-Saint-Denis). Bradley et Wassim, onze ans, se rendent compte que leurs jeux ont changé, et leur vision de la vie aussi. Ils commencent à réaliser qu’ils mourront un jour. La mort, ce n’est seulement une histoire de vieilles personnes. Elle peut survenir n’importe quand, explique gravement Bradley, par exemple à cause d’une vengeance au sein de la cité : “Si tu embrouilles quelqu’un, dans dix ou vingt ans, il te retrouve et il te tue, c’est pour ça." Pour le jeune homme, c’est ce genre de peur qu'on commence à avoir quand on grandit.

“J’ai pas peur de la mort, j’ai peur de l’avenir.” Bradley

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InèsMayline et Ikram ont aussi onze ans. Elles ont remarqué que certaines choses avaient changé entre leur enfance et leur début d’adolescence. D’abord, il y a la peur du jugement sur l’apparence, qui s'oppose à l’insouciance de l'enfance. Inès, Mayline et Ikram veulent désormais ressembler aux grandes de troisième. Ensuite, il y a peur de l’agression, la peur de se faire siffler dans la rue.

Et physiquement, comment les enfants s’imaginent-ils dans le futur ? “A part mes taches de rousseurs, je ne vois pas ce qui peut changer”, affirme Wassim.

Reste la question du métier. Alors que Wassim rêve d’être footballeur, Bradley envisage de travailler dans les espaces verts, comme son père. D’ailleurs, quand il sera grand, il habitera près de chez ses parents, de préférence dans le même bâtiment. C’est une question de souvenirs.

28 min

A Pantin, Seine-Saint-Denis, dans la cité des Courtillères, un autre groupe d’enfants jouent au foot. Ils sont heureux d'être encore à l'âge tendre, car “quand on est enfant, on ne paie pas les factures, on n'a pas de problèmes”. “Si je le pouvais, je serais enfant toute ma vie”, affirme Mamadou, douze ans, car pour lui, être enfant, c’est d’abord s’amuser. Alors que ses camarades rêvent d’être footballeurs, Mamadou préfèrerait lui être chef d’entreprise. Il voudrait gagner assez pour nourrir sa famille — il a six frères et sœurs — et ne pas trop travailler. Ses parents n’ont pas de problèmes d’argent, explique-t-il, mais ils ne font pas un métier facile. “Si j’ai assez d’argent, j’achèterai une autre maison pour ma mère”, conclut le jeune ambitieux.

Toujours à Pantin, à l’école Montessori, Virgile a quatorze ans et il se définit comme un ado qui a encore parfois "la mentalité d’un enfant”. Pourtant, il regrette son imagination d’autrefois. Il a arrêté de jouer à des jeux imaginaires par peur du regard des autres.

Comme Bradley, Virgile voudrait faire le même métier que son père : informaticien. Lui aussi a peur de la mort, mais sa grande préoccupation, c’est la crise écologique : “Je n’ai pas envie de mourir en 2050 à cause du dérèglement climatique.” Une peur qui s’est encore accrue depuis le début de la pandémie.

Emma, elle, a douze ans et vit à Montreuil. Comme Mamadou, quand elle sera grande, elle offrira à sa mère une maison, mais elle voudrait la construire elle-même. Elle sera au bord de la mer, en Normandie, avec du papier peint à fleurs.

L’âge parfait ? Pour Bradley, c’était seize ans. Pour Emma, c’est dix-sept ans, comme sa sœur - l’âge de tous les possibles.

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Merci aux enfants de Seine-Saint-Denis qui ont accepté de répondre aux questions de Karine Le Loët et à leurs parents, à l’école Montessori 21, au centre Gavroche et à la mairie de Pantin.

Reportage : Karine Le Loët

Réalisation : Emily Vallat

Mixage : Sébastien Royer

Musique de fin : "La Quête" d'Orelsan.

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
Jeanne Coppey
Collaboration
Karine Le Loët
Production déléguée
Emily Vallat
Réalisation
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination