Les jardins d'Aubervilliers, dits des Vertus
Les jardins d'Aubervilliers, dits des Vertus ©Radio France - Basile Bertrand
Les jardins d'Aubervilliers, dits des Vertus ©Radio France - Basile Bertrand
Les jardins d'Aubervilliers, dits des Vertus ©Radio France - Basile Bertrand
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Ce printemps, la construction d’une piscine olympique doit démarrer à Aubervilliers pour les JO 2024. Problème : une partie de ce nouvel équipement doit se poser sur un hectare de jardins ouvriers existant depuis presque un siècle. Des habitants et des jardiniers se mobilisent. Seront-ils entendus ?

Comme dans beaucoup d’histoires, il est question de David contre Goliath, de faibles contre des forts, de bien et de mal peut-être, mais aussi d’espoirs et de déceptions.

En bordure de la nationale N2, les jardins des Vertus sont encore présents, mais peut-être pas pour longtemps. Ouverts en 1935, ils sont aujourd’hui menacés de destruction. Quand les jardiniers protestent, on peut lire ou entendre : « Pas de béton, mais des potirons ».

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Ce printemps doit débuter la construction d’une piscine d’entraînement à Aubervilliers, en vue des Jeux Olympiques de 2024. La piscine ne pose pas de souci en elle-même : c’est le solarium, grand complexe ludo-aquatique, qui menace environ 10000m2 de parcelles.

Depuis quelques semaines, les jardiniers menacés se rassemblent pour protester contre ce projet. Un collectif a d’ailleurs été créé en septembre dernier.

Nous, on n'est pas contre la piscine. Aubervilliers a besoin de piscines. Après, est-ce qu’Aubervilliers a besoin d’une telle piscine ? Ça, c’est une autre discussion.

Ces mots sont ceux de Dolores, jardinière aux Vertus depuis le mois de mai 2020. Attristée par ce projet, elle a néanmoins une solution : placer le solarium sur le toit.

On peut concilier la préservation de la terre et la construction de la piscine.

Beaucoup de jardiniers ont toutefois baissé les bras. Certains, qui travaillent dans les travaux publics, sont d'ailleurs pessimistes. Dolores blâme l’hypocrisie du projet, mené entre autres par Grand Paris Aménagement : les J.O. de Paris doivent être exemplaires, mais des arbres sont déjà taillés. En plus, ce n’est pas à Paris :

Pourquoi on vient saccager ici, alors que c’est les J.O. de Paris ?

Il est question d’une compensation et du déplacement des jardins vers Pantin. Les jardiniers seraient relogés, selon les représentants du projet. Mais les principaux concernés ne voient pas les choses ainsi : la terre, ça ne se déplace pas.

Quand je vais dans mon jardin, je me sens bien. J’entends les oiseaux, et je suis bien. […] Moi, mes arbres, je les ai plantés moi-même !

30 min

Ursula a 73 ans, elle habite non loin des jardins. Avec son mari Claude, elle a passé son confinement dans sa parcelle et se nourrit des légumes qu’elle cultive. Selon elle, de tels travaux n’ont pas de raison d’être.

On nous dit que le jardin nous appartient pas. C’est vrai, la terre elle appartient à personne. […] Nous, notre jardin on le cultive pour le futur !

Entre jardiniers et défenseurs du projet, l'ambiance n'est pas au beau fixe. Lors d'un débat, une cheffe de projet déclare ainsi :

C’est quoi le débat ? C’est "pas de béton, des jardins" ? Non, je suis désolée, c’est pas un débat, ça.

Les Jeux Olympiques ne sont pas la seule menace : Grand Paris Aménagement voit les choses en grand pour le fort d’Aubervilliers. Les jardins des Vertus devraient craindre un peu plus encore après les Jeux — si Jeux il y a, lance Dolores…

28 min

Reportage : Émilie Chaudet

Réalisation : Clémence Gross

Mixage : Romain Lenoir

Merci à Flaminia Paddeu, Dolorès, Jocelyne, Ursula, Claude, Gérard Muller, Elise, ainsi que Camille Vienne-Théry et Marie Gallas-Amblard de Grand Paris Aménagement.

Musique de fin : "Baby Go" de David Walters - Album : Nocturne, 2021.