Miniature d'une vidéo de Cristina (The Peculiar Club sur YouTube) racontant son histoire avec l'anorexie.
Miniature d'une vidéo de Cristina (The Peculiar Club sur YouTube) racontant son histoire avec l'anorexie.
Miniature d'une vidéo de Cristina (The Peculiar Club sur YouTube) racontant son histoire avec l'anorexie. - The Peculiar Club
Miniature d'une vidéo de Cristina (The Peculiar Club sur YouTube) racontant son histoire avec l'anorexie. - The Peculiar Club
Miniature d'une vidéo de Cristina (The Peculiar Club sur YouTube) racontant son histoire avec l'anorexie. - The Peculiar Club
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Résumé

Pendant les confinements, Alix a découvert sur YouTube les "fitness girls". En quelques mois, elle a sombré dans l'anorexie. Cristina souffre d'anorexie mentale depuis l'enfance. Elle raconte le rôle à la fois toxique et salvateur que les réseaux sociaux peuvent jouer dans cette maladie complexe.

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Alix a seize ans. Pendant le premier confinement, elle s'est retrouvée isolée et désorientée. Alors qu'elle tente de tromper l'ennui en consultant Snapchat et Instagram, elle tombe sur les comptes d'influenceurs sportifs. Beaux, musclés, pleins d'énergie et de motivation, ces personnalités proposent des programmes de remise en forme, des conseils nutritionnels, des recettes "healthy" et des vidéos inspirantes pour se motiver à perdre du poids. Alix découvre le vocabulaire des "fitness girls", ces influenceuses dont le contenu vise un public féminin, avec des vidéos sur YouTube aux titres accrocheurs : "Perdre ses poignées d'amour", "Comment avoir le ventre plat ?", "Préparer son summer body"... Peu à peu, Alix se convainc qu'elle a "quelques kilos à perdre". Pendant cinq mois, elle se donne des objectifs sportifs et perd rapidement les quelques kilos en question... Mais elle ne s'arrête pas là.

J’étais vraiment dans le contrôle et j’arrivais plus à me détacher de ce que je voyais sur la balance. ça commençait à devenir obsessif.” Alix

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La maladie arrive insidieusement : Alix mange de moins en moins, en se félicitant intérieurement de perdre peu à peu l’appétit, mais sans cesser totalement de s’alimenter pour ne pas inquiéter sa famille.

J'ai perdu quinze kilos en quatre mois, mais personne ne l’a remarqué. Je n’arrivais pas à sortir de ce cycle. J’étais plus heureuse, je ne faisais plus de blagues, je n’avais même plus la force de faire du sport.Alix

Les mois qui suivent, Alix perd encore plus de poids et les symptômes physiques de l’anorexie se développent : aménorrhée, perte de cheveux, apparition de duvet, baisse de tension… Le diagnostic tombe, et il est question d’hospitaliser la jeune fille.

J'ai vraiment eu une prise de conscience. En fait, c'est un truc dont on peut mourir. C'est à ce moment là que je me suis dit que je ne pouvais pas continuer comme ça. Le jour même, j'ai décidé que j'allais commencer à guérir.Alix

"On m'a félicitée au lieu de s'inquiéter pour moi"

Cristina a 21 ans. Elle est créatrice de contenus sur les réseaux sociaux depuis quelques années. Elle a vécu les deux aspect des réseaux : d’un côté, les contenus “pro-ana, qui encouragent les troubles alimentaires et qui ont participé à la faire sombrer dans l’anorexie ; de l’autre, le réseau d’entraide qui peut se créer grâce à Instagram, Tiktok, Reddit ou Youtube, où elle a trouvé d'abord une amie, puis une communauté.

Les troubles du comportements alimentaires sont multifactoriels, mais ils sont souvent liés à des traumatismes. Des violences physiques ou verbales, y compris des moqueries en apparence anodines, peuvet détruire la relation d'un enfant ou d'un adolescent à son corps et à son alimentation. Dans le cas de Cristina, c’est sa mère, elle-même atteinte d’anorexie, qui est à l’origine de son mal-être.

“Tous ses propres complexes, ma mère me les a projetés sur moi : le fait que, selon elle, j'étais trop grosse, que j'étais moche… En fait, tout ça, c'étaient des mots qu'elle pensait pour elle-même, mais elle me disait à moi parce qu'on se ressemblait beaucoup. Je me sentais sale, comme un brouillon, une personne abîmée et que je devais enlever toute la graisse de mon corps, que je prenne le moins de place possible.Cristina

C’est en sixième que Cristina tombe sur les premiers contenus pro-anorexiques sur des blogs ou des comptes Tumblr. Sur ces sites, aujourd’hui remplacés par TikTok et Instagram, des “gourous” de l’anorexie partagent des “encouragements” pour s’enfoncer dans la maladie. Autour des hashtags #Proana, #Thinspo ou #Meanspo, les malades construisent un ensemble de règles pour se donner des objectifs de perte de poids et augmenter le contrôle de leur corps.

Je l’ai pris comme si c’était une Bible, je respectais tous les commandements à la perfection. C’est comme ça que je suis tombée dedans.” Cristina

Autour d’elle, personne ne se rend compte que rien, mis à part sa grand-mère. Au contraire, on la félicite d’avoir perdu dix kilos – alors même qu’elle était déjà mince. Cristina a l’impression de se noyer.

Je suis restée à la maison pendant un an. Mon état a empiré. L’anorexie est devenue un refuge : je ne pensais qu’au contrôle des calories.Cristina

La jeune fille commence à voir une psychiatre qui ne mesure pas l’ampleur de son trouble. Pour se sentir comprise, elle continue donc à aller sur les réseaux sociaux. Comme elle a de plus en plus de mal à trouver des contenus pro-ana, grâce à la censure mise en place par les modérateurs, elle finit par chercher une “ana-buddy”, une correspondante qui la motiverait à se priver de nourriture. Mais contre toute attente, les deux correspondantes finissent par transformer le cercle vicieux en cercle vertueux…

Merci à Alix et Cristina (The Peculiar Club sur YouTube).

  • Reportage : Jeanne Mayer
  • Réalisation : Anne Depelchin
  • Mixage : Jean-Louis Deloncle

Chanson de fin : "Toxic" de BoyWithUke

Pour aller plus loin :

Les vidéos de Cristina sur l'anorexie : sur le trouble et sur la période pro-ana

Chloé Rabs, "Troubles des conduites alimentaires: «Les confinements ont fait des ravages»", Libération, 2/6/22

Le site de la Fédération Française de l'anorexie et de la boulimie proposant un numéro d'écoute

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Jeanne Coppey
Collaboration
Anne Depelchin
Réalisation
Justine Callé
Stagiaire
Jeanne Mayer
Production déléguée