La biologie est-elle le lien le plus important dans une famille ? ©Getty - Catherine Delahaye
La biologie est-elle le lien le plus important dans une famille ? ©Getty - Catherine Delahaye
La biologie est-elle le lien le plus important dans une famille ? ©Getty - Catherine Delahaye
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Résumé

Clément est sur le point de faire un don de sperme à hôpital, mais au terme de la procédure il se met sérieusement à douter de sa démarche. Alors il rencontre Lison, née d'une PMA, et Benoît, un homme stérile qui a eu deux enfants avec sa compagne grâce à un don de sperme.

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Il y a quelques mois, Clément a commencé les démarches pour faire un don de sperme à l'hôpital. Il a eu deux rendez-vous : le premier pour un entretien médical et le second pour faire un recueil de sperme et une prise de sang. Niveau fertilité, tout est bon. L’hôpital lui a donné le feu vert… Mais Clément commence à douter. Ce qui l’inquiète, c’est l’avenir de ces “paillettes” : quel est le lien exact qu’il entretiendra avec les enfants issus de son don ? Connaîtront-ils son identité ? Sauront-ils seulement qu’ils ont été conçus artificiellement ?

Clément rencontre alors Lison, née d’une PMA. Dans les années 90, ses mères sont allées en Belgique pour pouvoir avoir un enfant. Aujourd’hui, mais seulement depuis 2021, la PMA est ouverte aux couples de femmes ; mais il n’y a toujours pas assez de donneurs compte tenu de la demande qui a logiquement augmenté depuis la loi bioéthique. Pour Lison, il est essentiel d’inciter ses amis à devenir donneur. “Plus on encourage de personnes à donner, plus les banques de sperme auront des gamètes représentatifs de la diversité de la population.” Elle-même pense donner ses ovocytes “dans quelques années”, quand elle se sentira prête à faire cette démarche plus contraignante que le don de sperme, puisqu'il faut procéder à des piqûres régulières pour stimuler sa production d’ovocytes.

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“Pour moi, c'est fondamental de donner aux CECOS, parce que sans ces centres de dons qui permettent de faire le lien entre les donneurs et les personnes qu'ils vont recevoir, je n’existerais pas et mes mères n'auraient pas eu accès à la procréation.” Lison

Mais pour Lison, le don ne doit pas se limiter au cadre institutionnel. Elle défend également les “dons sauvages”, dont Clément avait appris l’existence dans le deuxième épisode. “L’un n’empêche pas l’autre”, assure Lison, mais pour elle, il faut envisager de donner sans passer par un CECOS, car toutes les personnes en désir de grossesses ne sont pas légalement autorisées à avoir un enfant.

Le discours de Lison rappelle à Clément sa motivation première pour ce don : la solidarité. Mais il continue à hésiter. Il sait déjà qu’il sera anonyme, du moins jusqu’aux 18 ans de l’enfant qui sera alors libre de lever l’anonymat s’il le souhaite. Mais encore faut-il que l’enfant sache qu’il est issu d’un don. Clément décide alors de demander directement au docteur Carole Deveze du CECOS ce qu’il en est. Elle lui explique qu’“à l'heure actuelle, la préconisation est d'en parler à l'enfant le plus tôt possible”, mais que le CECOS n’a aucun moyen d’obliger les familles à le faire.

Clément se demande s’il ne doit pas "lâcher prise" et faire confiance à l’institution et aux receveurs. En rencontrant Benoît, stérile à 100% et père de deux enfants grâce à un don de sperme, il comprend qu’il est possible de “désacraliser le don”.

“Quand j'ai appris ma stérilité, j'avais ce réflexe culturel de me dire non, je ne veux pas de don, parce que sinon je ne serais pas le père. C'était complètement aberrant de penser comme ça. Aujourd'hui, dans ma conception de la filiation, la biologie n'a rien à voir.” Benoît

Benoît et sa femme ont expliqué leur conception à leurs enfants par la métaphore d’une abeille qui viendrait aider à polliniser une fleur.

“C'est finalement une famille qui a été conçue de manière un peu originale, avec des liens qui sont un peu différents mais dont la vie du quotidien est furieusement banale. Il n'y a rien de plus banal que notre famille.” Benoît

C’est enfin le jour J. Après plusieurs rendez-vous, des papiers signés à la chaîne, des rencontres enrichissantes et des heures de discussion, Clément s’apprête à prendre sa décision…

Merci à Lison, Benoît, Carole Deveze, Raymond, Virginie Rio du collectif BAMP, Hélène Duguet, Olivier, Igor et Marie.

  • Reportage : Clément Baudet
  • Réalisation : Emily Vallat
  • Mixage : Julie Garraud

Musique de fin : "Smalltown Boy" de Catastrophe (nova version)

Références

L'équipe

Clément Baudet
Production déléguée
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Jeanne Coppey
Collaboration
Emily Vallat
Réalisation
Justine Callé
Stagiaire