L'histoire implique une avocate, un condamné, un revolver.
L'histoire implique une avocate, un condamné, un revolver.
L'histoire implique une avocate, un condamné, un revolver. ©Getty - Chris Ryan
L'histoire implique une avocate, un condamné, un revolver. ©Getty - Chris Ryan
L'histoire implique une avocate, un condamné, un revolver. ©Getty - Chris Ryan
Publicité
Résumé

Brigitte est jeune avocate, une belle carrière semble s'ouvrir devant elle alors qu'elle défend ses premiers clients. Un jour de 1981, elle accepte de défendre Philippe Maurice, le dernier condamné à mort de France. La vie de l'avocate bascule brutalement.

En savoir plus

Brigitte a déjà un certain âge lorsqu'on la rencontre en 2014. Elle est mariée, a des enfants et un chien nommé "beau-gosse". Au cours de sa vie, elle a fait toute sorte de métiers : babysitteur, caissière, écrivain, vendeuse de barbe à papa, mais le travail qui a rempli et réellement marqué son existence, elle l'a trouvé au détour d'un article dans le journal. Elle est alors étudiante, fille de forains propriétaires d'un grand huit.

Un jour, alors que j'avais 22 ans, j'ai rencontré l'avocat d'un condamné à mort, c'était Thierry Lévy. Je lui ai demandé pourquoi il avait laissé exécuter le condamné à mort. Je pense que l'histoire commence là. 

Publicité

La jeune femme finance ses études grâce à son boulot de caissière, l'été elle tire de la bière à la Fête des Loges, tout en lisant tant bien que mal entre deux services. Brigitte étudie le droit, elle est alors en deuxième année lorsqu'elle tombe sur un article à propos du livre de l'avocat Thierry Lévy.

À réécouter : Détenus à tort : quand l'injustice s'emballe

Un jour, en droit civil, je parle avec ma chargée de TD qui me dit qu'elle connait Thierry Lévy et elle me donne son numéro de téléphone. 

Après plusieurs tentatives infructueuses, elle parvient à joindre l'avocat et à le rencontrer. Après cet entretien, elle commence à travailler pour lui. 

J'ai très vite mesuré le fossé qu'il y avait entre mon éducation et l'éducation des gens que je côtoyais. C'est le barreau de Paris, ce sont des gens brillants en général, qui ont des années d'éducation derrière eux. Il y avait toute une culture qui me manquait.

Brigitte rencontre des difficultés à s'intégrer dans un monde qui n'est pas le sien, elle ne vient pas du même milieu que ses camarades, mais elle ne se laisse pas démonter. 

Moi, au début quand je lisais Le Monde, je ne comprenais rien. Il m'a fallu des années avant d'y comprendre quelque chose.

L'après 68 est marqué par un renouveau, l'espoir revient dans tous les domaines, les lignes bougent, y compris au barreau. Brigitte se retrouve projetée dans la cour des grands. 

La première fois que je suis entrée dans le quartier de haute sécurité de la prison de Fresnes, je me suis dit que ce n'était pas possible. Je suis arrivée dans un endroit insupportable, il y avait du moisi, de l'eau qui coulait sur les murs, le type que je venais voir était blafard tellement il avait froid. C'étaient des conditions extrêmement dures.

À réécouter : La prison m'a tué

Dans ces années-là, Brigitte commence à défendre ses premiers clients, sa réputation grandit petit à petit grâce au bouche-à-oreille. Un jour, on lui demande si elle accepterait de défendre Philippe Maurice : il a tué deux policiers. 

Je rencontre Philippe Maurice et je le trouve détestable. Un type froid, arrogant, pas sympathique. Je ne retourne pas le voir avant son procès.

Avant les élections présidentielles de 1981, la peine de mort est encore appliquée et le procès de Philippe Maurice débute, devant les yeux ébahis de Brigitte. Elle assiste à une partie de l'audience et se trouve tétanisée par l'atmosphère. Philippe Maurice, a alors 23 ans, l'avocat général fait un réquisitoire en s'adressant à la mère du détenu : 

Madame, je voudrais bien vous rendre votre fils, mais il est irrécupérable. C'est pourquoi je demande qu'il soit condamné à mort. 

Brigitte croise le regard du jeune homme ce jour-là. Elle retourne ensuite le voir une dizaine de fois dans le quartier des condamnés à mort de Fresnes. 

J'étais dans un état de sidération et d'angoisse extrême. La condamnation à mort, c'était la guillotine.

À réécouter : La guillotine : de la Terreur à l'abolition

L'avocate fréquente un ami du condamné, qui insère une arme dans son sac à main, sans qu'elle le sache, juste avant qu'elle rende visite à Philippe. Ce dernier s'en empare et tente une évasion. Brigitte est condamnée à 5 ans de réclusion criminelle. Sa carrière au barreau est terminée, elle ne sera plus jamais avocate. 

Ce que je tiens à dire, c'est que le garçon irrécupérable, qu'il fallait guillotiner dans les 5 minutes, a fait 23 ans de prison, il est devenu docteur en histoire, il est marié, je crois qu'il a une petite fille et il est totalement récupéré.

À réécouter : Un condamné à mort est libéré (R)

  • Reportage : Leila Djitli
  • Réalisation : Marie Plaçais et François Caunac

Musique de fin : "Rich Foalks Hoax" par Sixto Rodriguez.

1ère diffusion : 18/09/2014

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
François Caunac
Réalisation
Leila Djitli
Production déléguée
Marie Plaçais
Réalisation