Selon le New York Times, les Français musulmans représentent 10% de la population française.
Selon le New York Times, les Français musulmans représentent 10% de la population française.
Selon le New York Times, les Français musulmans représentent 10% de la population française. ©Getty - FatCamera
Selon le New York Times, les Français musulmans représentent 10% de la population française. ©Getty - FatCamera
Selon le New York Times, les Français musulmans représentent 10% de la population française. ©Getty - FatCamera
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Résumé

Amar est consultant à Leicester, Nadia est RH pour une multinationale à Londres. Tous deux sont nés en région parisienne et sont musulmans pratiquants. Souffrant du climat de suspicion qui entoure en France les personnes de confession musulmane, surtout depuis 2015, ils ont décidé de s’expatrier.

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Le 13 février 2022 est paru dans le New York Times un article signé Norimitsu Onishi et Aida Alami. Intitulé "The Quiet Flight of Muslims From France", il est également disponible en français. Dans cet article, les deux journalistes nous proposent de rencontrer plusieurs cadres et intellectuels français de confession musulmane qui leur racontent les raisons de leur expatriation. Parmi eux, Amar, quarante-six ans, qui témoigne aujourd’hui au micro de Clément Baudet.

"J'aime la France, mais je l'ai quittée !"

Amar a grandi à Meudon-la-Forêt. Il ne reçoit pas d’éducation religieuse de la part de ses parents, mais vers vingt ans, il se tourne de lui-même vers la religion musulmane. Il travaille alors comme directeur commercial dans des grands magasins. Un jour, un incident survient : on trouve des bâtons de dynamite dans les toilettes de l'entreprise. Amar doit faire face à des "blagues" islamophobes de la part de ses collègues : "On m’appelait Ben Laden. Moi, ça ne me faisait pas rire." Pire, la directrice du magasin donne son nom à la brigade antiterroriste et Amar passe vingt-quatre heures en garde à vue.

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"Ici, on est toujours jugé sur son apparence. Quand un Blanc a une barbe, ça fait stylé, mannequin. Quand on est rebeu ou renoi, ça fait tout de suite islamiste." Amar

La situation empire en 2015, après les attentats, lorsque l’état d’urgence est déclaré. Amar se retrouve de nouveau en garde à vue, et il est même licencié. Les raisons invoquées : il préside une association qui donne des cours d’arabe et de Coran - "une association qui n’a jamais eu de problème", selon lui - et il a vécu un temps aux Emirats Arabes Unis. Ce qui lui vaut une perquisition musclée, le 15 novembre 2015, en pleine nuit, à deux heures du matin. C’en est trop pour Amar : "C’était l’hystérie, je me sentais suivi, je me sentais sale." C’est alors que lui vient l'idée de l’expatriation. La destination ? Le Royaume-Uni, terre libérale par excellence.

"En deux mots, en Angleterre, tu peux être qui tu veux être, sans aucun problème. Si tu veux être musulman, bouddhiste, athée, tu fais ce que tu veux. Là-bas, je vis ma vie comme j’ai envie de la vivre." Amar

Désormais consultant en Angleterre, Amar regrette son pays, mais pas le climat de méfiance qui y règne. Et il n’est pas le seul dans cette situation : "A Leicester, il y a peut-être mille, deux mille familles françaises qui se sont installées ces dernières années." En atteste le groupe Facebook qu'Amar a créé pour mettre en relation ces expatriés musulmans francophones au Royaume-Uni, qui compte aujourd'hui plus de 2 400 membres. Malgré tout, Amar reste optimiste. 

"Il y aura moins d’islamophobie dans les années à venir. C’est une question de temps." Amar

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"Mon départ était difficile, mais nécessaire...”

Nadia a trente-deux ans. Comme Amar, elle a grandi en banlieue parisienne, et ses parents ne sont pas musulmans pratiquants. A l'adolescence, Nadia s’intéresse à la religion et décide de porter le voile. Une décision qui lui portera préjudice lors de son premier entretien d’embauche, à l’âge de dix-huit ans.

"Je me présente à l'accueil de cette grande entreprise et on m'informe aussitôt après m'avoir vue que mon voile ne passait pas. La RH de cette entreprise ne me recevra pas, parce que je porte un voile et c'est interdit dans le règlement intérieur." Nadia

Désireuse de "changer les choses de l’intérieur", Nadia se lance alors dans des études pour devenir elle-même RH. Mais quand elle commence à travailler au sein de grandes entreprises du CAC40, à La Défense, elle doit de nouveau renoncer au port du voile. La jeune femme a "l’impression de devoir renier une partie de [s]on identité”. Elle commence à se sentir de plus en plus mal à l’aise en France, entre les amalgames liés aux attentats de 2015 et les discours politiques autour du "séparatisme". Un jour, ce sont même des insultes en pleine rue, qui lui sont adressées parce qu'elle porte un voile. Autant de situations que Nadia vit "comme du harcèlement". Alors, quelques mois avant le Brexit, Nadia fait le choix de l'expatriation. Elle vit désormais à Londres, où elle travaille pour une multinationale.

"J'aime bien la mentalité anglo-saxonne basée sur l'acceptation d'autrui. Je ne ressens plus cette ambiance morose. Je ne me fais pas agresser quand je sors à l'extérieur, les gens sont extrêmement polis avec moi. Peut-être que les gens ont des opinions qui divergent, mais au moins, ils ont le respect." Nadia

Nadia espère néanmoins pouvoir revenir parmi les siens en France, dans quelques années, si le climat social et politique s’améliore. 

"J’ose espérer que dans l'avenir, ces questions d’islam et de voile ne feront plus partie du débat public." Nadia

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Merci à Amar et à Nadia.

Reportage : Clément Baudet

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Mixage : Fabien Capel

Musique de fin : "Boomerang 2005" de Gonzales, Feist et Dani.