Francisco au volant de son fourgon, dans le convoi "Annecy Solidarité Ukraine".
Francisco au volant de son fourgon, dans le convoi "Annecy Solidarité Ukraine".
Francisco au volant de son fourgon, dans le convoi "Annecy Solidarité Ukraine". - Valérie Borst
Francisco au volant de son fourgon, dans le convoi "Annecy Solidarité Ukraine". - Valérie Borst
Francisco au volant de son fourgon, dans le convoi "Annecy Solidarité Ukraine". - Valérie Borst
Publicité
Résumé

Au départ, Francisco pensait traverser l'Europe seul pour apporter de la nourriture et quelques vêtements chauds à la frontière ukrainienne. Mais son idée se répand de voisins en voisins, et quatre jours plus tard, c'est un convoi de vingt-deux personnes qui part, avec 28 000 euros de dons.

En savoir plus

Ému par les difficultés auxquelles le peuple ukrainien fait face, Francisco, d'origine angolaise, s’est fixé comme objectif de mobiliser les Annéciens afin d’organiser une collecte pour venir en aide à ceux qui tentent de fuir la guerre.

“Les colibris” d'Annecy

A Annecy, dans le département de la Haute-Savoie, de nombreux habitants ont fait preuve de solidarité après un appel aux dons lancé sur les réseaux sociaux. Des hommes et des femmes, de tous âges et de toutes professions, se sont organisés dans le but d’apporter et de réceptionner des vêtements, de la nourriture, des produits d’hygiène ainsi que des médicaments.

Publicité

L'idée a été lancée le 27 février par Francisco Kululu Fernando. Cet auto-entrepreneur en artisanat dans la rénovation intérieure parle de son projet à ses voisins : il a un petit fourgon et se dit qu'il peut rassembler de la nourriture et des vêtements chauds et faire un aller-retour jusqu'à la frontière ukrainienne. Francisco, lui-même réfugié de guerre, est particulièrement sensible à ce que vivent les victimes du conflit russo-ukrainien. Il choisit donc d’agir.

"J’ai dit à ma femme : "Je vois la guerre, je vois le peuple qui souffre, je vais faire quelque chose."" Francisco

Emmanuel, son ami et voisin de dessous, qui a de la famille ukrainienne, adhère immédiatement au projet. Ensemble, ils rédigent un petit mot pour inviter les voisins à donner ce qu'ils peuvent, et le publient sur les réseaux sociaux. Dès le lendemain, la rue en bas de chez eux est quasi bloquée, envahie de cartons, de dons, de couches, de vêtements et de nourriture. Finalement, quatre jours plus tard, plus de 28 000 euros ont été rassemblés et ce sont pas moins de vingt-deux bénévoles, répartis dans onze camions, qui partent en direction de la Pologne, à la frontière ukrainienne, à 1 850 kilomètres d'Annecy. Ils passent par la Suisse, l'Allemagne, la République Tchèque et le sud de la Pologne.

À lire aussi : Tetyana va chercher ses parents

Aidé par des proches et par les réseaux sociaux, Francisco a ainsi réussi à créer une large vague de soutien et de solidarité pour l’Ukraine dans la région. La mobilisation se fait dans un mouvement de spontanéité et d’émotion général.

Maurice, soixante-douze ans, retraité, fait partie du convoi. Il s’est rendu disponible car il considère que la situation géopolitique est si grave qu'elle prend le pas sur sa vie personnelle. Pour lui, il est essentiel d’aider la population ukrainienne. Face à l’urgence, il ne se préoccupe pas une seconde de son emploi du temps personnel.

"Il faut faire ce qu'on peut pour essayer d'aider cette population et leur donner le signe qu'ils ne sont pas abandonnés. La désorganisation de mon quotidien est secondaire face aux problèmes que connaissent les Ukrainiens." Maurice

Maurice s’apprête à effectuer le trajet jusqu’à la Pologne à bord d’un camion chargé de vivres. Plus encore que de simples dons, Maurice souhaite apporter à la population civile un soutien humain. C’est la raison pour laquelle il prend part à ce voyage : la solidarité avec les victimes du conflit est pour lui primordiale.

"Au-delà de ce que l’on peut apporter sur le plan matériel, l’essentiel, c’est qu’ils sachent qu’il y a des gens qui pensent à eux." Maurice

Ce trajet de quatre à cinq jours s’apparente à une épreuve pour Maurice, qui ne s’est encore jamais rendu dans les pays de l’Est de l’Europe. Au micro de Valérie Borst, il nous fait part de son inquiétude. L’inconnu lui fait peur, il ne connaît personne sur place : "On ne sait pas où on va dormir, on ne sait rien du tout."

Mais sa peur est surtout nourrie par les informations des jours précédents et par le risque qu’il encourt en se rapprochant de cette zone de conflit.

"D’un seul coup, je prends conscience qu’on va se rapprocher de cette zone. Là, je suis à deux mille kilomètres, je me sens encore un peu loin, mais au fur et à mesure, on va avancer, on va se rapprocher de ces zones de conflit. On prend un risque. On parle aussi de menace nucléaire. C’est bien aussi de l’assumer ce risque-là." Maurice

Malgré les appréhensions et les doutes, l’enthousiasme de Maurice est partagé par un grand nombre d’Annéciens et Annéciennes. Des personnes de tous âges donnent de l’argent ou, dans cette ville très touristique, proposent leur logement AirBnb pour accueillir les réfugiés que le convoi ramènera. “Les gens sont prêts à s’engager durablement”, constate Maurice, heureux de voir que “les réseaux sociaux jouent leur rôle” avec brio.

Des Annéciens et Annéciennes volontaires ayant rejoint l'initiative de Fernando.
Des Annéciens et Annéciennes volontaires ayant rejoint l'initiative de Fernando.
- Valérie Borst

“On ne s’attendait pas du tout à ça !”

Mais rien n’aurait pu voir le jour sans Francisco, l’instigateur du projet, qui était loin d’imaginer l’ampleur qu’allait prendre sa collecte et la rapidité avec laquelle la solidarité se mettrait en place. Et pour cause : Francisco n’en est pas à sa première action solidaire. La dernière fois, c’était pour la construction d’une école en Angola, son pays natal, qui a aussi été ravagé par la guerre de 1975 à 2002. Seulement, à l'époque, Francisco, président d’une association d'aide aux enfants des rues, avait peiné à susciter un tel élan de solidarité. La mobilisation est bien moins importante pour l'Angola et il lui faut deux à trois années pour collecter les 4 000 euros nécessaires à la construction d'une école. Un chiffre sans commune mesure avec les 28 000 euros collectés en quatre jours pour l’Ukraine...

Mais Francisco est optimiste : l’exemple de la solidarité avec l’Ukraine ne pourra que motiver davantage les gens à aider les autres pays qui ont souffert ou qui souffrent toujours de la guerre. Francisco espère que ce bel exemple de solidarité "servira l’humanité", et que ce mouvement de générosité sera un jour étendu à l'ensemble des réfugiés, qu'ils soient européens ou non. Lui-même, après avoir fui la guerre civile, a été demandeur d’asile pendant six ans et a dû dormir dans la rue pendant de longs mois. Aujourd’hui, aux frontières ukrainiennes, des différences de traitement sont encore constatées entre les réfugiés européens et ceux d’origine africaine. Malgré ces injustices criantes, Francisco considère qu’il reste de son devoir d’apporter toute l’aide dont il est capable : “Il faut faire comme on peut.”

À lire aussi : Délits de solidarité

“Souvent, les gens me demandent : “Mais comment avez-vous eu l'idée d'aider l'Ukraine ?” Mais pour moi, ce n'est pas une idée, c'est ma vie à moi.” Francisco

Francisco Kululu Fernando, instigateur du projet "Annecy Solidarité Ukraine"
Francisco Kululu Fernando, instigateur du projet "Annecy Solidarité Ukraine"
- Valérie Borst

Merci à Francisco, Maurice, Iryna et aux voisins du maquis. Merci aussi à Amazir Bourahla, stagiaire de première.

  • Reportage : Valérie Borst
  • Réalisation : Emily Vallat

Chanson de fin : "Kúdia Kuetu" de Bonga & Camélia Jordana.

Pour aller plus loin :

Aujourd'hui, un collectif "Annecy Solidarité Ukraine" a été créé pour de nouvelles collectes.

Voir aussi le site de la ville d'Annecy recensant les initiatives et les informations pour les réfugiés.