Le Ménage
Le Ménage ©Getty - Susumu Yoshioka
Le Ménage ©Getty - Susumu Yoshioka
Le Ménage ©Getty - Susumu Yoshioka
Publicité

Le ménage, une tâche aussi indispensable qu'ingrate et peu valorisante. Maria et Souleymane en témoignent.

Le ménage ne se fait pas tout seul. Pourtant dans les bureaux, les entreprises, les immeubles, quand les salariés ou les patrons arrivent, tout est propre. Qui a nettoyé, on ne se pose pas la question. 

On travaille tôt parce que ceux qui travaillent là veulent voir leurs bureaux propres, mais ils ne veulent pas nous voir, nous. On est les travailleurs invisibles. Souleymane

Publicité

- Souleymane est originaire du Bénin où il était bijoutier. En France, le métier de machiniste pour une entreprise de ménage lui permet d'obtenir ses papiers, mais le coince vite dans un système dont il est difficile de s'extraire. Syndiqué et élu depuis des années, il relate les accusations de vol à répétition dont sont victimes ses collègues et le manque de reconnaissance pour sa profession. 

En 2008, Souleymane mène une action syndicale pour mettre la pression sur ses patrons et régulariser leurs travailleurs sans papiers. En 2010, plus de 3000 salariés dans le nettoyage voient leur situation régularisée. Cet acquis ne plait pas à sa direction et Souleymane est aussitôt licencié. Il est réintégré en 2012 et, comme punition, envoyé à Ivry. Ses employeurs espèrent ainsi le faire démissionner, ce qu'il ne fera pas. 

- Maria a 39 ans, elle vient du Portugal et est d’origine Cap-Verdienne. Séparée, elle habite en France avec ses enfants depuis 8 ans. Le ménage est vite devenu pour elle le métier de la fatalité. Un autre métier, elle voudrait être hôtesse de caisse, aurait supposé une formation pour laquelle elle n'avait pas la disponibilité avec deux enfants à charge. 

N'en ayant qu'une au début, elle parvient à obtenir de plus en plus d'heures. Maria prend tous les jours le premier métro de 5h30 puis, toute la journée, elle sillonne Paris du nord au sud et d'est en ouest, passant son temps de pause dans les transports. 

Je n’ai pas de pause, sinon dans les transports, où je ferme les yeux 10 minutes, ça me fait du bien. Maria

Je n’ai pas cinq minutes pour manger, c’est trop. Quand j’emmène un sandwich dans mon sac, il y est toujours à la fin de la journée. Maria

Ne travaillant plus le dimanche depuis quelque temps, Maria se lève tout de même à 5h lors de son unique jour de pause, son corps s'étant habitué à son rythme quotidien, alors elle fait le ménage chez elle. Ses enfants, qui la voient partir à l'aube tous les jours, la croient malade lorsqu'elle reste chez eux.

  • Reportage : Delphine Dhilly
  • Réalisation : Delphine Lemer

Merci à Maria et Souleymane. 

Chanson de fin : "Guns of Brixton" par Nouvelle Vague - Album : "Nouvelle vague".

28 min
28 min