Ancien quartier d'usines textiles, l'Alma fait aujourd'hui l'objet de projets de rénovations urbaines. ©AFP - Jeff PACHOUD
Ancien quartier d'usines textiles, l'Alma fait aujourd'hui l'objet de projets de rénovations urbaines. ©AFP - Jeff PACHOUD
Ancien quartier d'usines textiles, l'Alma fait aujourd'hui l'objet de projets de rénovations urbaines. ©AFP - Jeff PACHOUD
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Résumé

Immersion au cœur du commissariat de Roubaix, ville la plus pauvre de France, où près de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, un après-midi avec le commissaire Haroune dans le quartier de l’Alma désigné comme “quartier de reconquête républicaine”.

En savoir plus

En mars 2019, la préfecture du Nord, la ville de Roubaix et la police nationale ont mis en place une “Brigade de Reconquête Républicaine, appelée la B2R, dans le quartier de l’Alma, au Nord de Roubaix. L’objectif est de réguler les trafics et pacifier une zone particulièrement sensible. Concrètement, cette “reconquête” s’est traduite par des patrouilles en continu dans les rues afin de “restaurer un lien police-population”. Le commissaire Haroune, que nous avons déjà eu l'occasion de rencontrer dans le deuxième et le cinquième épisode de notre série sur Roubaix, parle de “compagnies d’intervention”, de “neuf mandats de dépôt” et de “CRS de onze heures du matin à deux heures du matin tous les jours.” Bref, “on a fait la guerre à l’Alma.”

Aujourd’hui, nous avons donc suivi le commissaire Haroune et ses collègues en patrouille dans ce fameux quartier. Le commissaire y croise des visages familiers, comme celui d'Amar, un SDF de cinquante ans, qu'il connaît depuis "quinze ans". Dans le quartier, “tout le monde aime bien Amar”. Il vit dans une cabane depuis plusieurs mois. Quand Haroune propose à Amar de l’aider à trouver un logement, ce dernier dit qu'il va "y réfléchir".

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28 min

Pendant ce temps, au commissariat, un homme vient déposer plainte contre son ex-compagne, la mère de son fils, qu’il accuse de maltraitance envers leur enfant de deux ans.

A chaque fois que je vais le récupérer, je lui trouve des bleus. Sa couche n’est pas changée, il n’est pas lavé, il ne mange que des pâtes.

Il explique alors ses démêlés avec son ex-compagne, leurs difficultés à communiquer et pourquoi il en vient à demander l’intervention de la Brigade des Mineurs, qu’on appelle aujourd’hui la Brigade de Protection des Familles. Cette unité est en effet en charge des violences envers les enfants, qu’elle soient intrafamiliales ou non. Une fois la plainte de ce père déposée, l’équipe de la Brigade entamera une enquête auprès de son fils et de son ex-compagne pour tenter de récolter des preuves d’une éventuelle maltraitance.

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De retour dans le quartier de l’Alma. Abdelkader Haroune rencontre un “chibani”, un travailleur algérien installé à Roubaix depuis de nombreuses années. Il lui explique qu’aujourd’hui, il est obligé de travailler illégalement parce qu’il ne trouve pas d’emploi légal adapté à son handicap.

Dans la société adaptée aux handicapés où j’étais, c’était de l’esclavage. On demandait à des vieux de soixante ans asthmatiques de nettoyer derrière le radiateur. Moi, avec mon problème à l’épaule et mes crises d’épilepsie, on me demandait de monter sur une échelle de six mètres. On me demandait de porter des trucs lourds, alors que je ne peux pas.”

Il demande également au commissaire de l’aide pour négocier avec Lille Métropole Habitat un déménagement “dans le bloc d’à côté”. Le quartier de l'Alma connaît en effet un problème de mal logement et fait l’objet de plans de rénovations urbaines. En mai 2022, 21 logements sociaux de LMH ont été désignés pour faire l’objet de destruction ou réhabilitation. Le commissaire Haroune lui promet donc de voir ce qu’il peut faire, avant de prendre congé. La journée est loin d’être finie.

Ça fait cinq semaines que je n’ai pas pris un jour de congé, y compris le week-end. Il n’y a personne pour me remplacer. Je n'ai pas de vie et tout le monde s’en tape.” Commissaire Haroune

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Merci aux Roubaisiens, à Cédric Leux, à Carole Etienne Procureure de la République à Lille, à Juliette Desmarescaux, à Hélène Defer du SICOP (Service d’information et de communication de la police nationale), au commissaire Abdelkader Haroune, et à tous les policiers qui nous ont accueillis. Merci aussi à Emmanuelle Lequien.

  • Reportage : Alain Lewkowicz
  • Réalisation : Anne Depelchin avec un coup de main de Jeanne Cherequefosse
  • Mixage : Philippe Merscher

Chanson de fin : "Human (Acoustic)" de Rag'n Bone Man

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Jeanne Coppey
Collaboration
Jeanne Cherequefosse
Réalisation
Anne Depelchin
Réalisation
Justine Callé
Stagiaire
Alain Lewkowicz
Production déléguée