Des membres de "Collages Féminicides Paris" collent aux murs les noms de plus d'une centaine de victimes de féminicide. 30/08/2020
Des membres de "Collages Féminicides Paris" collent aux murs les noms de plus d'une centaine de victimes de féminicide. 30/08/2020 ©AFP - Christophe Archambault
Des membres de "Collages Féminicides Paris" collent aux murs les noms de plus d'une centaine de victimes de féminicide. 30/08/2020 ©AFP - Christophe Archambault
Des membres de "Collages Féminicides Paris" collent aux murs les noms de plus d'une centaine de victimes de féminicide. 30/08/2020 ©AFP - Christophe Archambault
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Léa a 16 ans quand elle reçoit les premières gifles de son petit ami. Cinq plaintes et près de quatre ans plus tard, le calvaire s’arrête enfin. Elle raconte son parcours judiciaire fastidieux, son isolement, sa reconstruction et la solidarité qu’elle trouve auprès d’autres "survivantes".

Léa, 23 ans, a grandi entre Aix-en-Provence et Marseille, et vit aujourd’hui à Paris. À 15 ans, alors que son père est gravement malade, elle rencontre celui qui deviendra son compagnon pendant quatre ans. “Voir quelqu'un qui s'intéresse à moi, c’est énorme pour moi. C'est par ce biais-là qu'il me plaît au début. J’ai besoin d’attention. Mais, je me rends compte assez vite que c'est quelqu'un qui prend de la place et qui veut séduire un peu tout le monde.”

Un an après le début de la relation, son compagnon commence à fouiller dans son téléphone et à la couper progressivement de ses proches. Un comportement qu’elle n’identifie pas encore comme des violences psychologiques. Puis, il devient violent physiquement. Léa n’en parle pas autour d’elle, jusqu’à l’été 2017 où elle porte plainte pour violences conjugales. Elle déposera quatre autres plaintes au cours des deux années suivantes, notamment pour tentative d’assassinat.

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Léa décide de parler de cette relation violente avec sa mère qui l’aide alors à se sortir de la relation, avant qu’elle ne se remette en couple avec cet homme. “J’avais l’impression, à cet âge-là, que je n’arriverais jamais à m’en défaire.” Dans l’incompréhension de cette emprise, la famille de Léa coupe les ponts avec elle.

Alors que le mouvement #MeToo prend de l'ampleur fin 2017, Léa n’en perçoit pas l’écho dans son entourage. “Je pense que la vague #MeToo est restée à Paris. Ça n'a pas atteint les autres endroits. Ça n'a pas atteint les villages.” Ce n’est que l’année suivante, au travers des morceaux de l’artiste belge Angèle, que Léa commence à entendre parler de féminisme.

Son compagnon est convoqué par la police au sujet des plaintes déposées par Léa, puis il a pu rentrer chez lui. “Il a été entendu. Il a reconnu. Ça a été classé.” Suite à une dernière plainte déposée en novembre 2019 au commissariat de la Goutte d’Or Paris, spécialisé dans l'accueil des personnes victimes de violences conjugales, il est arrêté.

1h 13

Après avoir été reportée deux fois, une audience a lieu. “La procureure a pris en compte que ce n'était pas ma première plainte, qu'avant moi il y avait eu une autre ex qui avait déposé plainte. Mais la procureure lui a quand même dit : ‘Vous êtes jeune, Monsieur, on a envie de vous laisser une chance dans la vie.'”

Il est condamné à deux mois de prison avec sursis. “À ce jour, il y a eu deux autres plaignantes.”

“En tant qu'ancienne victime, on a toujours cette charge mentale de se demander : est-ce que je peux contacter toutes les personnes qu'il va côtoyer après moi ? Est-ce que je peux faire ça ou est-ce que je me mets en danger ? Est-ce que je les mets en danger en leur disant la vérité ? Est-ce que je dois les contacter pour leur demander si elles ont vécu la même chose que moi ?” Léa

“Quand les membres des collages font des mémoriaux aux victimes de féminicides et du patriarcat, ça aurait pu être mon nom qu’elles collent, donc j'ai eu de la chance.” Léa

55 min

Merci à Léa.

  • Reportage : Clémence Allezard
  • Réalisation : Thomas Jost

Musique de fin : Balance ton quoi par Angèle