"J'ai enlevé ma perruque et je suis sortie dans la rue, toute chauve. Je me suis mise en mode guerrière." Aline
"J'ai enlevé ma perruque et je suis sortie dans la rue, toute chauve. Je me suis mise en mode guerrière." Aline ©Getty - Acey Harper
"J'ai enlevé ma perruque et je suis sortie dans la rue, toute chauve. Je me suis mise en mode guerrière." Aline ©Getty - Acey Harper
"J'ai enlevé ma perruque et je suis sortie dans la rue, toute chauve. Je me suis mise en mode guerrière." Aline ©Getty - Acey Harper
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Sylvie a commencé à perdre ses cheveux à l’âge de quatre ans, tandis qu’Aline les a perdus pendant sa chimiothérapie. En avoir ou pas, deux histoires pour explorer le rapport des femmes à leurs cheveux.

Aline a soixante-cinq ans. Elle se souvient de ses cheveux, qui, à soixante ans passés, faisaient sa fierté. “J'avais une belle tignasse de cheveux châtain foncé, presque noirs et très peu de cheveux blancs.” Quand elle apprend qu’elle a un cancer du sein et qu’elle doit subir une chimiothérapie, Aline sait qu’elle va perdre ses cheveux, mais aussi ses sourcils et ses cils.

Ma mère est partie à cause du cancer du sein. Je me rappelle d’elle en chimio : ce qui m’a toujours choqué, c’est son regard terne et vide. Je ne voulais pas du tout avoir ce look-là.Aline

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Sans attendre, Aline se fait donc tatouer les sourcils et un eye-liner permanent. Trois semaines après la première séance de chimiothérapie, ses cheveux commencent à tomber. Elle essaie plusieurs coupes, de plus en plus courtes, puis des turbans, et enfin une perruque, avant de décider d’assumer son crâne chauve.

Au début, je me suis dit : jamais je vais me montrer chauve ! Mais la perruque se décalait, il fallait la remettre droite, il faisait chaud… Je me suis dit : et puis zut ! Je me mets en mode guerrière. Je suis sortie dans la rue, comme ça, tout chauve. Je me maquillais, je mettais des boucles d’oreilles. Je me suis dit, finalement, ce n'est pas une honte, ce n'est pas contagieux, ça ne regarde que moi. Si le regard des gens ne me gêne pas, je ne vois pas pourquoi je devrais mettre une perruque.Aline

Aline se sent libérée et réconfortée par “l’empathie féminine” qu'elle reçoit. Jusqu’à ce que ses premiers cheveux repoussent, et qu'elle les découvre complètement différents de son ancienne chevelure…

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Les cheveux de Sylvie ont commencé à tomber quand elle était toute petite. Sa mère essaie de la soigner par tous les moyens : de l'homéopathie ou des piqûres de cortisone, des visites chez un “rebouteux” ou chez un psychologue… Rien n’y fait. La petite fille a les cheveux fins avec des plaques chauves, et on se moque d’elle à l’école. A ses huit ans, elle est obligée de porter une perruque pour faire croire à ses camarades de classe qu’elle est guérie.

Ça a été très durJ'ai dû me cacher, toujours mentir, j'étais très mal à l'aise tout le temps.Sylvie

Ce n’est qu’à l’adolescence que Sylvie apprend qu’elle souffre d’une maladie auto-immune héritée de son père. Elle ne porte plus de perruque. Mais à ses trente ans, elle perd tous ses poils, y compris ses cils et sourcils. Elle choisit alors une belle perruque, se fait tatouer les sourcils, soigne son apparence.

Je me suis souvent fait draguer par des hommes qui savaient très bien que je portais une perruque. Et c'était très rassurant. Même si j'étais en couple, j’avais besoin de me rendre compte que je pouvais encore plaire aux hommes et que je restais une femme.Sylvie

Peu à peu, Sylvie comprend que ni sa beauté ni sa féminité ne sont entamées par sa maladie. Elle sort progressivement du “diktat sur les femmes d’avoir de beaux cheveux longs ”, aidée par un signe fort de sa fille de quinze ans qui, elle, s'en affranchit volontairement.

C’était une manière de me dire : Tu vois Maman, moi non plus je n’ai pas de cheveux, c’est pas grave.Sylvie

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Merci à Sylvie, Aline et l’association belge « Vivre comme avant ».

  • Reportage : Stéphanie Thomas
  • Réalisation : Emily Vallat
  • Mixage : Dhofar Guérid

Chanson de fin : "Genre humain" de Brigitte Fontaine

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
Jeanne Coppey
Collaboration
Emily Vallat
Réalisation
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Stéphanie Thomas
Production déléguée
Justine Callé
Stagiaire