Une vieille dame espionne ses voisins.
Une vieille dame espionne ses voisins. ©Getty -  Peter Dazeley
Une vieille dame espionne ses voisins. ©Getty - Peter Dazeley
Une vieille dame espionne ses voisins. ©Getty - Peter Dazeley
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Jérôme et sa femme étaient chez eux, avec leurs enfants et trois de leurs amis quand la police fit irruption dans la maison. Grégory, lui, passait le week-end chez son meilleur ami dans les Ardennes belges. Alors qu'ils préparent le repas, 6 camions de police assiègent leur chalet de location.

C’est un tout petit village, une rue qui plonge dans les bois, et une surprise bien spéciale. Grégory est bruxellois : un peu avant Noël, il fête l’anniversaire d’un de ses amis, dans un gîte situé dans l'Ardenne belge. À 18 heures, ils reçoivent une visite surprise : deux policières veulent perquisitionner la maison. Plusieurs camionnettes débarquent.

On n'avait rien fait de mal et on ne comprenait pas, tout à coup, quelle était la volonté de la police.

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La nuit tombe, et le chalet est désormais cerné par quatre, puis six camionnettes. Le stress et le doute montent alors que des policiers sont en faction sur la terrasse. Les enfants paniquent. 

C’est hallucinant, on a l’impression qu’on est des terroristes. 

Grégory et ses amis sont épouvantés : l’affaire est réelle, une douzaine de policiers campe devant le gîte et attire des voisins curieux. Une impression de prise d’assaut se dégage, avant que les policiers se retirent.

Quand ils sont partis, j’ai quand même voulu prendre une photo de la situation : et là, une policière m’a hurlé dessus, en me disant de ranger tout de suite mon appareil et que je n’avais pas le droit de prendre d’images. Je n’ai pas insisté, mais j’avais tout à fait le droit, en fait. […] On a vraiment vécu ça comme un siège : ils étaient prêts à intervenir.

L’anniversaire surprise, totalement légal, a donné lieu à trois appels dénonciateurs. Grégory en est encore estomaqué :

Ça rappelle des heures sombres de l'Histoire […]. Il y a quelques mois, à vingt heures, tout le monde allait à sa fenêtre pour applaudir les soignants. Maintenant, on a l’impression qu’à vingt heures, tout le monde y va, mais pour observer ce que leur voisins font, et vérifier s’ils font la bamboche.

55 min

À Waterloo, Jérôme, père de famille de 46 ans, vit quant à lui un traumatisme. Un soir, à 22 heures, lui et sa femme constatent que leurs enfants ont invité quelques amis. Les policiers surgissent tout à coup pour une perquisition, motivée par l'appel d'un voisin. 

On a trois personnes en trop à la maison, et on a plus de 15 policiers, avec sept ou huit voitures, la brigade canine, la maison encerclée.

Le couple tient à filmer cette situation exceptionnelle afin de recueillir des preuves : la violence prend le pas sur la courtoisie.

Plusieurs minutes après que je sois maintenu au sol, alors que je suis complètement impuissant, ils viennent me gazer, à bout portant et menotté. Trente minutes plus tard, j’ai été soulevé pour m’asseoir sur le sol. Devant ma maison.

La famille est confrontée à des violences policières, que les forces de l'ordre arrangent à leur manière. Tous les membres de la famille sont violentés, menottés et amenés au "cachot". 

J’ai eu l’impression que la peau de mon visage se déchirait, tellement ça brûlait. C’était une horreur. J’ai dû attendre l’arrivée des urgences.

Les conséquences de cette histoire sont lourdes pour la famille de Jérôme. Une expérience qui le fait réfléchir sur la délation et ses conséquences désastreuses. Une seule inconnue demeure : qui l'a dénoncé. 

28 min

Reportage : Stéphanie Thomas

Réalisation : Yaël Mandelbaum

Merci à Jérôme et Grégory, Amélie Bruers et Cédric Loriaux.

Musique de fin : "Nocturne No. 1 in D Minor", Jon Batiste - Album : Hollywood Africans, 2018 - Label : Verve.