Emprise mentale
Emprise mentale
Emprise mentale - ©CLOD
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Résumé

Johann et Sophie ont été victimes de méthodes thérapeutiques déviantes. Abus sexuel, manipulation mentale, faux souvenirs induits, emprise monétaire… Quand les thérapeutes s’apparentent davantage à des gourous ou des charlatans qu’à des médecins.

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Johann a 43 ans, Sophie en a 49. Elles ont toutes les deux été victimes d'abus et de dérives de la part de thérapeutes, alors qu'elles n'avaient que la vingtaine. Aujourd'hui, elles en sont sorties. Elles racontent.

Quand elle a entendu parler de ce psychiatre pour la première fois, rien ne laissait présager les dérives que Johann a subies ensuite. Ce thérapeute qu’elle a consulté pour des problèmes d’anorexie suite à un choc émotionnel jouissait d’une excellente réputation. Après une carrière respectable à Paris, cet homme d’une soixantaine d’année était sur le point de prendre sa retraite dans le village des Cévennes où habitait Johann.

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Je n’avais pas les moyens de me soigner, et là, cet homme accepte de s’occuper de moi : c’était un soulagement. On pouvait penser qu’on ne craignait rien, que c’était quelqu’un d’humain.Johann

Accompagnée de trois autres femmes, Johann démarre une thérapie qui prend très vite une forme assez surprenante : du yoga entièrement nue. Les séances sont de plus en plus longues, de plus en plus intenses, et prennent une tournure très étrange.

Il nous consacrait du temps, donc il lui fallait rendre ce qu’il nous avait donné pendant la séance.Johann

La situation devient rapidement une emprise, accompagnée d’abus sexuel répétés.On allait toutes mal”, explique Johann, qui se souvient en particulier d’un séjour avec un groupe de patients où elle s'était sentie particulièrement mal à l'aise. “Les hommes ne faisaient pas de séances de yoga, eux : ils convoitaient les femmes." Pendant ce séjour, Johann est accusée d’avoir tenté de séduire un autre patient. C’est alors que le psychiatre dévoile son vrai visage, et que Johann se rend compte que la gravité de la situation.

Il m’a dit que j’avais provoqué cet homme, et qu’il fallait que je sois punie.Johann

Se défaire d’une emprise psychologique peut prendre des années, surtout si le (pseudo)thérapeute est parvenu à isoler la victime du monde extérieur. C’est le cas de Sophie, qui s’est retrouvée “happée”, emprisonnée sous l’égide de son thérapeute pendant douze ans. L’homme a réussi à former autour de lui un groupe d’adeptes qui s’auto-surveillent entre eux. Rapidement, Sophie n’a plus d’autres amis et plus de contacts avec sa famille.

Très rapidement, il m’a fait comprendre que j’étais très mal en point et qu’en trois semaines de sa thérapie, ma vie changerait du tout au tout, et que je découvrirai ce qu’est le bonheur.Sophie

La méthode est la suivante : il s’agit de rechercher des souvenirs de souffrance dans sa petite enfance pendant trois semaines entières, de jour comme de nuit, complètement isolée, et tout cela pour la modique somme de 150 000 francs. Sophie n’a pas les moyens de payer : l’homme la pousse à s’endetter auprès de ses proches, qui l’aideront forcément "s’ils l’aiment".

Au moment de commencer la thérapie, l’homme demande à Sophie de se déshabiller.

Il m’a dit que j’étais libre, mais que si je refusais, je risquais de perdre les bénéfices de la session. Il s’était bien gardé de me le dire avant. Je me suis dit : bon, si les autres le font, je vais le faire.Sophie

Ce n’est que la première étape d’une longue série de dérives, parmi lesquelles on trouve l’implantation de faux souvenirs. Profitant de l’extrême faiblesse physique et psychologique de sa patiente qu’il prive de sommeil et de nourriture, le “thérapeute” tente de lui faire avouer des traumatismes qui n’existent pas.

Au bout de trois jours, on perd tous ses repères, son discernement et son esprit critique. Il disait que c’était important de faire tomber les défenses. J’ai fini par penser et dire n’importe quoi. Il transformait tout pour inventer des souvenirs qui n’existaient pas. On finit par vraiment les imaginer et les revivre, comme dans un rêve éveillé.” Sophie

A la fin des trois semaines, le thérapeute persuade Sophie de ne plus parler à sa famille et à ses proches. Elle trouve alors ses nouveaux repères dans le cercle des adeptes de ce gourou, et continue à lui donner de l’argent, 320 euros par séance.

Sur douze ans, j’ai dépensé plus d’un million 500 000 francs, soit 238 000 euros.” Sophie

Il faut une autre rencontre pour que Sophie parvienne à s’extirper de cette emprise très lucrative pour le “dérapeute”...

À lire aussi : Sous emprise
28 min

Merci à Johann, Mathilde et Sophie pour leur témoignage. Merci à Franck Michel et à Claude Delpech, présidente de l’association Faux Souvenirs Induis (AFSI). Merci aussi au dessinateur CLOD pour nous avoir autorisé à utiliser un de ses dessins (ci-dessus).

En bonus, l'histoire de Mathilde

L'histoire de Mathilde, également victime d'un "dérapeute"

9 min

Première diffusion : 21/11/2017.

  • Reportage : Seham Boutata
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy et Cécile Laffon

Pour aller plus loin :

Chanson de fin : Fire-Scene" par S. Carey

Références

L'équipe

Cécile Laffon
Réalisation
Jeanne Coppey
Collaboration
Emmanuel Geoffroy
Réalisation
Seham Boutata
Production déléguée
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Justine Callé
Stagiaire