A Kyiv, certains se réfugient dans des sous-sols, comme Daria, d'autres sont dans le métro.
A Kyiv, certains se réfugient dans des sous-sols, comme Daria, d'autres sont dans le métro.
A Kyiv, certains se réfugient dans des sous-sols, comme Daria, d'autres sont dans le métro. ©AFP - Dimitar DILKOFF / STF
A Kyiv, certains se réfugient dans des sous-sols, comme Daria, d'autres sont dans le métro. ©AFP - Dimitar DILKOFF / STF
A Kyiv, certains se réfugient dans des sous-sols, comme Daria, d'autres sont dans le métro. ©AFP - Dimitar DILKOFF / STF
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Résumé

Elles ont trente ans, elles produisaient des films, enseignaient le français ou dirigeaient des projets à Kyiv ou à Dnipro. Depuis le 24 février, leur vie a été bouleversée. Elle racontent leur quotidien dans les abris anti-bombes et leur combat pour garder espoir, malgré l'épuisement et la peur.

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"C'est de pire en pire. Je suis épuisée."

Daria Mitiuk a vingt-huit ans. Elle est danseuse et productrice de films. Elle est actuellement dans les faubourgs de Kyiv, sa ville natale. Quand la guerre a éclaté, elle s’est réfugiée dans une cave avec sa famille, avant d'aller s'installer dans le sous-sol d’une maison culturelle. En tout, ce sont neuf personnes et un chat qui survivent dans une trentaine de mètres carrés, avec un micro-ondes en guise de cuisine.

"Je ne pouvais trouver que des aliments très chers. Il n’y a plus de pain, il n’y a plus de légumes du tout, pas de fruits. J'étais hier au supermarché à neuf heures du matin et il avait été vidé par les gens." Daria

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Quand la centrale nucléaire de Zaporijia est bombardée par l’armée russe, Daria est prise de panique. D’abord paralysée par le flot continu d’informations, elle décide de poster des stories et de faire des lives sur son compte Instagram pour partager ce dont elle est témoin.

"Ça devient difficile d'être joyeux dans ce contexte parce que c'est une dissonance. On essaie de garder quand même quelque chose comme un état stable, mais ce n’est pas de la joie. Quand j'écoute de la musique ukrainienne, je pleure." Daria

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"Je n'ai jamais été aussi fière d'être Ukrainienne !"

Iya Schur est professeure de français. Elle a trente ans et est originaire de Kyiv. Il y a quelques jours, elle a quitté sa ville pour rejoindre Lviv. Son mari, lui, est resté chez eux à Kyiv.

"C’étaient les vingt-quatre heures les plus horribles de ma vie. Je ne sais pas ce qui est pire, être sous les bombardements ou être en route dans de telles conditions. On a pris un train à Kyiv avec mes parents. J'étais assise sur ma valise comme ça, près des toilettes, par terre. Mon père était debout pendant tout le trajet parce qu’il n'y avait pas d'espace pour s'asseoir. On a passé quarante-huit heures sans dormir." Iya

Hébergés temporairement chez des amis d’amis, Iya et ses parents ignorent s’ils vont rester en Ukraine ou partir à l’étranger. Ils se préparent au risque de devoir reconstruire entièrement leur vie.

"J’ai parlé à mon mari de la vie après la guerre. On a eu l’idée d’adopter un enfant. On veut faire quelque chose d’utile pour l’humanité, si on a la possibilité de le faire après la guerre. J’ai reçu énormément d’aide, et je voudrais donner quelque chose à mon tour à ce monde." Iya

Iya est fière de la solidarité qui s’est immédiatement mise en place entre les Ukrainiens. Pour elle, lors que "le président russe a voulu détruire l’identité ukrainienne", "il a fait le contraire" : la déclaration de guerre russe a en effet rapproché les citoyens ukrainiens en les unissant dans la résistance à l'envahisseur étranger. Néanmoins "[s]a vie ne sera plus jamais la même", même si la jeune femme garde l’espoir de pouvoir un jour retourner chez elle.

"Ce n'est pas en 2022 qu'on a appris à se battre !"

Genia Kosarieva a trente ans, elle est project manager et habite à Dnipro, au centre de l’Ukraine, avec son mari. Alors que les sœurs de son mari ont décidé de partir à Lviv avec leurs enfants, Genia est restée chez elle. En effet, même s’il y a régulièrement des sirènes, "il n’y a pas d’explosions dans [s]a ville, pour l’instant". Genia s’occupe de mettre en contact les réfugiés de Kharkiv avec des volontaires leur proposant un hébergement à Lviv. Elle se prépare également à l’arrivée des troupes russes, en fabriquant par exemple des cocktails Molotov. "Ce n’est pas en 2022 qu’on a appris à faire ça !", précise la jeune fille, qui évoque le souvenir de l’Euromaïdan, les manifestations pro-européennes de 2013 qui avaient été marquées par de fortes violences.

"Il y a des gens qui continuent de travailler. Moi, j'essaie de continuer mon boulot un tout petit peu. Ce n'est pas facile. C'est presque impossible parce qu'on suit les actualités vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on essaie d'être en contact avec des gens dans les autres villes, de savoir comment on peut aider, ce qu'on peut faire." Genia

Merci à Daria (@dariamitiuk sur Instagram), Iya et Genia, à Théo Stéphanini, Anna Marx et Tanya Gutsalenko.

Reportage : Alain Lewkowicz

Réalisation : Anne Depelchin

Musiques :

Musique après le témoignage de Daria : "Dzovny" de Okean Elzy

A la fin : Олександр Таранець Рідна мати моя, chant ukrainien.

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Anne Depelchin
Réalisation
Alain Lewkowicz
Production déléguée