Les locataires des immeubles vendus par lots n'ont souvent pas les moyens d'acheter leur bien.
Les locataires des immeubles vendus par lots n'ont souvent pas les moyens d'acheter leur bien.
Les locataires des immeubles vendus par lots n'ont souvent pas les moyens d'acheter leur bien. ©AFP - PHOTOPQR/LE PARISIEN
Les locataires des immeubles vendus par lots n'ont souvent pas les moyens d'acheter leur bien. ©AFP - PHOTOPQR/LE PARISIEN
Les locataires des immeubles vendus par lots n'ont souvent pas les moyens d'acheter leur bien. ©AFP - PHOTOPQR/LE PARISIEN
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Résumé

Dans le quartier des Abbesses à Paris, la société Cherpantier rachète des immeubles vétustes pour les revendre à la découpe à des prix exorbitants. La plupart des habitants sont partis en se disant victimes de pressions. Ceux qui restent livrent bataille contre ces promoteurs et leurs pratiques.

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Le quartier des Abbesses, situé dans le dix-huitième arrondissement de Paris, sur la butte Montmartre, est très prisé par les locataires... mais aussi les acheteurs ! Quand le groupe Cherpantier fait l'acquisition de deux immeubles, son but affiché est de rénover et de revendre ces emplacements tant convoités. Mais qu'advient-il alors de ceux qui habitent l'immeuble, locataires, artisans, bistrotiers, retraités, parfois installés depuis des années dans la rue Robert-Planquette ?

"Ils veulent mettre tout le monde dehors"

Depuis quinze ans, Stéphane tient le restaurant La Midinette, en bas d'un immeuble rue Robert-Planquette. Quand les nouveaux acquéreurs de l'immeubles, le père et le fils Cherpantier, sont arrivés, d'abord tout sourire, il ne s'est pas méfié. Mais peu après, le restaurateur est mis face à un ultimatum : soit il rachète les murs de son restaurant, à dix sept mille euros le mètre carré, soit il doit s'en aller, car son bail prend fin. Stéphane refuse de partir. C'est alors que se met en route "une véritable machinerie" de guerre, selon ses dires. Entre les menaces de procès et les travaux de rénovation qui commencent, Stéphane se sent rapidement cerné.

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Mais Stéphane n'est pas le seul à avoir vécu un enfer, fait de menaces et d'intimidations. Pascal, lui, vit dans le quartier, qu'il décrit comme un "village", depuis vingt ans. Mais un jour, il reçoit la visite des promoteurs, qui lui demandent explicitement de quitter son appartement. Lui aussi refuse, tout net. La société décide alors de louer l'appartement situé juste au-dessus de chez lui à un voisin connu pour ses fêtes nocturnes... plutôt bruyantes. Pascal, épuisé par le tapage nocturne, est contraint de céder, de guerre lasse.

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Angela habitait avec son conjoint dans le quartier depuis une dizaine d'années. Eux aussi ont fini par céder face à la pression constante des Cherpantier, deux ans et demi avant la fin officielle de leur bail. La raison qu'on leur a donné, pour justifier cette éviction : les grands travaux.

"En signant ce papier, j'ai vraiment eu l'impression d'abandonner, et j'ai eu beaucoup de culpabilité envers mes voisins et envers cet immeuble." Angela

Des pratiques illégales

La société Cherpantier se livre à une pratique interdite à Paris : la vente d'immeubles à la découpe. En d'autres termes, elle achète un immeuble, ici aux héritiers lointains d'une propriétaire sans enfants qui ne pouvait pas payer les charges de succession, au prix relativement modéré de huit mille euros du mètre carré. Ensuite, elle le revend à douze mille, voire dix-sept mille euros du mètre carré, si l'on en croit l'élu de Paris en charge du logement, Ian Brossat. Surtout, la société Cherpantier ne revend pas des appartements, mais des plateaux bruts, c'est-à-dire des espaces sans aucune cloison, ni aucune pièce prédéfinie, où ont seulement été faits les raccordements en eau, en gaz et en électricité.

Il faut imaginer "un chantier fantôme", comme l'explique l'un de ceux qui ont acheté un appartement plateau brut auprès du groupe Cherpantier. Tout a été fait dans "le chaos le plus total", dit-il encore : les ouvriers n'étaient pas au courant de la présence de gaz dans l'immeuble, le désamiantage - une opération pourtant hautement toxique et dangereuse, à la fois pour les ouvriers et les habitants - n'a pas été fait dans les règles, il y avait des gravats et de la poussière partout... Autant dire que la vie est devenue littéralement impossible pour ceux qui tentent de rester et de résister.

"Eux, ils ne font pas dans le social. Si on n'a pas d'argent, on est pas les bienvenus." Angela

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Quand on les interroge, les Cherpantier nient pourtant opérer illégalement. Ils dédommagent en effet les locataires quand ceux-ci quittent leurs appartements, et, officiellement, ne forcent personne à partir, puisqu'ils se contentent de ne pas renouveler les baux. Mais les mains courantes et les plaintes pour harcèlement moral sont pourtant bien là, ainsi que la colère des habitants, qui, elle, demeure longtemps après qu'ils ont vidé les lieux.

Merci à Stéphane, Olivier, Antoine, Nicolas et sa compagne, Michelle.

Reportage : Emilie Chaudet

Réalisation : Anne Depelchinet et Marie Lepeintre

Musique de fin : "Cold Little Heart" de Michael Kiwanuka.

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Emilie Chaudet
Production déléguée
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Anne Depelchin
Réalisation