Ils se sont posés la question, ils ont bien réfléchi. Mais une fois la décision prise, ils ont regretté, cherché à réparer l'erreur. ©Getty - FG Trade
Ils se sont posés la question, ils ont bien réfléchi. Mais une fois la décision prise, ils ont regretté, cherché à réparer l'erreur. ©Getty - FG Trade
Ils se sont posés la question, ils ont bien réfléchi. Mais une fois la décision prise, ils ont regretté, cherché à réparer l'erreur. ©Getty - FG Trade
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Résumé

Ils se sont posé la question, ils ont bien réfléchi. Mais une fois la décision prise, une fois l'acte passé, ils ont regretté, ont cherché à réparer. Deux histoires de culpabilité en milieu hospitalier.

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Comment porter le poids de l'erreur médicale, de la faute professionnelle ou de ce que l'on croit en être une ? Comment vivre avec une tache, aussi petite ou monstrueuse soit-elle ? Comment affronter la culpabilité : la retourner contre soi ou les autres, vivre avec, oublier ?

Marie est infirmière en psychiatrie et connaît de grandes difficultés dans son travail.

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La situation était tellement difficile depuis plusieurs mois que les autres soignants ont compris comment j'en étais arrivée là. En tant que soignant, nous sommes engagés, dévoués, cela demande beaucoup de donner autant. Quand il y a de la tension, de la violence, c'est difficile. 

Au quotidien, l'infirmière travaille avec des jeunes présentant des troubles psychiques et des troubles de l'attachement. 

Pour s'assurer que l'autre est digne de confiance, ils font ce qu'il faut pour voir si ça tient : ils repoussent, attaquent, rejettent. C'est difficile, mais on a envie de comprendre, de les aider. 

Dans ce service, un jeune très violent accapare Marie. Un jour où l'ambiance est particulièrement électrique, les choses dégénèrent et, alors que Marie se trouve dans le couloir, le jeune garçon crache en sa direction. Cette dernière sort de ses gonds :

Ce que j'ai fait, pour moi, était très grave. Une catastrophe. C'était un geste interdit. Par la suite, j'ai compris que je ne serai pas reprise au niveau disciplinaire. Il y avait tellement de stress dans le service qu'ils comprenaient que j'en sois arrivée là. Mais moi, cela ne me convenait pas. 

Après cet incident, Marie a pu revoir le jeune homme et lui exprimer ses remords :

J'avais le sentiment qu'on pouvait parler de cette chose terrible : on avait été pris dans quelque chose que l'on partageait, que l'on avait vécu ensemble. Nous étions en quelque sorte partenaires de crime.

À réécouter : Erreurs médicales
30 min

Jean-Hervé, lui, est médecin chez Médecins Sans Frontières. En 1994, il est responsable des opérations pour l'ONG dans la région du Rwanda. Très vite, il constate son impuissance, et le peu de compréhension qu'il a de la situation...

Dans certains endroits, de l'aide était apportée mais la sécurité des personnes réfugiées n'était pas garantie pour autant. Il y avait des moments où l'on n'était pas capable d'être efficace, ni pour protéger les gens, ni pour les soigner. 

Lorsqu'il arrive au Rwanda, Jean-Hervé a d'ailleurs du mal à se convaincre qu'un génocide est à l'oeuvre :

On savait, en arrivant, que des troubles allaient survenir. Mais aucun d'entre nous n'aurait pu imaginer que les événements prendraient cette tournure. 

Rétrospectivement, le médecin se dit qu'il aurait peut-être, dans certain cas, agi autrement. Il pointe d'ailleurs la méconnaissance, par les personnes envoyées sur le terrain, des lieux dans lesquels il se sont rendus : 

On arrivait dans les pays avec quelques clichés en tête et cela biaisait profondément notre connaissance du pays. On s'est aperçu que ce manque de compréhension pouvait avoir des conséquences dramatiques. 

Dans des moments comme ça de grande radicalité, de grande violence, si nous n'avez pas les bonnes informations, vous pouvez prendre de mauvaises décisions pratiques et faire des dégâts. 

55 min
À réécouter : Le consentement médical
28 min
  • Reportage : Émilie Chaudet
  • Réalisation : Annabelle Brouard et Cécile Laffon

Merci à Marie Dorsan, Jean-Hervé Bradol, Philippine Le Bret et Jean-Paul Hirsch. Marie Dorsan est autrice d'une livre, Le temps infini s'arrête, publié chez les éditions P.O.L.

Musique de fin : "So Allowed", Beirut - Album : No No No, 2015.

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
Cécile Laffon
Réalisation
Mélissa Foust
Collaboration
Emilie Chaudet
Production déléguée
Victor Kandelaft
Collaboration