Maël prise à partie
 ©Getty - Radu Bighian / EyeEm
©Getty - Radu Bighian / EyeEm
©Getty - Radu Bighian / EyeEm
Publicité

Alors qu’elle a elle-même été victime d’un viol en réunion quelques années auparavant, arrivée dans son nouveau lycée, Maël se trouve prise à partie par un petit groupe d’ami·e·s qui accusent un de leurs camarades d’être un violeur.

À 7 ans, Maël perd son père des suites d’un cancer. Sa mère se retrouve alors seule à s’occuper d’elle et leur situation financière devient très difficile.

“On est amené à appeler le 115 à peu près tous les soirs pour savoir où on va dormir. Du coup, on s'est retrouvé dans des foyers d'hébergement d'urgence très insalubres. C'est des lits de camp les uns à côté des autres, avec des couvertures en papier, avec 40 personnes dans une même pièce. Cette situation-là a duré cinq ans.” Maël

Publicité

Maël partait en vacances avec sa famille paternelle chaque été. Cette partie de sa famille n’était pas au courant des difficultés qu’elle et sa mère rencontraient, cette dernière ayant peur de leur jugement.

“Il y avait une différence sociale entre mes parents. La famille de ma mère vient de Guadeloupe. Ils sont arrivés en France pour le travail principalement. Ce n'est pas du tout le même milieu que mon père qui, lui, vient d'une famille nombreuse où ils ont tous fait des études, ils ont des codes bourgeois, etc.” Maël

“J'avais cette impression d'être le problème de personne. Dans ma vie de tous les jours, je sentais bien que j'étais à la merci de n'importe qui parce que j'étais toute petite, je ne mangeais pas le midi, j'étais tout le temps fatiguée, je ne pouvais pas joindre ma mère. Je la revoyais que le soir, quand elle rentrait du travail.” Maël

Un après-midi, alors qu’elle est en troisième, après avoir retrouvé sa mère au supermarché où elle travaille, elle marche dans la petite rue qui mène au foyer où elles sont hébergées. “Ce jour-là, il y avait une bande de trois garçons, assis, qui avaient entre 16 et 19 ans. Ils étaient plus grands que moi. Ils étaient en survêtements, des gens lambda en fin de compte. En passant devant eux, j'ai senti une secousse, ils m'ont poussée et ils m’ont littéralement violée. Il n'y avait personne, je ne pouvais rien faire. Et voilà, dans la rue.” Maël

“J'ai eu une peur panique de sortir, de repasser là où ça s'est passé. J'étais cloîtrée chez moi pendant longtemps. Après la dépression s'en est suivie assez vite parce que je n'en ai pas parlé à ma mère.” Maël

À réécouter : Le consentement
28 min

Maël décide d’emménager avec sa famille paternelle, pour parvenir à continuer sa scolarité. Elle se confie à sa cousine, qui l’encourage à aller porter plainte. “J'étais complètement détruite à ce moment-là, et quand vous n'avez pas d'empathie, quand vous avez l'impression qu'on ne vous croit même pas, qu'on ne prend pas au sérieux ce que vous vous dites, vous vous sentez comme rien du tout, comme une poussière.”

Étant mineure et pas accompagnée d'un parent, Maël n’a pas pu déposer plainte. “Aujourd’hui, je préfère aller vers l'avenir et voir ce que ça me réserve, plutôt que de ressasser."

Au moment du confinement, Maël est hébergée par sa tante, Thérèse, chez qui elle va finalement emménager. Elle y vit également avec le conjoint de Thérèse et une autre adolescente. “Je découvrais quelque chose que je n'avais jamais eu, c'est-à-dire une stabilité, des repas super bons, une chambre qu'on décore à notre image, une famille, une sœur. Vraiment, tout était nouveau.”

En première dans un nouveau lycée, elle lie des amitiés et intègre un groupe d’ami·e·s. Au sein de ce groupe, un couple, Ela et Antoine, se sépare, Ela accusant Antoine de viol. Le groupe d’ami·e·s coupe alors les ponts avec Antoine. Maël, elle, est dans l’incompréhension après les confidences d’Ela. “J'avais beaucoup d'empathie pour Antoine qui sûrement ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait. Je trouve que c'est vraiment injuste de faire ça alors qu'on ne sait pas du tout ce qui s'est passé. Moi, j'ai continué à lui parler du coup. Et je suis devenu aussi un ennemi commun de ce groupe.”

Maël a alors de nouveau changé de lycée et rencontré de nouveaux amis. Elle continue de vivre chez Thérèse, avec sa famille qu’elle a choisie.

Merci à Maël, Thérèse et à Elodie.

  • Reportage : Sonia Kronlund
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Musique de fin : Bella ciao par Yashgin Kiyani

Pour aller plus loin : Une personne mineure ne peut déposer plainte qu'en présence d'un parent, d'un ayant droit ou d'un administrateur chargé d'accompagner les mineurs dans cette démarche.