La députée européenne Eva Joly affiche une pancarte "#MeToo" pendant une séance de débat sur le harcèlement sexuel, à Strasbourg, en octobre 2017.
La députée européenne Eva Joly affiche une pancarte "#MeToo" pendant une séance de débat sur le harcèlement sexuel, à Strasbourg, en octobre 2017.
La députée européenne Eva Joly affiche une pancarte "#MeToo" pendant une séance de débat sur le harcèlement sexuel, à Strasbourg, en octobre 2017. - PATRICK HERTZOG
La députée européenne Eva Joly affiche une pancarte "#MeToo" pendant une séance de débat sur le harcèlement sexuel, à Strasbourg, en octobre 2017. - PATRICK HERTZOG
La députée européenne Eva Joly affiche une pancarte "#MeToo" pendant une séance de débat sur le harcèlement sexuel, à Strasbourg, en octobre 2017. - PATRICK HERTZOG
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Résumé

Trois histoires de sexisme en politique. Mathilde, collaboratrice parlementaire à l’Assemblée Nationale, Anne, conseillère municipale de l’opposition à Cholet, et Jeanne, adjointe au maire d’Angers, ont dû se positionner face au milieu masculin qui les entoure.

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Mathilde Viot travaille à l’Assemblée nationale depuis 2015 en tant que collaboratrice parlementaire. A ses débuts, elle se conforme aux “codes bourgeois” en vigueur, en particulier sur le plan vestimentaire. Elle porte une robe et des talons tous les jours. Mais elle se rend compte rapidement que la question de son apparence physique prend le pas sur tout le reste.

Quand je suis arrivée à l'Assemblée nationale, ce qui m'a marqué en premier, c'était qu'il fallait absolument entrer dans un rapport de séduction avec les hommes avec lesquels on travaillait, qui nous était plus ou moins imposé juste par leurs petites réflexions”. Mathilde

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Les remarques sur le physique et la tenue, qui sont déjà pénibles par leur fréquence et qui réduisent les femmes à leur corps, dégénèrent parfois en invectives dégradantes ou allusions sexuelles très inappropriées, comme en témoigne Mathilde.

On sentait qu'on n'était traitées ni comme des adversaires politiques, ni comme des égales politiques. On n'avait pas les mêmes tâches confiées. Et quand vous essayiez de faire de la résistance, vous étiez la féministe crasse”. Mathilde

Pourtant, c’est la voie de la résistance que Mathilde choisit avec d’autres collaboratrices. Ensemble, elles recueillent des témoignages et font le constat désolant qu’une femme sur deux a été victime de sexisme à l’Assemblée. Elles dénoncent l’impunité générale, y compris lorsqu’une cellule de veille est créée pour lutter contre le harcèlement sexuel. En effet, les députés restent couverts par l’impunité parlementaire, destinée en premier lieu à garantir la liberté démocratique, mais qui se retourne contre les victimes d’abus. L’affaire Baupin que cite Mathilde est d’ailleurs classée sans suite pour cause de prescription, alors que Denis Baupin était accusé par huit femmes d’agressions et harcèlement sexuel. L’absence de réponse des institutions pousse donc Mathilde et ses collègues à lancer l’initiative #MeToo politique, afin de faire évoluer les mentalités d’abord au sein des partis politiques.

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Anne vit à Cholet où elle est conseillère municipale. Elle fait partie de l’opposition avec cinq autres conseillers masculins. Ils ont face à eux un maire agressif, mais dont l’animosité liée aux désaccords politiques se double de sexisme à l’encontre d’Anne. Elle devient rapidement la cible des remarques misogynes, des gestes désobligeants, et même d’insultes, et ce en plein conseil municipal. Sans se démonter face à ce “comportement patriarcal”, Anne continue à prendre la parole : “dans l’opposition, il n’y avait que moi qui m’exprimais”.

Je savais que quasi systématiquement il y aurait un moment de violence. Je m'étais dit que ça ne devait pas m'atteindre.Anne

Comment incarner l’autorité et le respect quand on est sans cesse rabaissée ? Comme Anne, Jeanne Behre-Robinson a mis du temps à trouver sa place en tant que femme en politique. Après avoir été assistante parlementaire, elle rejoint l’équipe municipale de la commune d’Avrillé en Maine-et-Loire, et se retrouve entourée d'hommes.

Très vite, je me suis aperçue que je suis souvent la seule femme autour de la table. J'ai eu l'impression que j'avais quelque chose à prouver pour être légitime”. Jeanne

Jeanne redouble d’efforts, dans son travail mais aussi au niveau de son apparence. Mais plus elle acquiert de l'expérience, plus elle s'affirme en tant que "femme en politique".

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Merci à Mathilde, Anne et Jeanne. Merci aussi à Fiona Texeire et Lucie.

  • Reportage : Fabienne Laumonier
  • Réalisation : Anne-Laure Chanel et Emmanuel Geoffroy
  • Mixage : Sébastien Huel

Chanson de fin : "Come" de Lior Shoov

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Emmanuel Geoffroy
Réalisation
Fabienne Laumonier
Production déléguée
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Anne-Laure Chanel
Réalisation