Le personnel des urgences de Voiron se rassemble pour une minute de silence.
Le personnel des urgences de Voiron se rassemble pour une minute de silence.
Le personnel des urgences de Voiron se rassemble pour une minute de silence. - Valérie Borst
Le personnel des urgences de Voiron se rassemble pour une minute de silence. - Valérie Borst
Le personnel des urgences de Voiron se rassemble pour une minute de silence. - Valérie Borst
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Résumé

Près d'une trentaine d'hôpitaux en France ont été contraints de fermer ou de réduire leurs services d'urgences, faute de médecins. Au CHU de Voiron dans l'Isère, les urgences sont fermées la nuit depuis le 1er novembre. Les soignants, épuisés, racontent et alertent.

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Ce n’est pas la première fois que les urgentistes alertent sur la dégradation de la qualité d’accueil de l’hôpital public. En 2019, l'intersyndicale CGT-SUD-FO et le collectif de paramédicaux Inter-Urgences avaient orchestré un grand mouvement de grève pour demander plus de moyens et de personnel pour les services d’urgences dépassés et impuissants. Damien, praticien hospitalier à Voiron (Isère), soutient que "l'hôpital va vraiment très, très mal aujourd'hui" et qu'il est urgent de "trouver des solutions alternatives et surtout d'éviter la fuite des médecins".

En effet, le phénomène ne concerne pas que Voiron. A quelques kilomètres au sud-ouest de Voiron, à Beaulieu, les urgences ont dû fermer totalement pendant quatre jours. C’est aussi le cas à Draguignan, à Moissac, à Avranches, à Givors… La liste n’en finit pas. L’affluence est tellement importante, et les moyens d'accueil si réduits, que les patients doivent attendre pendant de longues heures.

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Les urgences ferment à cause d’une pénurie de médecins, mais les infirmiers qui restent de garde la nuit continuent, eux, d'être sollicités. Fred, qui travaille depuis vingt-trois ans à l’hôpital de Voiron, raconte comment, avec ses collègues, ils tentent d’aider les patients qui viennent tout de même aux urgences, même quand elles sont fermées, en les dirigeant vers Grenoble, en les gardant sous surveillance, ou en appelant les pompiers. "On est au front tout le temps", résume-t-il, "mais sans pouvoir réellement aider ces personnes". "A un moment, on baisse les bras, c’est pas possible d’aider tout le monde", ajoute Fanny, une jeune infirmière déjà épuisée, qui raconte que, parfois, elles ne sont que deux soignantes pour une bonne trentaine de personnes. Les infirmières doivent alors faire des choix, établir des priorités, et renoncer à soigner tout le monde comme il le faudrait.  

Jamal El Aoufir, ancien médecin libéral, travaillant à Voiron depuis quatre ans, décrit ses journées de travail - douze heures quasiment sans interruption.

"Imaginez-vous : vous avez trois téléphones dans les poches, les dossiers sous les bras, l'interne qui s'accroche à votre manche, l'agent administratif qui vous dit que vous avez oublié de rappeler les familles. On se sent coupable d’accepter de telles conditions de travail.” Jamal

La conséquence de cette situation critique, c’est la déshumanisation de l’accueil à l'hôpital, alors même que tous les soignants affirment avoir commencé ce métier pour sa dimension humaine, pour faire preuve de "bienveillance" et d’"empathie" vis-à-vis des patients, comme le rappelle Damien.

Les soignants devant le CHU de Voiron.
Les soignants devant le CHU de Voiron.
© Radio France - Valérie Borst

“On est tous à bout”

La culpabilité est un sentiment partagé par l’ensemble des soignants interviewés. Damien la ressent quand un patient décède aux urgences, ou quand il perd patience au téléphone. Il raconte la fois de trop, celle qui l’a conduit à se mettre en arrêt de travail, à commencer un suivi psychologique et même à penser à une reconversion. Il n’est pas le seul à avoir fait un burn-out. Véronique, soixante-et-un ans, travaille à l’hôpital de Voiron depuis quarante ans. Elle aussi a fait un burn-out et a dû réduire son temps de travail, mais il lui est toujours extrêmement douloureux de ne pas pouvoir accorder autant d’attention qu’elle le voudrait aux patients, faute de temps.

"C’est pas comme ça qu’on a envie de travailler, c’est pas notre boulot." Véronique

Le burn-out atteint vite la vie personnelle de ces soignants surmenés. Ils arrivent au travail avec la boule au ventre, et craquent parfois pendant la journée. "J’ai des collègues qui pleurent pendant leur journée de travail.", insiste Damien.

"Je ne pense pas qu’on puisse faire machine arrière facilement", s’inquiète Jamal, dénonçant l’inaction des politiques qui laissent mourir l’hôpital public. Pour lui, l’accès aux soins en France est un réel problème, qui dépasse largement le contexte de pandémie. C’est pourquoi, les soignants continuent à manifester, dans l’espoir, qui subsiste encore faiblement, que le gouvernement essaiera de sauver ce qu’il reste des urgences.

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Reportage : Valérie Borst

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Musique de fin : “Blues Skies” de Tom Waits.

Pour aller plus loin :

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Emmanuel Geoffroy
Réalisation
Valérie Borst
Production déléguée
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination