La série italienne "Baby" diffusée sur Netflix aborde le sujet de la prostitution des mineures.
La série italienne "Baby" diffusée sur Netflix aborde le sujet de la prostitution des mineures. - Francesco Berardinelli/Netflix
La série italienne "Baby" diffusée sur Netflix aborde le sujet de la prostitution des mineures. - Francesco Berardinelli/Netflix
La série italienne "Baby" diffusée sur Netflix aborde le sujet de la prostitution des mineures. - Francesco Berardinelli/Netflix
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A quinze ans, Nina s’enfuit de chez elle. Pendant un an, elle parcourt la France, seule ou avec des proxénètes, pour vendre son corps à des hommes bien plus âgés qu’elle. Ses parents, terriblement inquiets mais démunis, mettent tout en œuvre pour la faire revenir. Récit à trois voix d'un drame.

La descente aux enfers

Difficile pour Nina d’identifier à quel moment a commencé le "cercle vicieux" qui l'a entraînée dans la prostitution. Plusieurs traumatismes ont profondément marqué l’adolescente pendant ses années de collège, lui faisant peu à peu perdre toute confiance en elle. D’abord, le harcèlement scolaire. "J'étais un peu ronde, complexée, et ça m'a valu des remarques comme : "T'es moche, t'es grosse."", raconte Nina, qui se retrouve rapidement isolée, dès l'adolescence, et n'a que peu d'amis sur qui compter. 

La jeune fille passe beaucoup du temps sur Internet, à jouer ou à discuter en ligne avec des amis virtuels qu’elle connaît à peine, et à qui elle dit avoir dix-huit ou dix-neuf ans. Mais en quatrième, elle décide de changer l’image que les autres ont d’elle en devenant "__une Nina rebelle". L'adolescente commence à fumer, à sécher les cours, à désobéir à ses parents : "J’avais des amis plus âgés. Ça me donnait la sensation d’être aimée, d’avoir de l’attention."

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Nina prend de plus en plus de risques. Un jour, la police la retrouve seule dans un parc en pleine nuit, et la ramène chez ses parents. Ces derniers, Thierry et Murielle, essaient par tous les moyens d’empêcher leur fille de fuguer. Thierry se souvient de la détresse qu'il éprouve à l'époque : "On voit qu'elle se met en danger. Mais on n’arrive pas à lui en faire prendre conscience." Face à leur fille qui s’éloigne d’eux et sombre dans une totale déshérence, les parents sont démunis, et terriblement angoissés.

"On passe par la rage, la colère, puis par le désespoir. On se dit que la violence n’apportera rien, mais le dialogue n’apporte rien non plus. On ne sait pas ce qu’on doit faire." Thierry

C’est le jour de ses quinze ans que Nina subit le traumatisme qui achève sa descente aux enfers. L’adolescente se retrouve seule avec deux inconnus dans une boîte de nuit. Quand elle se réveille le lendemain matin, sans aucun souvenir, quelque chose s’est brisé en elle. Elle qui n’avait jamais eu de rapports sexuels, elle a été violée, la nuit de son anniversaire.

"A partir de ce moment-là, il y a eu une rupture entre mon corps et mon esprit. Je pense que c'est pour ça que, plus tard, quand on m’a parlé de prostitution, j’ai pu me dire : "Pourquoi pas. Au point où j'en suis."" Nina

28 min

“La douleur était telle que c’était la drogue qui me faisait tenir”

Peu de temps après, Nina rencontre deux dealeurs de drogue qui sont également proxénètes. Ils lui parlent de sites d'escorts qui permettent de poster des annonces pour proposer directement des services sexuels à des clients. Les proxénètes veulent aider Nina à se lancer, mais voyant qu’ils abusent d’elles dès le départ, l’adolescente décide de s’inscrire seule sur les sites en question. Elle commence à se rendre chez des hommes, trentenaires ou plus, parfois mariés, et qui ne manifestent aucun scrupule par rapport à son âge.

"Ça m'est déjà arrivé de dire à certains d'entre eux que j'étais mineure. Ça leur donnait envie. Il y en a beaucoup qui s'en fichent de savoir si je suis majeure ou mineure, mais ceux à qui je l'ai dit étaient attirés par ça ou ont toléré ça." Nina

Commence alors ce que Nina décrit comme un "engrenage" qui va durer un an et demi. L’adolescente gagne entre cent et deux cents euros en une heure. Elle utilise cet argent pour se déplacer dans toute la France, sortir en boîte, et surtout acheter du cannabis ou de la cocaïne.

"Quand je sors de chez un client, la douleur est telle que je m’allume un joint. La drogue me donne cette sensation d’oubli. C'était tellement difficile d'encaisser ça, de devoir laisser quelqu'un de répugnant me toucher que la drogue, c'était mon échappatoire." Nina

Nina tente ainsi de mettre à distance sa souffrance et la souffrance de ses parents, qui la voient régulièrement fuguer sans réussir à la retenir. Elle s'accroche à l’argent qu’elle gagne et aux "amis" qu’elle se fait en boîte de nuit. Nombre d’entre eux sont en réalité des proxénètes. Tout au long de cette période, Nina semble avoir perdu toute notion de réalité. 

Pendant ce temps, les parents de Nina subissent un brutal retour à la réalité, lorsque Murielle découvre par hasard sur Internet les activités de prostitution de sa fille, en tombant sur les annonces en ligne publiés par la jeune fille. Terrifié, le couple alerte une juge pour enfants, qui lui propose deux solutions : soit placer Nina dans une famille d’accueil, soit ouvrir une enquête sur les parents eux-mêmes.

"Et là, on est passé de : "J'ai besoin d'aide, au secours !" à "Vous êtes le premier coupable." Mais les psychologues et les éducateurs ont très vite compris que le souci ne venait pas de la cellule familiale, mais d'un problème psychologique ou psychiatrique de Nina qui se mettait en danger." Thierry

A partir de là, les parents de Nina ont beau prévenir la police de ses fugues, rien n’est fait pour retrouver rapidement la jeune fille. Ils commencent à perdre espoir de retrouver leur fille, jusqu’au jour où ils reçoivent enfin un message de Nina, un appel à l’aide des plus alarmants…

28 min

Merci à Nina et à ses parents.

Reportage : Olivia Müller

Réalisation : Clémence Gross

Mixage : Dhofar Guerid

Pour aller plus loin :

Un numéro d’urgence avec cellule d’aide et de suivi destiné aux jeunes en danger : le 119, doublé d' un chat en ligne.

Thierry Delcroix et Nina, avec Jacqueline Remy, Papa, viens me chercher, Editions de l’Observatoire, 2020.

Le rapport Champrenault du Ministère de la Santé et de la Solidarité de 2021 sur la prostitution des mineures.

Le rapport du centre de victimologie pour mineurs, janvier 2022.

Le premier plan national de lutte contre la prostitution des mineurs.

Musique de fin : Nocturne Op.37 No.1 en sol mineur de Frédéric Chopin.