Aujourd'hui, de plus en plus d'hommes remettent en question les schémas virilistes de la sexualité.
Aujourd'hui, de plus en plus d'hommes remettent en question les schémas virilistes de la sexualité.
Aujourd'hui, de plus en plus d'hommes remettent en question les schémas virilistes de la sexualité. ©Getty - Jonathan Knowles
Aujourd'hui, de plus en plus d'hommes remettent en question les schémas virilistes de la sexualité. ©Getty - Jonathan Knowles
Aujourd'hui, de plus en plus d'hommes remettent en question les schémas virilistes de la sexualité. ©Getty - Jonathan Knowles
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Résumé

Ils sont rares, les hommes qui parlent de sexe entre eux de manière tendre et décomplexée. Sylvain et Guillaume lèvent un peu le voile sur les vagins étroits, les érections fragiles, les fantasmes virilistes et stériles et les plaisirs inattendus. Deux cheminements difficiles, mais libérateurs.

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Au-delà de la pénétration

Quand Sylvain revient sur sa première expérience sexuelle, treize ans plus tard, c’est de la douleur qui lui revient : "Je ne jouissais jamais", se souvient-il. Le plaisir est toujours amoindri par l’exigence de performance, et par le manque de communication. Les problèmes liés à l’érection et à l’orgasme masculin sont quasiment tabous : "Même avec des potes qui ont aujourd’hui quarante balais, tu mets toujours huit verres d'alcool et une heure avant de commencer à se libérer et à en parler, c'est pas dicible.", explique-t-il.  Le seul mot dont dispose Sylvain à l’époque pour parler de sa sexualité, c’est l’expression “avoir une panne”. Tout tourne autour de la pénétration, et de l’éjaculation, conçue traditionnellement comme une fin en soi.

Un jour, Sylvain décide de parler de la pression qu’il ressent avec sa partenaire, qui réagit de manière très bienveillante. A partir de là, il découvre une nouvelle sexualité, détendue, joyeuse, plus légère : la pénétration devient non plus l’objectif, l’élément principal de la sexualité, mais un moyen parmi d’autres d’éprouver du plaisir. Les possibilités s’ouvrent, et Sylvain se sent beaucoup mieux.

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"J'ai compris un truc pendant cette relation : la différence entre jouir, éjaculer, et avoir un orgasme, avoir vraiment du plaisir." Sylvain

La sexualité non-pénétrative est de plus en plus explorée comme une manière à la fois de déconstruire des schémas virilistes et d'accéder à des modes de relations plus féministes. C'est en tout cas la thèse de Martin Page, auteur de l'essai Au-delà de la pénétration. Pour lui, la pénétration est souvent liée au plaisir exclusivement masculin et contribue à couper la communication entre les partenaires, parce qu'elle est une exigence, une fin en soi, et parfois une source de douleurs. Elle représente aussi selon l'auteur la domination masculine sur le corps de la femme. Martin Page propose ainsi dans son essai de mettre de côté ce qu'on croit être le passage obligé d'un rapport sexuel, hétérosexuel ou non, et de déconstruire les normes établies. Il invite le lecteur à s'interroger, à remettre en cause les injonctions sexuelles, en bref, à se poser les mêmes questions que celles qu'évoque Sylvain, dans le but de rendre la sexualité "plurielle", un terme qu'utilise également le jeune homme.

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Au-delà de la performance 

Guillaume a toujours perçu la sexualité comme une performance. L’important, pour un homme, c’est d’assurer : il faut pénétrer, évidemment, tenir longtemps, "une heure" au moins, et savoir faire des positions "acrobatiques". L’origine de cette représentation - intenable - de la sexualité masculine se trouve à la fois dans la pornographie et dans les moqueries et les injonctions à la virilité exacerbée qui circulent souvent dans les groupes de garçons - et en particulier dans le milieu très "mascu" des pompiers auquel appartient Guillaume. Plutôt complexé par son apparence, il cherche à s’intégrer coûte que coûte, pour ne plus être perçu comme un "looser", comme un perdant.

Guillaume ne se souvient que trop bien de sa relation avec son ex-femme, et en particulier des difficultés liées à la sexualité qu'il rencontre au sein du couple. Quand sa partenaire finit par se lasser des trop longues performances sexuelles de Guillaume, il ne se rend pas compte du problème : "A ce moment-là, je ne comprends rien.", avoue-t-il. "

"Je ne me dis pas que, peut-être, elle voudrait un peu plus de sensualité, ou que peut-être je suis un peu bourrin. Pour moi, le problème, c'est elle, et pas moi." Guillaume

Alors que pour Sylvain, le déclic est venu d'un conseil bienveillant que lui a donné une partenaire, pour Guillaume, il aura fallu un drame, qui l’a entièrement remis en question.

"J'étais insatisfait, je ne savais pas pourquoi. C'est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'en fait, je vivais complètement à côté des gens, de mes amis, de ma famille, des femmes avec qui j'étais. Je ne développais pas de relations. Je n'avais aucun lien avec les gens." Guillaume

Comme Sylvain, c’est par la communication avec sa nouvelle partenaire que Guillaume a trouvé un apaisement, qui lui permet de s'affranchir de modèles anxiogènes : "Sortir de cette obligation d'être épanoui sexuellement dans un couple, ça enlève un poids fou." Il découvre lui aussi une autre manière de vivre sa sexualité : être plus présent, moins penser à des images pornographiques, être conscient de la personne qui se trouve en face de lui... Et conclut : "Je pense que le porno m’a fait perdre vingt-cinq ans de ma vie… Trop de temps."

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Merci à Sylvain et Guillaume et à toutes les femmes qui les accompagnent, les amies ou amoureuses qui se reconnaîtront, et à Télérama, à qui nous avons piqué le titre de cette émission, et qui a récemment consacré un grand dossier aux nouvelles masculinités.

Reportage : Sophie Simonot

Réalisation : Emily Vallat

Musique de fin : Sledgehammer de Peter Gabriel.

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Sophie Simonot
Production déléguée
Emily Vallat
Réalisation
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination