Une soignante épuisée
Une soignante épuisée
Une soignante épuisée  ©Getty - Johen Images
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Résumé

Pauline est infirmière en réanimation à Paris. Thibault est infirmier dans un village de Moselle. Yacine est médecin réanimateur à Avicenne, en Seine Saint Denis. Après la vague, tous trois racontent comment ils ont vécu l'épidémie. Un indice : Pauline a décidé de changer de métier.

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Pauline a 27 ans et travaille comme infirmière dans un service de réanimation spécialisé en neurologie dans un hôpital parisien. En l'espace de quelques jours, son service a dû faire face à un afflux considérable de patients, souvent dans des états graves. 

Au-delà des masques ou des blouses, on n'avait plus assez de médicaments. En prévision du nombre de malades qui ne faisait qu'augmenter, la seule solution a été à un moment de diviser les doses de sédation ou de réveiller plus rapidement nos patients

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J'avais l'impression qu'il fallait presque, à un moment, qu'on ait un décès pour pouvoir prendre une entrée, car une personne en détresse aiguë attendait dehors dans un camion du SAMU. 

Les premières semaines ont été angoissantes : j'avais peur d'être dépassée par tout ce qui allait arriver, de ne pas avoir le temps de faire tout ce que j'avais à faire. J**'en ai marre et je ne veux plus de ça**. 

Thibaut est infirmer depuis 23 ans. Cela fait quinze ans qu'il travaille en tant qu'infirmer libéral dans un village de Moselle, où il partage son cabinet avec un autre collègue. 

Mon collègue m'a appelé pour me dire qu'il avait été testé positif. C'est donc moi qui ai assumé tous les jours. Sur les trois semaines, je me suis reposé deux jours. Le plus inquiétant était de se dire : il en reste un sur deux, si moi je tombe malade, les patients vont se retrouver seuls

J'ai eu la chance d'avoir l'appel d'une directrice d'école qui avait tout un stock de masques FFP2. Lorsqu'elle a entendu que les infirmiers étaient en pénurie de masques, elle a tout de suite pensé à moi. C'étaient des masques périmés mais au moins ils existaient. 

On sait maintenant qu'il vaut mieux compter sur son voisin, sur le facteur, le boulanger ou le médecin plutôt que d'attendre un geste du gouvernement. Cela a resserré les liens entre tout le monde. 

Yacine est médecin en réanimation dans le CHU Avicennes à Bobigny, en Seine-Saint-Denis

Nous nous sommes tous retroussés les manches et avons travaillé dans une intelligence insoupçonnée. Même l'administration est devenue un partenaire. Il y a eu cette union sacrée, qui a conduit à ce que tout ce qui pouvait se faire, s'est fait. 

En temps normal, au quotidien, nous ressentons de la honte. La structure n'est pas à la hauteur de l'engagement des soignants

On a tous très peur de revenir au schéma d'avant. (...) Peut-être qu'on pourrait trouver une solution pour que la situation standard de l'hôpital soit adaptée aux malades, plutôt que d'être adaptée aux finances

Merci à Pauline, Thibault, Yacine, Marion et Norbert

  • Reportage : Alice Babin   
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Musique de fin d'émission : Drive - Boyce Avenue

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
Emmanuel Geoffroy
Réalisation
Alice Babin
Production déléguée