Le lycée Henri IV fait partie des lycées les plus prestigieux de France.
Le lycée Henri IV fait partie des lycées les plus prestigieux de France.
Le lycée Henri IV fait partie des lycées les plus prestigieux de France. - IP3 PRESS
Le lycée Henri IV fait partie des lycées les plus prestigieux de France. - IP3 PRESS
Le lycée Henri IV fait partie des lycées les plus prestigieux de France. - IP3 PRESS
Publicité
Résumé

En troisième, Tony entend de sa professeure de français une phrase qui bouleverse sa vie. Dix ans plus tard, après plusieurs rebondissements spectaculaires, il revient sur son parcours.

En savoir plus

Pour raconter son histoire, Tony n’emploie pas les termes "transfuge de classe", "ascension sociale" ou encore "méritocratie". Il parle de "parcours cabossé", fait de "chemins de traverse" et de "beaucoup de chance". En effet, rien ne prédestinait Tony à rejoindre les bancs du lycée Henri IV, puis de Sciences Po Paris quelques années plus tard, après un passage dans une usine de bouteilles de lait. Pour faire les études prestigieuses dont il rêvait, il lui a fallu davantage que de la détermination.

"Je n’ai jamais eu honte de mon milieu, mais je me sentais toujours à part"

Tout commence en troisième, lorsqu’une de ses professeurs l’encourage à tenter sa chance ailleurs que dans son lycée de secteur, à Saint-Romain-de-Jalionas, en Isère. Tony décide de candidater au lycée Henri IV à Paris, l'un des plus prestigieux de France. Le jour des résultats, il est abasourdi.

Publicité

"J'ai quinze et je suis admis dans un des meilleurs lycées de France. Je suis complètement sonné." Tony

Pour la mère de Tony, qui est femme de ménage et gagne moins de 1000 euros par mois, la nouvelle est à la fois réjouissante et source d’inquiétude. Elle accompagne tout de même son fils à Paris pour visiter le lycée. Ensemble, ils découvrent l'impressionnant bâtiment à deux pas du Panthéon.

"On sort du métro à la station Luxembourg, rue Soufflot. Je suis comme assommé par ces bâtiments, blancs, massifs. On passe le petit perron et on se retrouve face à un magnifique jardin, comme dans un couvent, avec un cloître autour de nous. On se regarde avec ma mère. Tout nous est étranger." Tony

31 min

Cette sensation d'étrangeté poursuit Tony durant toute sa scolarité dans le lycée parisien, soit un an et demi au total. En effet, au bout de quelques mois, le sentiment de "ne pas être à sa place" est si pesant que le jeune homme, alors en classe de première, décide de quitter la capitale et de rentrer chez ses parents.

"J'étais immergé dans un monde qui ne ressemblait en rien du milieu dont je venais. Les codes étaient différents, la culture était différente, la manière de s'habiller était différente. Même l’humour était différent. Je n’ai jamais eu honte de mon milieu, mais je me sentais toujours à part." Tony

Seulement, après avoir passé une partie de son adolescence à Henri IV, Tony se rend compte qu'il n'est plus tout à fait le même, et que même Saint-Romain-de-Jalionas n'est plus réellement "son milieu". Pris entre deux mondes, il peine à s'intégrer dans son lycée de secteur. Son désarroi augmente lorsqu'à ses dix-huit ans, il n'est admis dans aucune classe préparatoire malgré ses excellentes notes au baccalauréat.

Avec le sentiment amer d'être "passé à côté de quelque chose", il se résigne à prendre un poste d'ouvrier manutentionnaire, en complétant sa semaine par des heures en restauration. Une vie loin de ses rêves de littérature et d'études supérieures. Jusqu'au jour où une nouvelle opportunité se présente à lui, accompagnée de quelques heureuses coïncidences...

"Je lis ce mail et je me dis : c’est vraiment le destin ou ma bonne étoile, c'est pas possible." Tony

Merci à Tony et à Adrien Naselli, auteur de Et tes parents, ils font quoi ? Enquête sur les transfuges de classe et leurs parents, aux éditions Lattès, ouvrage dans lequel il consacre un portrait à Tony.

  • Reportage : Rémi Dybowski-Douat
  • Réalisation : Yaël Mandelbaum
  • Mixage : Philippe Merscher

Chanson de fin : "Dogtown" de Sudan Archives

Pour aller plus loin :

Séverin Graveleau et Marine Miller, "Le paradoxe des « transclasses », héros malgré eux", Le Monde, 19/10/2021