Des réfugiés Ukrainiens traversant la frontière avec la Pologne, à Korczowa, le 1/3/22.
Des réfugiés Ukrainiens traversant la frontière avec la Pologne, à Korczowa, le 1/3/22.
Des réfugiés Ukrainiens traversant la frontière avec la Pologne, à Korczowa, le 1/3/22. ©AFP - Wojtek RADWANSKI
Des réfugiés Ukrainiens traversant la frontière avec la Pologne, à Korczowa, le 1/3/22. ©AFP - Wojtek RADWANSKI
Des réfugiés Ukrainiens traversant la frontière avec la Pologne, à Korczowa, le 1/3/22. ©AFP - Wojtek RADWANSKI
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Résumé

Une semaine après le début de l’offensive russe en Ukraine, Anastasiia, Maryana et Darya racontent le traumatisme des premières explosions, l’exode vers l’ouest du pays et l’organisation de la résistance.

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"C'est une guerre de l'information"

La guerre a commencé le jeudi 24 février, jour où la Russie a attaqué simultanément plusieurs grandes villes ukrainiennes, dont la capitale, Kyiv - le nom officiel de Kiev, adopté en 1995 par l'Ukraine. Anastasiia, qui habite Kyiv, est réveillée par les bruits d’explosions. Tout s’enchaîne alors très vite. Elle réveille son compagnon, consulte les actualités, téléphone à sa famille, tout en s’éloignant des fenêtres, de peur de recevoir des débris, et finit par rejoindre sa sœur cadette dans son appartement. Anastasiia doit mettre de côté ses émotions pour se concentrer sur la sécurité de ses proches. Sa priorité est de trouver des provisions ainsi que de l’eau potable, et de sécuriser l'abri qu'elle a trouvé en mettant en place un système d’alarme pour être prévenue des offensives aériennes. Mais cela ne suffit pas à mettre Anastasiia et ses proches en sécurité.

"A chaque fois qu’on s’endormait, on était réveillés tout de suite à cause des alarmes. On a commencé à penser que c’était peut-être mieux de partir de Kyiv, parce qu’on ne savait pas tenir d’armes dans nos mains. Dès qu’il y a eu un moment calme, on a couru vers la gare." Anastasiia

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Depuis Tchernivtsi où elle s’est réfugiée, Anastasiia apporte son aide à l'effort de guerre en tant que traductrice sur Messenger et sur Telegram. Elle veut croire à la possibilité que la révolte du peuple russe interrompe la guerre. Elle soutient donc qu’il faut tout faire pour lutter à travers les réseaux sociaux, même si elle avoue qu’elle se sent souvent impuissante.

"C’est une guerre de l’information. La propagande s’intensifie. C’est très important de parler aux Russes qu’on connaît et de leur envoyer des informations vraies." Anastasiia

La sœur d’Anastasiia, elle, est effondrée et "ne cesse pas de pleurer". Anastasiia, pour sa part, parvient encore à "bloquer" la douleur : "Sinon, je ne serais pas capable de faire quoique ce soit." Mais quand elle entend le bruit des sirènes, son cœur s'emballe. Le traumatisme des jours passés à s’abriter des bombes est bien là.

“S’il y a une émotion vraiment pure que je n’avais jamais ressentie avant, c’est la haine envers le régime russe." Anastasiia

"Tout le monde veut aider" : la résistance à Lviv

Maryana habite à Lviv, près de la frontière polonaise. Elle se charge d’accueillir des réfugiés, soit en les accompagnant sur les lieux d’accueil, soit en leur ouvrant sa propre porte. "Tout le monde sait ce qu’il doit faire", raconte la jeune femme, et ce dès le premier jour. L'état d'esprit général ? "On est furieux, mais on reste calmes.", explique Maryana

Parmi les volontaires, il y a sa mère, âgée de cinquante-six ans, et le compagnon de Maryana, photographe de métier, qui a pris les armes pour défendre Lviv. Le père de Maryana, lui, n’est pas avec eux : il vit non loin de Kyiv.

"Avec sa famille et ses voisins, ils sont à quinze dans le sous-sol de sa maison. Une de mes sœurs a douze ans. Je leur parle deux fois par jour. Mon père me dit que ça va, mais il ne me dit pas tout. Il a peur." Maryana

Maryana ne sait pas si elle les reverra un jour.

"Aujourd'hui, mardi 1er mars, à huit heures du matin, une bombe russe est tombée sur le bâtiment de la mairie de ville de Kharkiv, en Ukraine. Ils ont planté une bombe sur un orphelinat. Il y a deux enfants qui sont morts là-bas." Maryana

Le centre-ville de Kharkiv. Photo envoyée par Maryana.
Le centre-ville de Kharkiv. Photo envoyée par Maryana.
- Inconnu

"On n'était pas prêts à partir"

Darya, son mari et leurs deux enfants de cinq et dix ans habitent à côté de Kyiv, à la campagne. Eux aussi ont été réveillés par les explosions le 24 février. Dès le lendemain, la famille décide de partir vers l’ouest. Après dix heures de route, ils arrivent chez la tante et la cousine du mari de Darya, à Khmelnytskyï.

"On a rassemblé nos affaires en deux heures. On ne savait pas où on allait. On n'était pas prêts. Globalement, je pense qu'il y a beaucoup d'Ukrainiens qui ne s'y attendaient pas vraiment, qui n'arrivent pas à croire que ça allait se transformer en une vraie guerre." Darya

Darya, qui hésitait à rester à Kyiv pour participer à la résistance, a rejoint une organisation de résistance à Khmelnytskyï, dans une salle de cinéma. On y trouve des services d’accueil de réfugiés, de l’aide alimentaire, mais aussi des ateliers de fabrication de filets de camouflage pour l’armée ou encore de hérissons anti-char.

Des volontaires fabriquent un hérisson anti-char à Lviv.
Des volontaires fabriquent un hérisson anti-char à Lviv.
© AFP - DANIEL LEAL

Darya ignore si sa famille va rester à Khmelnytskyï ou non. Son mari "a l’âge pour être réserviste". Quand elle pense à la possibilité qu'il soit appelé à rejoindre l'armée, sa gorge se serre : "Je ne veux pas qu’on se sépare, mais je comprends. On veut être utiles à notre pays."

Merci à Maryana, Iryna de Seynod, Iryna de Kyiv, Chloé et Bérenger, Anthelme Vidault. Merci à Anastasiia et Darya.

Reportage : Valérie Borst, Emilie Chaudet, Rémi Dybowski Douat

Réalisation : Emily Vallat

Mixage : Amandine Frichou

Musique de fin : Hymne Ukrainien interprété par le chœur Dudaryk.

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Emilie Chaudet
Production déléguée
Rémi Dybowski Douat
Production déléguée
Valérie Borst
Production déléguée
Emily Vallat
Réalisation
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination