Auguste Rodin, l'idole éternelle, (1889), marbre, Musée Rodin, Paris ©Getty -  Ernst Haas
Auguste Rodin, l'idole éternelle, (1889), marbre, Musée Rodin, Paris ©Getty - Ernst Haas
Auguste Rodin, l'idole éternelle, (1889), marbre, Musée Rodin, Paris ©Getty - Ernst Haas
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Résumé

Reportages, bonnes adresses, sexologie... Union est un magazine d’information sur la sexualité.

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Son grand succès (120 000 exemplaires vendus), le mensuel le doit à son important courrier des lecteurs. Aujourd’hui, écoute d'une conférence de rédaction qui est aussi un comité de lecture.

Les lecteurs envoient de nombreuses photos dénudés, assorties de messages, parfois érotiques, qui leur permettent, s'ils sont sélectionnés, d'apparaître dans le magazine — en couverture par exemple. 

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Je trouve que même dans les gros plans les lecteurs sont quand même créatifs, il y a un bel angle, une ombre travaillée, par exemple là, il est légèrement décalotté et épilé.  

C'est une belle photo de vacances. Ce qui est intéressant est que les lecteurs lisent ce magazine la plupart du temps avant de faire l'amour, mais là c'est autre chose. J'ai l'impression qu'ils le lisent en faisant l'amour.

C'est l'ambiance de la conférence de rédaction du mensuel Union, où il n'y a que 6 salariés permanent. Il a été créé dans les années 1970 et se vend chaque mois à  une centaine de milliers d'exemplaires. Quel effet cela fait-il de travailler sur cette matière là, entre pédagogie et porno pur. 

En ce moment, le comité de rédaction travaille sur un numéro consacré aux écarts d'âge, pour lequel ils lisent quelques courriers présélectionnés. 

Mes retrouvailles il y a quelques jours avec la femme qui m'a fait perdre mon pucelage me décident à vous écrire enfin. Il y a une quinzaine d'années, je vivais dans un quartier où les barres de béton étaient et sont toujours légion. Mes parents et moi avions pour voisins un couple dont le mari était souvent absent. Un midi, alors que sa femme m'avait demandé de lui apporter du pain, elle m'ouvre en pleurs et m'apprend la mort de son chat. Je la prends dans mes bras. Elle ne me repousse pas... 

C'est ainsi que pendant presque deux ans j'ai suivi une éducation sexuelle après les cours. 

C'est un beau texte, qui m'a projeté dans ma propre adolescence et qui m'a beaucoup touché. Cela me fait penser à la "Gloire de mon père" de Pagnol, il y a les parfums du lit. 

Ça me fait penser à Robert Sabatier aussi, on sent beaucoup de tendresse. 

La rédaction se pose aussi la question de la place de la femme dans l'érotisme. 

Je me mets beaucoup du côté de la femme quand je lis ces histoires, est-ce que c'est seulement un fantasme ? Et j'en lis tellement, tellement... Il n'y a pas une phrase du magazine qui ne passe pas par mes mains. Je ne suis pas blasée, mais la place donnée à la femme me pose question. Le plus souvent elle est traitée comme un pur objet de désir, alors si c'est son choix je n'ai rien contre mais je ressens parfois une forme de tristesse. 

On reçoit aussi beaucoup de courriers similaires et cela devient répétitif. Si seulement le sexe pouvait être joli, la conjoncture est tellement difficile. J'ai besoin de me dire que ce n'est pas toujours triste. 

C'est ce que j'ai aimé dans ce courrier, quand la femme dit que le plaisir de l'autre devrait être tout aussi, voire plus, important, que le sien. 

Des questions d'écriture se posent, lorsqu'un courrier crée le débat. 

Il ne développe pas beaucoup son ressenti, ni celui de la dame, je crois que c'est ce qui m'embarrasse. 

Ce n'est pas l'histoire du siècle...

Et certains courriers marquent plus les esprits que d'autres, puisque le magazine se veut être un espace de liberté totale. 

Je me souviens du courrier de cette femme qui étaient devenue tétraplégique et qui a réussi à retrouver les sensations de son bas-ventre avec un homme. Il y a avait tellement de découverte dans ce courrier, tellement d'émotions... 

On reçoit aussi des courriers de déséquilibrés, j'ai fait le choix de voir un psy à un moment pour évacuer tout ça, on a besoin d'évacuer...

On est un espace de liberté écrit dans une société où tout est serré, vissé, où on doit être performant sinon on est rien, on doit gagner tout, être le premier partout... Les lecteurs nous écrivent anonymement et ne sont pas jugés. Ils sont souvent très fiers d'apparaître dans Union. 

Parfois, le rédacteur en chef endosse le rôle de directeur artistique. 

Ça c'est une jolie photo, pas tellement porn et très théâtrale. La petite copine beurette, penchée sur le sexe du mec, pendant que l'autre regarde son amie. On se demande quel est l'enjeu. L'une regarde, jauge et évalue, il y a aussi de l'émotion. 

Mais le magazine n'est pas que le réceptacle de jeux érotiques et de fantasmes, ayant pour but d'informer le lecteur, par de la pédagogie et du partage d'expérience. 

On se donne un rôle d'information à Union. Il y a certaines choses qui peuvent paraître évidentes mais que beaucoup ne savent pas. 

J'ai l'impression de faire un travail nécessaire, de donner à voir des choses sur la réelle sexualité des gens. 

  • Reportage : Rémi Douat
  • Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Chanson de fin : "WHISTLE" de FLO RIDA

Références

L'équipe

Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Production
Cécile Laffon
Réalisation
Charlotte Bienaimé
Production déléguée
Elise Andrieu
Production déléguée
Emmanuel Geoffroy
Réalisation
Jérôme Sandlarz
Production déléguée
Bahar Makooi
Production déléguée
Ilana Navaro
Production déléguée
Leila Djitli
Production déléguée
Marie Plaçais
Réalisation
Philippe Baudouin
Réalisation
Olivier Minot
Production déléguée
Rémi Dybowski Douat
Production déléguée
Sandrine Chapron
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Pauline Maucort
Production déléguée
Sophie Knapp
Production déléguée
Inès Léraud
Production déléguée
Delphine Saltel
Production déléguée
Delphine Dhilly
Production déléguée
Stéphanie Thomas
Production déléguée
Alexandra Malka
Réalisation