Comme Lionel Godmet, ici à Jungholtz, ils sont 80 "veilleurs de mémoire" en Alsace.
Comme Lionel Godmet, ici à Jungholtz, ils sont 80 "veilleurs de mémoire" en Alsace.
Comme Lionel Godmet, ici à Jungholtz, ils sont 80 "veilleurs de mémoire" en Alsace. ©AFP - SEBASTIEN BOZON
Comme Lionel Godmet, ici à Jungholtz, ils sont 80 "veilleurs de mémoire" en Alsace. ©AFP - SEBASTIEN BOZON
Comme Lionel Godmet, ici à Jungholtz, ils sont 80 "veilleurs de mémoire" en Alsace. ©AFP - SEBASTIEN BOZON
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Résumé

Ces dernières années, l'Alsace a connu plusieurs profanations de cimetières à caractère antisémite. Lise et Yves font partie du réseau des "veilleurs de mémoire", des bénévoles de toutes confessions qui ont choisi de protéger et de prendre soin de ces tombes parfois vieilles de quatre cents ans.

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Lise Tornare habite à Wintzenheim, à côté de Colmar. Yves Bailleux, lui, vit à Quatzenheim, près de Strasbourg. Ils ne se connaissent pas, mais ils ont le point commun de vivre dans une maison voisine d'un cimetière juif. Or, ces "cimetières israélites" sont menacés par des actions antisémites, "des jeunes" désœuvrés qui s'amusent à profaner les tombes, ou des "groupes idéologiquement engagés" qui n'hésitent pas à convoquer des symboles nazis sur les sépultures de survivants de la Shoah.

Un matin de février 2019, en descendant chercher le pain, la femme d’Yves découvre des dizaines de croix gammées taguées sur les tombes du cimetière juif de Quatzenheim. Yves se précipite sur les lieux. 

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"La première tombe sur laquelle j'arrive, c'est celle de gens que j'ai connus personnellement." Yves 

Yves et sa femme sont profondément choqués, tout comme l’ensemble du village. En tout, pas moins de 87 tombes ont été profanées en une nuit.

Le 19 février 2019, plus de 80 tombes ont été profanées à Quatzenheim, en Alsace.
Le 19 février 2019, plus de 80 tombes ont été profanées à Quatzenheim, en Alsace.
© AFP - FREDERICK FLORIN

"Les gens ont été outrés dans le village. Le fait de les voir offusqués, scandalisés, en communauté de réprobation, ça fait du bien. Nous, on n'est pas juifs, mais on a vécu avec ces gens-là, et on n'a pas vécu dans la haine." Yves

Quelques mois plus tard, Yves entend parler des Veilleurs de mémoire, des citoyens volontaires qui se mobilisent pour surveiller les cimetières israélites. L’objectif : préserver ces lieux de mémoire, le respect qui doit être attaché à leur histoire, et empêcher de nouvelles profanations. Ce dispositif proposé par la ministre déléguée à l’Insertion Brigitte Klinkert avec le soutien des consistoires israélites du Haut-Rhin et du Bas-Rhin a été adopté à l'unanimité par les deux départements. Quand on lui propose de rejoindre l'équipe des veilleurs, Yves, qui a pris l’habitude de jeter un œil attentif au cimetière à chaque fois qu’il passe devant, n'hésite pas un instant.

"Naturellement j’ai dit oui. Je ne suis ni protestant ni juif, je suis athée. La question n'est pas religieuse. Il s'agit du patrimoine et de l'aspect mémoriel." Yves 

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Ils sont aujourd’hui quatre-vingt à veiller sur les tombes. Marie-Louise, dite Lise, fait partie de ces bénévoles. Cela fait plus de quarante ans qu'elle s'occupe du cimetière juif de son village - bien avant la création du réseau des "Veilleurs de mémoire". Bien qu'elle soit catholique, elle considère comme “tout à fait logique” d’entretenir à la fois les tombes et la mémoire des rescapés de la Shoah et de leurs descendants. Lise est née en 1944, sous les bombardements. A l'époque, ses parents, résistants, viennent en aide à des évadés des camps. Elle connaît donc tous les noms qui figurent sur les tombes du cimetière de Wintzenheim.

"La communauté de Juifs était tellement importante à cette époque-là, dans les années d'après-guerre. Dans mon enfance, nous avions toutes les religions, le protestantisme, les Juifs, les catholiques, les athées, mais on n'y attachait aucune importance.Lise 

Lise évoque ces souvenirs avec émotions. Le cimetière est pour elle un lieu particulier, qui lui "tient énormément à cœur". Pendant le confinement, elle faisait sa promenade quotidienne entre les tombes. Aujourd'hui, c'est sa petite-fille qu'elle emmène souvent dans ce lieu sacré, heureusement préservé de tout vandalisme. 

"Ici, il n'y jamais eu de profanation. J’ai toujours les clefs, je continue à m’en occuper." Lise 

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Merci à Philippe Ichter, à Lise Tornare, à Yves Bailleux, à Dora Husselstein et à Michel Levy, Nathalie Stey, ainsi qu'à Emily Vallat et à Clémence Gross.

Reportage : Emilie Chaudet   

Réalisation : Alexandra Malka   

Mixage : Olivier Dupré

Chanson de fin : "Colors and the kids" de Cat Power.

Pour aller plus loin :

Références

L'équipe

Jeanne Coppey
Collaboration
Emilie Chaudet
Production déléguée
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Sonia Kronlund
Coordination
Alexandra Malka
Réalisation