La littérature de prostitué.es : Grisélidis Réal ou le Sexuel de l’écriture

Portrait de Grisélidis Réal
Portrait de Grisélidis Réal ©Maxppp - Atelier Nadar/Bibliothèque nationale de France
Portrait de Grisélidis Réal ©Maxppp - Atelier Nadar/Bibliothèque nationale de France
Portrait de Grisélidis Réal ©Maxppp - Atelier Nadar/Bibliothèque nationale de France
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Après avoir été personnages de roman, les prostituées sont devenues autrices. Parmi elles, Grisélidis Réal qui est l’une des plus connues, et des plus talentueuses. Deux livres d’elles sont à retenir, "le Carnet de bal d’une courtisane" et "Le noir est une couleur".

Dans le Carnet de bal d’une courtisane, petit ouvrage d’une centaine de pages de petit format, Grisélidis Réal a consigné les habitudes sexuelles de 242 clients par ordre alphabétique. Aucune morale ; c’est un pense-bête de mécanique sexuelle. Elle note que celui-ci est sympathique, celui-là intelligent, et les goûts de chacun. C’est d’une crudité qui n’est pas vulgaire. La crudité ne l’est, sans doute, jamais, dans la mesure où elle est dépourvue d’arrière-pensées.

Un livre plus sérieux, et même excellent, est Le noir est une couleur. Dans ce récit paru en 1974, Grisélidis Réal raconte, d’une manière lyrique et rageuse, une histoire extrêmement contemporaine, dans le sens où elle se meut de manière fluide dans le racial et le psychiatrique. L’un et l’autre sont réunis dans la personne de son amoureux, un Américain noir interné dans un asile. Elle le qualifie de fou, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une aventure passionnée avec lui. Elle le fait sortir de l’asile, et les voici en cavale, tous deux et la fille de Grisélidis Réal qu’elle a kidnappé, selon son mot, à sa grand-mère. Pour payer leur nourriture, elle se prostitue, prenant souvent des risques. Pourtant, elle se sent intacte : "Au profond de moi, je suis vierge. Je glisse comme une bulle fermée à l’intérieur de vos songes, échappant à vos gestes, à vos langues, à vos griffes." On voit qu’elle écrit très bien. Il émane de ce livre une poésie violente, amère, batailleuse. Un éloge du noir et de la nuit, la chère nuit, la nuit débarrassée des importants du jour, la nuit où l’on se concentre, la nuit couleur de l’encre qui est le jaillissement de la cartouche d’encre imprimant les pages.

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