La maladie est-elle immorale ? Copi ou l’Homme sans camélias

Photo non datée du dessinateur-acteur d'origine argentine Raul Damonte Copi.
Photo non datée du dessinateur-acteur d'origine argentine Raul Damonte Copi. ©AFP - STF / AFP
Photo non datée du dessinateur-acteur d'origine argentine Raul Damonte Copi. ©AFP - STF / AFP
Photo non datée du dessinateur-acteur d'origine argentine Raul Damonte Copi. ©AFP - STF / AFP
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Copi, lui-même mort du sida, a écrit ce qui est une des premières œuvres littéraires sur la maladie. Ou plutôt avec. Ceux qui écrivent sur, sont piégés par le sujet. Ceux qui écrivent avec, laissent leur imagination libre.

La vie a été injuste avec les homosexuels, dans les années 1980. Il y a eu dès le début du sida beaucoup de récits rageurs, comme ceux de bien des malades. Il y a eu aussi beaucoup de romans élégiaques, écrits par des écrivains en bonne santé. Copi n’était ni élégiaque, ni rageur, il avait trop d’esprit pour cela. Dans sa légèreté, il a écrit une œuvre railleuse. En ce sens, il fait penser à Scarron, le poète du XVIIe siècle, qui était perclus, souffrant et est mort à cinquante ans en n’ayant pas perdu une journée à pleurer. Il riait de ses souffrances dans des poèmes qui nous font sourire par leur politesse. D’ailleurs, Copi nomme sa pièce de théâtre, Une visite inopportune. Et la visite inopportune, c’est le sida. Déjà, ce titre. Si euphémistique, si poli. Et d’autant plus tragique.

Dans cette pièce de 1987, Copi réussit ce que peu ont su faire avec cette maladie, éviter La Dame aux camélias. Pas de morale menant à de grandes sorties mélodramatiques, pas de mort élégante dans le tragique. Le personnage nommé Cyrille, malade du sida, agonise à l’hôpital, comme le faisait Copi, dont la pièce a été représentée posthume. Au lieu d’y projeter sa douleur telle quelle, et comme pour punir les autres, il la remplit de répliques subtilement drôles, révélant la maladresse des uns, l’égoïsme des autres face à cette maladie alors si étrange. Une amie rend visite à Cyrille. Elle souhaite l’épouser. "Impossible, répond-il, j’ai le sida". Et, elle : "Quelle maladie sublime ! Quelle apothéose que celle de succomber, terrassé sous le poids de tant d’aventures scandaleuses !" Voilà ce que c’est, l’esprit : d’inventer un personnage candide qui exprime une énormité révélant la véritable horreur. Le scandale, c’est l’inhumanité.

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Une vie, une oeuvre
59 min

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